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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102134

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102134

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBARBEROUSSE NATACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête, enregistrée le 12 août 2021, Mme F B, représentée G Me Barberousse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-03-04 du 11 mars 2021, G lequel le président du conseil départemental de l'Yonne l'a placée en congé de maladie ordinaire du 21 novembre 2019 au 20 novembre 2020, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mars 2021, ensemble la décision du 9 juin 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Yonne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été informée de l'examen de son dossier G le comité médical départemental le 20 avril 2021, ni de ses droits relatifs à la communication de son dossier et à la possibilité de se faire entendre G le médecin de son choix, ni des voies de recours devant le comité médical supérieur, en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- dans la mesure où elle justifie que son état de santé lui ouvre droit au bénéfice d'un congé pour invalidité imputable au service, objet de l'instance n° 2001111, l'article 17 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 faisait obstacle à ce qu'elle soit placée en disponibilité d'office pour raisons de santé ;

- le département de l'Yonne aurait dû l'inviter à présenter une demande de reclassement, dès lors qu'elle n'était pas inapte à toutes fonctions.

G un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, le département de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés G la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées G une lettre du 8 novembre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 25 novembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2022 G ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C A,

- les conclusions de Mme Mélody Desseix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Caille, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B a été recrutée G le département de l'Yonne le 1er décembre 2015. Elle a exercé les fonctions de cadre enfance famille, d'abord au sein de l'unité territoriale de solidarité de Sens, puis au sein du pôle des solidarités départementales, et enfin celles de cadre enfance polyvalent, en charge des problématiques transversales depuis le 1er janvier 2020. Mme B a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 21 novembre 2019. Elle a ultérieurement transmis un imprimé Cerfa " accident de travail, maladie professionnelle ", en date du 21 décembre 2019, établi G son médecin. G une décision du 16 janvier 2020, le président du conseil départemental de l'Yonne a refusé de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service et l'a maintenue en congé de maladie ordinaire, au motif que l'intéressée n'avait pas transmis de déclaration d'accident de service dans un délai de quinze jours à compter de la constatation médicale de cet accident. G un jugement, rendu public le 11 janvier 2022 et frappé d'appel, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa requête dirigée contre cette décision. Au cours de sa séance du 16 février 2021, le comité médical départemental a considéré Mme B temporairement inapte, a rendu un avis favorable à l'octroi d'un congé de maladie ordinaire de plus de six mois à compter du 21 novembre 2019 et à un placement en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 21 novembre 2020 pour une période de six mois, et enfin a sollicité une mesure d'expertise G un médecin spécialiste avant de donner un avis sur l'octroi d'un congé de longue durée. Dans sa séance du 20 avril 2021, ce comité médical a donné un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée et un avis favorable à la prolongation du placement en disponibilité d'office pour raisons de santé de l'intéressée à compter du 21 mai 2021 pour une période de six mois. G un arrêté, en date du 11 mars 2021, le président du conseil départemental de l'Yonne a placé Mme B en congé de maladie ordinaire du 21 novembre 2019 au 20 novembre 2020 et en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021, à titre provisoire dans l'attente de l'avis du comité médical sur le congé de longue durée. G une décision explicite du 9 juin 2021, ce président a rejeté le recours gracieux du 11 mai 2021 de l'intéressée, dirigé contre l'arrêté du 11 mars 2021, en se fondant notamment sur l'avis du 20 avril 2021 du comité médical départemental, et a confirmé sa décision de placement de Mme B en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021. Eu égard à la portée de sa requête, Mme B, qui se borne à demander au juge de l'excès de pouvoir l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2021 et de la décision du 9 juin 2021, G laquelle le président du conseil départemental de l'Yonne a rejeté son recours gracieux, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mars 2021 et la décision du 9 juin 2021, en tant que celle-ci a rejeté son recours gracieux et confirmé son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction applicable au litige : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées G le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées G l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : / a) La prolongation des congés de maladie au-delà de six mois consécutifs ; / b) L'octroi et le renouvellement des congés de longue maladie ou de longue durée ; / () f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; / () Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : / -de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; / -de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; / -des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. / L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire sur sa demande. / Le secrétariat du comité médical est informé des décisions qui ne sont pas conformes à l'avis du comité médical. ".

3. L'information ainsi donnée G le secrétariat du comité médical doit permettre à l'agent d'avoir connaissance de la date de la réunion du comité médical et de le mettre en mesure d'exercer, s'il le souhaite, ses droits, en demandant la communication de son dossier ou en faisant entendre tout médecin de son choix. L'administration a donc une obligation d'informer l'intéressé de cette possibilité avant la réunion du comité médical et de lui laisser un délai suffisant pour lui permettre d'exercer effectivement ses droits.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues G les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Le département de l'Yonne produit un courrier en date du 9 avril 2021, adressé à Mme B G le secrétariat du comité médical départemental, qui informe l'intéressée que son dossier sera examiné au cours de la séance du 20 avril 2021 de ce comité, de ce qu'elle peut faire entendre, au cours de cette séance, le médecin de son choix, qu'elle peut demander la communication du rapport de l'expertise médicale effectuée et qu'elle pourra contester l'avis rendu devant le comité médical supérieur. Même si les dispositions précitées n'imposent pas que l'information soit faite G lettre recommandée avec accusé de réception, en se bornant à produire la simple copie du courrier, sans justifier de ce que ladite information aurait été notifiée à Mme B, qui conteste l'avoir reçue, le département de l'Yonne n'établit pas que la requérante a été informée de la date de réunion du comité médical. Au surplus, cette lettre ne mentionne pas les droits de l'intéressée concernant la communication de son dossier, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987. Ainsi, et dès lors que l'absence d'une telle information doit être regardée comme l'ayant privée d'une garantie, Mme B est fondée à soutenir que la décision du 9 juin 2021 du président du conseil départemental de l'Yonne, en tant que celle-ci a confirmé son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021, a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation dans cette mesure.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré du même vice de procédure est inopérant à l'encontre de l'arrêté du 11 mars 2021, qui est antérieur à l'avis du comité médical départemental du 20 avril 2021.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit résultant de ce que l'intéressée justifierait que son état de santé lui ouvre droit au bénéfice d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service est dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ". Le cinquième alinéa de l'article 72 de cette même loi dispose : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". Aux termes de l'article 81 de la même loi : " Le fonctionnaire territorial reconnu, G suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi, en priorité dans son administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande G l'intéressé. G dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose, en ce cas, de voies de recours. ".

9. En vertu de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ". L'article 38 du même décret précise que : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 () du présent décret est prononcée après avis du comité médical () sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions () Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical () ". Aux termes de l'article premier du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié. ". Selon l'article 2 de ce même décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, G l'autorité territoriale dont il relève. ".

10. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'issue de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte, temporairement ou définitivement, à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office, sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

11. Si le comité médical départemental s'est borné, dans ses avis des 16 février 2021 20 avril 2021, à mentionner que Mme B était " inapte temporairement ", sans préciser si cette inaptitude était limitée à l'exercice de ses fonctions ou s'étendait à l'exercice de toutes fonctions, il ressort des pièces du dossier, et en l'espèce du rapport d'expertise du docteur E, en date du 5 janvier 2021 que Mme B était temporairement inapte à tout poste, constat qui n'est pas remis en cause G le rapport d'expertise du docteur D, en date du 5 mars 2021, ni G aucune autre pièce du dossier. G suite, en l'absence de tout élément apporté à l'instance sur ce point G Mme B, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait conservé une aptitude au travail sur la période pendant laquelle elle a été placée en disponibilité d'office, de sorte qu'elle n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir qu'elle aurait dû bénéficier de la procédure de reclassement.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de de la décision du 9 juin 2021 du président du conseil départemental de l'Yonne, en tant que celle-ci a confirmé son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Yonne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés G Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 juin 2021 du président du conseil départemental de l'Yonne est annulée, en tant qu'elle a confirmé le placement en disponibilité d'office de Mme B du 21 novembre 2020 au 20 mai 2021.

Article 2 : Le département de l'Yonne versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au département de l'Yonne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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