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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101805

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101805

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVERMOREL ANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Vermorel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2021 par laquelle la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art a refusé de renouveler son contrat de travail à durée déterminée expirant le 31 août 2021 ;

2°) d'enjoindre à la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art la somme de 2 340 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'a pas reçu la communication intégrale de son dossier administratif préalablement à l'édiction de la mesure attaquée ;

- la décision attaquée, qui constitue une sanction disciplinaire déguisée, est insuffisamment motivée ;

- son contrat de travail à durée déterminée a été renouvelé sur une période de treize années ; il bénéficiait ainsi d'un droit à obtenir un contrat de travail à durée indéterminée et l'administration ne pouvait refuser de renouveler son contrat que pour un motif de nature à justifier un licenciement ;

- les faits qui lui sont reprochés relèvent d'une procédure disciplinaire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art, représentée par la SELARL Cabinet d'avocats Philippe Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les faits ayant conduit à ne pas renouveler le contrat de travail de M. B relèvent de l'insuffisance professionnelle ;

- compte-tenu des contraintes procédurales liées au licenciement pour insuffisance professionnelle et à la date d'échéance du contrat de travail de M. B, elle était fondée à ne pas reconduire le contrat de travail de l'intéressé ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 7 juillet 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 septembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 février 2023 par ordonnance du même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui,

- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sovet, représentant la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité d'enseignant en arts plastiques, à compter du 1er septembre 2008, par la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art, par un contrat à durée déterminée d'une durée d'un an qui a été renouvelé à plusieurs reprises. Le dernier contrat conclu portait sur la période du 24 août 2020 au 31 août 2021. Par une décision du 22 juin 2021, le président de la régie a refusé de renouveler le contrat de travail de M. B.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 juin 2021 :

2. En premier lieu, M. B ne justifie pas qu'il était titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en se bornant à faire valoir que son contrat a été renouvelé sur une période de treize années. Dès lors, à supposer même que le requérant ait entendu soutenir que la décision attaquée doit être regardée, non comme une décision de non renouvellement d'un contrat de travail, mais comme une décision de licenciement, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

4. M. B soutient que les faits au regard desquels la décision de non renouvellement de son contrat de travail a été prise ne sont pas établis et que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. D'une part, la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art soutient que le contrat de travail à durée déterminée de M. B n'a pas été renouvelé au regard du comportement que l'intéressé a adopté à compter du mois de novembre 2020 et qui a conduit plusieurs étudiants à faire part à l'administration des difficultés qu'ils rencontraient, notamment liées à un manque d'accompagnement et de suivi de leur professeur, une absence de préparation et d'information relative à leur diplôme, une absence de retour constructif sur leur travail et un nombre de travaux pratiques, dits " accrochages " et ateliers " workshop ", insuffisant. Il ressort en effet des pièces du dossier que, le 7 avril 2021, cinq étudiants ont rédigé un courrier dans lequel ils déploraient un manque d'accompagnement et de soutien de la part de leurs deux professeurs référents, dont M. B, Ils indiquaient également n'avoir eu, depuis le mois d'octobre 2020, que deux sessions d'accrochages, dont l'une a été organisée à leur demande, et un seul atelier " workshop " et que les échanges avec M. B sur leur travail étaient peu constructifs. Les quatre attestations produites par le requérant, qui ont été établies par trois élèves de la classe DEMA3 et un membre de l'équipe pédagogique de l'école, ne sont pas suffisantes pour contredire les faits dénoncés par les élèves dans le courrier du 7 avril 2021. Les autres attestations produites par le requérant, qui ont été établies par des connaissances ou anciens élèves de M. B, ne sont pas davantage de nature à contredire les faits mentionnés dans le courrier du 7 avril 2012. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la suite de la transmission de ce courrier aux responsables de l'école, M. B a été reçu, le 26 avril 2021, par le directeur général de l'école, et que le requérant a reconnu, lors de cet entretien, ne pas avoir transmis aux élèves les informations nécessaires sur le diplôme et les épreuves que ses étudiants devaient passer en fin d'année scolaire. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, la matérialité des faits retenus à son encontre est établie.

6. D'autre part, au regard des faits ainsi pris en compte, qui étaient de nature à avoir une incidence sur le bon déroulement de la scolarité des élèves accueillis en 3ème année, le président de la régie autonome de l'Ecole média art a pu, dans l'intérêt du service et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de renouveler le contrat de l'intéressé, alors même que celui-ci avait toujours donné satisfaction par le passé.

7. En troisième lieu, une décision de non renouvellement à son terme d'un contrat à durée déterminée d'un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l'intéressé, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées et qui doivent être précédées de la communication du dossier.

8. Le requérant soutient que la décision contestée de non renouvellement de son contrat a été prise pour un " motif disciplinaire déguisé " et qu'elle devait donc être motivée et donner lieu à la communication de son dossier. Toutefois, d'une part, la seule circonstance que certains faits auraient pu donner lieu à l'engagement d'une procédure disciplinaire n'est pas de nature à établir que la décision de non renouvellement du contrat de M. B aurait été prise pour un motif disciplinaire, d'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points n° 5 et 6 du présent jugement, la décision attaquée a été prise dans l'intérêt du service et non dans le but de sanctionner l'agent. Dès lors, elle ne présentait pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée et n'avait par suite ni à être motivée ni à être précédée de la communication à l'agent de son dossier.

9. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la sanction prononcée à son encontre serait disproportionnée dès lors que la décision attaquée ne constitue pas une sanction.

10. Enfin, les détournements de pouvoir et de procédure allégués ne sont pas établis.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 juin 2021 du président de la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la régie autonome personnalisée de l'Ecole média art.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur,

N. Zeudmi Sahraoui

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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