jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BORDERIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 août 2021, le 1er décembre 2021, le 5 mai 2022, le 27 juin 2022, et le 28 juillet 2022, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Domaine de la Cadette, représentée par Me Borderieux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 du préfet de l'Yonne portant refus de défrichement ;
2°) d'annuler la décision du 28 juin 2021 par laquelle le préfet de l'Yonne a rejeté le recours gracieux formé contre l'arrêté du 2 avril 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de réexaminer sa demande d'autorisation de défrichement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté n° 91-262 déclarant d'utilité publique l'établissement de périmètres de protection autour de la source du val du poirier du 23 septembre 1991 est inopposable dès lors que les mesures de publicité des articles L. 1321-2 et R. 1321-13-1 du code de la santé publique n'ont pas été respectées ; à supposer que les dispositions de l'article R. 1321-13-1 du code de la santé publique ne soient pas applicables, l'article L. 20 du code de la santé publique applicable au jour de l'édiction de l'arrêté de 1991 et la circulaire du 24 juillet 1990 prévoient que l'arrêté n'est opposable qu'à compter de la publication au recueil des actes administratifs du département ainsi qu'au bureau des hypothèques, conformément à l'article 36 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 ;
- l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique prévoit que les interdictions et règlementations ne s'appliquent plus lorsque le point de prélèvement n'alimente plus en totalité le service de distribution d'eau potable ; le préfet ne justifie pas que le captage est la propriété du syndicat intercommunal et qu'il est exploité en régie ; en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique ne limitent nullement la condition aux captages appartenant à des personnes privées ; ces dispositions étaient en vigueur à la date d'édiction de la décision attaquée ;
- l'autorisation de captage est caduque dès lors que la mise en service n'a pas débuté dans un délai de cinq ans ou lorsque l'exploitation a été interrompue pendant plus de cinq ans selon les articles R. 1321-10 et R. 1322-10 du code de la santé publique ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ; aucune zone de vulnérabilité n'a été définie et aucune prescription particulière n'a été édictée lors de la délimitation du bassin d'alimentation du captage d'eau ; le projet n'est de nature à altérer ni le débit de l'eau ni sa qualité dès lors qu'il s'agit de la plantation de vignes en agriculture biologique, sans utilisation de pesticides et qu'il prévoit d'enherber en période hivernale ; le préfet ne peut se fonder sur des suppositions quant à l'évolution potentielle de la situation en cas de vente des parcelles ; le programme d'actions visant à préserver et restaurer la qualité de la ressource en eau n'est pas finalisé ; le peuplement forestier concerné est de faible qualité ; son projet est de dimensions particulièrement limitées et présente d'importantes garanties de préservation de la ressource en eau ; il ressort du rapport d'expertise de décembre 2021 que l'agriculture biologique est un gage de très faible impact, que la viticulture biologique n'a aucun impact actuel sur la qualité de l'eau, que l'expert n'est pas opposé au projet de défrichement sous condition d'une conversion des parcelles en agriculture biologique ; il ne ressort pas de l'étude de l'ANSES que l'utilisation de cuivre sera génératrice d'une pollution des sols ou de l'eau.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 octobre 2021, le 22 décembre 2021, le 8 juin 2022, le 19 juillet 2022 et le 11 août 2022, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les articles L. 1321-2 et R. 1321-13-1 du code de la santé publique ont été édictés postérieurement à l'arrêté de 1991 et ne s'appliquent pas rétroactivement ; l'arrêté de 1991 a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture ; l'article L. 20 du code de la santé publique dans sa rédaction applicable lors de l'édiction de l'arrêté de 1991 ne comporte aucune précision quant aux modalités de publicité des actes ; si la publication au bureau des hypothèques n'a pas été réalisée, cette formalité a été exclue depuis 2004 par l'article L. 1321-2 du code de la santé publique ;
- l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique a été créé postérieurement à l'arrêté de 1991 ; ces dispositions n'ont vocation à s'appliquer qu'aux captages privés alimentant une collectivité publique ; les parcelles correspondant au point de captage appartiennent au syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable (SIAEP) de Saint-Père-Tharoiseau ;
- les dispositions de l'article R. 1321-10 du code de la santé publique n'ont été créées que par le décret du 11 janvier 2017 ; l'article R. 1322-10 n'est pas applicable dès lors qu'il figure au chapitre II relatif à l'exploitation des eaux minérales naturelles pour le conditionnement de l'eau ou son importation sous forme conditionnée, à l'utilisation à des fins thérapeutiques dans un établissement thermal de l'eau et de ses produits dérivés ainsi que pour la distribution en buvette publique de l'eau ;
- le refus d'autorisation de défrichement est fondé sur l'application du 3° de l'article L. 341-5 du code forestier ; l'étude hydrogéologique réalisée à la demande du SIAEP de Saint-Père-Tharoiseau révèle que la ressource montre une qualité dégradée du fait de la présence de pesticides et une pression azotée marquée ; dans un courrier du 23 décembre 2020, l'agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté a donné un avis défavorable au projet en raison de la situation des parcelles à l'intérieur du périmètre de protection éloignée de l'aire d'alimentation du captage, de la présence de pesticides, de la sensibilité du captage au problème de turbidité qui serait aggravé par la mise à nu des sols et de l'impact ainsi avéré pour l'eau souterraine ; le maintien de la destination forestière des parcelles est rendu nécessaire à la qualité de la ressource en eau ; rien n'indique que l'engagement de mener une agriculture biologique sera pérenne ; les parcelles sont situées dans un secteur dans lequel de nombreuses conversions en vigne ont été autorisées ; la concentration en pesticides est déjà supérieure à la norme de potabilité ; les boisements constituent une protection contre le problème de turbidité ; l'étude hydrogéologique conforte la décision dès lors qu'elle indique que les ressources en eau potable sont particulièrement vulnérables sur ces territoires, que les deux captages montrent des non-conformités fréquentes, que l'eau produite au captage du Val de Poirier apparaît dégradée du fait de la présence parfois très marquée de pesticides et que cette dégradation est liée aux pratiques agricoles et viticoles ; l'hydrogéologue indique que le projet de défrichement est de nature à renforcer la dégradation de l'eau du captage puisqu'il va contribuer à supprimer des espaces natures à impact nul voire positif sur la qualité de l'eau ; l'exploitation viticole, même en agriculture biologique, sera forcément moins bénéfique sur la ressource en eau qu'un boisement ; l'expert relève aussi un risque d'augmentation du taux de nitrates dû au relargage d'azote lié au défrichement ; l'hydrogéologue ne s'oppose pas au projet sous la condition impérative de conversion de l'ensemble des parcelles de la zone AOC en viticulture biologique ; si l'exploitation de vignes en agriculture biologique a un moindre impact sur le milieu naturel, cet impact est réel.
Un mémoire produit pour la SCEA Domaine de la Cadette a été enregistré le 12 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées par une lettre du 15 juin 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 1er juillet 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 64-1245 du 16 décembre 1964 relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution ;
- le code forestier ;
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière ;
- le décret n°61-859 du 1 août 1961 portant règlement d'administration publique pour l'application du chapitre 3 du titre 1 du livre 1 du code de la santé publique relatif aux eaux potables ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B A,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,
- et les observations de Me Bernard, représentant la SCEA Domaine de la Cadette.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) Domaine de la Cadette a sollicité le 6 novembre 2020 une autorisation de défrichement d'une superficie de 44,46 ares de bois répartie sur les parcelles WA 5 à WA 8, au lieu-dit les Saulniers, sur le territoire de la commune de Saint-Père, en vue de la plantation de vignes. Le directeur de la santé publique de l'agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté a formulé un avis défavorable le 23 décembre 2020. Un procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher a été établi le 26 janvier 2021. Par un arrêté du 2 avril 2021, le préfet de l'Yonne a refusé l'autorisation de défrichement sollicitée au motif que le maintien de la destination forestière des parties de parcelle était nécessaire à la qualité de la ressource en eau. La SCEA Domaine de la Cadette a présenté le 18 mai 2021 un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté le 28 juin 2021. Par sa requête, la SCEA Domaine de la cadette demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 ainsi que la décision du 28 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique : " En vue d'assurer la protection de la qualité des eaux, l'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines mentionné à l'article L. 215-13 du code de l'environnement détermine autour du point de prélèvement un périmètre de protection immédiate dont les terrains sont à acquérir en pleine propriété, un périmètre de protection rapprochée à l'intérieur duquel peuvent être interdits ou réglementés toutes sortes d'installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux et, le cas échéant, un périmètre de protection éloignée à l'intérieur duquel peuvent être réglementés les installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols et dépôts ci-dessus mentionnés. / () Les servitudes afférentes aux périmètres de protection ne font pas l'objet d'une publication aux hypothèques. Un décret en Conseil d'Etat précise les mesures de publicité de l'acte portant déclaration d'utilité publique prévu au premier alinéa, et notamment les conditions dans lesquelles les propriétaires sont individuellement informés des servitudes portant sur leurs terrains. / () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 1321-13 du code de la santé publique : " A l'intérieur du périmètre de protection éloignée, peuvent être réglementés les travaux, installations, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols qui, compte tenu de la nature des terrains, présentent un danger de pollution pour les eaux prélevées ou transportées, du fait de la nature et de la quantité de produits polluants liés à ces travaux, installations, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols ou de l'étendue des surfaces que ceux-ci occupent ". Aux termes de l'article R. 1321-13-1 du même code : " L'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines mentionné à l'article L. 1321-2 est publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département et est affiché à la mairie de chacune des communes intéressées pendant au moins deux mois. Une mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans deux journaux locaux. / Un extrait de cet acte est par ailleurs adressé par le bénéficiaire des servitudes à chaque propriétaire intéressé afin de l'informer des servitudes qui grèvent son terrain, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Lorsque l'identité ou l'adresse d'un propriétaire est inconnue, la notification est faite au maire de la commune sur le territoire de laquelle est située la propriété soumise à servitudes, qui en assure l'affichage et, le cas échéant, la communique à l'occupant des lieux. / Les maires des communes concernées conservent l'acte portant déclaration d'utilité publique et délivrent à toute personne qui le demande les informations sur les servitudes qui y sont rattachées ".
3. La société requérante ne peut pas utilement se prévaloir de l'absence d'opposabilité de la déclaration d'utilité publique établissant des périmètres de protection immédiate, rapprochée et éloignée autour de la Source du Val de Poirier du 23 septembre 1991 dès lors que la décision en litige est fondée non sur l'article 2 de cette déclaration d'utilité publique, qui prévoit que toute activité susceptible d'altérer le débit ou la qualité de l'eau sera soumise à autorisation préfectorale au sein du périmètre de protection éloignée, mais sur l'article L. 341-5 du code forestier.
4. En tout état de cause, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des formalités de publicité prévues par l'article R. 1321-13-1 du code de la santé publique dès lors que ces dispositions, créées par un décret n° 2006-570 du 17 mai 2006, n'étaient pas applicables à la date d'édiction de la déclaration d'utilité publique du 23 septembre 1990. En outre, il résulte du rapprochement de l'article 36 et des autres dispositions du décret du 4 janvier 1955 que l'obligation ainsi faite à l'administration, dans l'intérêt de l'information des usagers, de publier au bureau des hypothèques de la situation de l'immeuble concerné les décisions relatives aux limitations administratives au droit de propriété n'est pas une condition de l'opposabilité de ces décisions. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du document des archives départementales, qu'un extrait de l'arrêté préfectoral portant déclaration d'utilité publique a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Yonne.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique : " Lorsqu'une ou des collectivités territoriales sont alimentées en eau destinée à la consommation humaine par des ouvrages de prélèvement, propriétés de personnes privées et ne relevant pas d'une délégation de service public, le représentant de l'Etat dans le département peut déclarer d'utilité publique à la demande de la personne privée, et après avis conforme de la majorité des collectivités alimentées en eau au regard des populations desservies, la détermination des périmètres de protection rapprochée autour du point de prélèvement dans les conditions qui sont définies au premier alinéa de l'article L. 1321-2. Ces dispositions ne sont applicables qu'aux prélèvements existants au 1er janvier 2004. / Les interdictions, les réglementations et autres effets des dispositions des précédents alinéas cessent de s'appliquer de plein droit dès lors que le point de prélèvement n'alimente plus en totalité le service public de distribution d'eau destinée à la consommation humaine ".
6. Contrairement à ce que soutient la société requérante, il ressort tant de la lettre du texte que des travaux préparatoires à son adoption que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique ne concernent que les effets des déclarations d'utilité publique portant sur des ouvrages de prélèvement qui appartiennent à des personnes privées et ne relèvent pas d'une délégation de service public. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas sérieusement contesté que tel n'est pas le cas du captage du Val de Poirier qui appartient au syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de Saint Père. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 1321-2-1 du code de la santé publique, qui prévoient que les interdictions, réglementations et autres effets de la déclaration d'utilité publique cessent de s'appliquer de plein droit dès lors que le point de prélèvement n'alimente plus en totalité le service public de distribution d'eau destinée à la consommation humaine.
7. En troisième lieu, aux termes du II de l'article R. 1321-10 du code de la santé publique : " En l'absence de mise en service de l'installation dans un délai de cinq ans à compter de la notification de l'autorisation mentionnée à l'article R. 1321-8, l'autorisation est réputée caduque ".
8. Si la société requérante soutient que l'autorisation d'utilisation d'eau en vue de la consommation humaine serait caduque, elle n'apporte aucun commencement de preuve de ce que l'installation n'aurait pas été mise en service dans le délai de cinq ans. Ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
9. En quatrième lieu, la société requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article R. 1322-10 du code de la santé publique qui ne concerne que l'autorisation d'exploiter une eau minérale.
10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que la déclaration d'utilité publique du 23 septembre 1991, qui détermine le périmètre de protection éloignée du captage de la Source du Val de Poirier, ne lui serait pas opposable.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / () ". Aux termes de l'article L. 341-3 du même code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 341-5 de ce code : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : / () 3° A l'existence des sources, cours d'eau et zones humides, et plus généralement à la qualité des eaux ; / () ".
12. Les parcelles faisant l'objet de la demande d'autorisation de défrichement sont situées dans le périmètre de protection éloignée du captage " Source de la Graineterie - Val de Poirier " et dans le périmètre du bassin d'alimentation du captage d'eau potable de la Source de la Graineterie - Le Val de Poirier " tel qu'il a été défini en 2019. La demande porte sur une surface de 44 ares 46 centiares environ au sein d'un massif boisé de dix hectares environ. Il ressort de l'étude du bassin d'alimentation du captage réalisée en 2019 que l'eau du captage présente une qualité dégradée du fait de la présence marquée de pesticides issus de la culture céréalière et de la viticulture et une pression azotée marquée. En outre l'expertise hydrogéologique sur le projet de défrichement et de retournement de prairies dans les zones de protection des captages du Val de Poirier et de l'Etang, réalisée à la demande de l'agence régionale de santé, confirme que les résultats des analyses effectuées montrent des non-conformités fréquentes, une sensibilité du captage vis-à-vis de la turbidité et la dégradation de la qualité de l'eau par la présence de nitrates et de pesticides, liée aux pratiques agricoles et viticoles dont les surfaces représentent la moitié de la surface du bassin d'alimentation du captage de la source du Val de Poirier. L'expert conclut que le projet global de défrichement des parcelles boisées situées dans la zone AOC Vézelay et de retournement de prairies est de nature à renforcer la dégradation de l'eau du captage de la source du Val de Poirier puisqu'il va contribuer à supprimer des espaces naturels à impact nul voire positif sur la qualité de l'eau au profit d'activités viticoles. Il relève des risques de pollution par les pesticides, d'augmentation du taux de nitrates du fait du relargage d'azote lors du défrichement, l'augmentation possible de la turbidité. Il ajoute également que l'exploitation en agriculture biologique de plusieurs parcelles viticoles n'a aucun impact actuel sur la qualité de l'eau compte tenu de la présence par ailleurs de l'agriculture conventionnelle. S'il est vrai que la viticulture en agriculture biologique, contrairement à l'agriculture conventionnelle, ne génère pas en elle-même de résidus de pesticides et génère peu de nitrates, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'expertise hydrogéologique précitée, que la qualité des eaux de captage est déjà fortement dégradée par la présence de pesticides et de nitrates résultant de l'agriculture conventionnelle pratiquée dans le bassin d'alimentation du captage. Dans ce contexte, alors que les espaces boisés ont un impact nul voire positif sur la qualité de l'eau en prévenant notamment l'érosion des sols, l'opération de défrichage envisagée présente un risque supplémentaire de dégradation de la qualité de l'eau de captage du fait du risque d'augmentation du taux de nitrates dû au relargage d'azote lié au défrichement, de la pollution même limitée qui peut résulter de l'exploitation viticole et de la disparition des espaces boisés qui contribuent à la qualité de l'eau. L'expert hydrogéologue n'a d'ailleurs donné un avis favorable à l'extension de la zone viticole dans le périmètre du bassin qu'à la condition dite impérative d'une conversion de l'ensemble des parcelles viticoles situées dans le périmètre du bassin d'alimentation du captage en agriculture biologique. Ainsi, la circonstance que la fertilité forestière est faible à moyenne et que le peuplement présente un intérêt économique limité est sans incidence sur cette appréciation dès lors que ces caractéristiques ne privent pas ce boisement de son intérêt pour la préservation de la qualité de l'eau. Par suite, bien que la demande porte sur une surface limitée et que la société requérante ait un projet de viticulture en agriculture biologique, le préfet a pu sans erreur d'appréciation, compte tenu de la dégradation actuelle de la qualité de l'eau, refuser l'autorisation de défrichement sollicité.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA Domaine de la Cadette est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole Domaine de la Cadette et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
P. A
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026