mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROTHDIENER GAËTAN |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés sous le n° 2102197 les 23 août 2021 et 3 décembre 2021, Mme D C, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a retiré son agrément d'assistante familiale ;
2°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- l'avis de la commission consultative paritaire ne lui a jamais été communiqué ;
- il appartient à l'administration de produire cet avis afin d'en vérifier l'existence et le sens et de produire le procès-verbal de la séance de cette commission afin d'en vérifier la composition ;
- elle a été privée de la possibilité d'avoir accès à son entier dossier administratif ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- son dossier individuel n'était pas complet de sorte que la commission consultative paritaire a rendu un avis sans avoir accès aux observations et rapports qu'elle a transmis au président du conseil départemental et sans pouvoir consulter ses dernières évaluations ;
- aucun élément du dossier détenu par le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ne lui a été communiqué ou n'a été communiqué aux membres de la commission consultative paritaire départementale ;
- les témoignages de la jeune A et de sa mère, qui sont à l'origine de la procédure, ne figurent pas à son dossier et ne lui ont pas été communiqués ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle porte atteinte à la présomption d'innocence.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2021 et 14 décembre 2021, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- aucun texte n'impose la communication de l'avis de la commission consultative paritaire départementale ;
- les autres moyens soulevés E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2022.
II°) Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés sous le n° 2102198 les 23 août 2021 et 3 décembre 2021, Mme D C, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle l'a licenciée de son emploi d'assistante familiale ;
2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or l'a licenciée de son emploi d'assistante familiale ;
3°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or et du département de Meurthe-et-Moselle une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que :
- le courrier de convocation à l'entretien préalable au licenciement prononcé par le président du conseil départemental de la Côte-d'Or se bornait à indiquer qu'elle pouvait se faire accompagner par une personne de son choix sans mentionner la possibilité de se rapprocher d'un conseiller et l'adresse des services dans lesquels la liste des conseillers est à sa disposition ;
- le licenciement prononcé par le département de Meurthe-et-Moselle n'a été précédé d'aucun entretien préalable au licenciement ;
- la décision du 8 juillet 2021 du président du conseil départemental de la Côte-d'Or a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-11 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle n'a pas bénéficié du préavis de deux mois ;
- la décision portant retrait d'agrément, sur laquelle sont fondées les deux décisions attaquées, est illégale ;
- le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour prononcer son licenciement dès lors que le retrait d'agrément n'a pas été prononcé par cette autorité.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2021 et le 16 décembre 2021, le département de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le président du conseil départemental se trouvait en situation de compétence liée pour prononcer le licenciement de Mme C de sorte que le moyen tiré du vice de procédure est inopérant ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2021 et le 14 décembre 2021, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré du vice de procédure est inopérant dès lors que le courrier de convocation à l'entretien préalable n'avait pas à préciser la possibilité de se rapprocher d'un conseiller et l'adresse des services dès lors que le département est doté d'instances représentatives du
personnel ;
- en application de l'article L. 423-27 du code de l'action sociale et des familles aucun préavis ne pouvait être accordé à Mme C ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rothdiener, représentant Mme C, et de Mmes B, Bonin et Brouhaud, représentant le département de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, assistante familiale depuis 2003, bénéficiait d'un agrément délivré par le conseil départemental de la Côte-d'Or pour l'accueil de deux enfants. Elle accueillait Dorian, alors âgé de treize ans, confié par le département de Meurthe-et-Moselle à compter de l'année 2011, et A, alors âgée de onze ans, confiée par le département de la Côte-d'Or à compter de l'année 2016. Elle a fait l'objet d'une mesure de suspension de son agrément par une décision du 10 mars 2021 du président du conseil départemental de la Côte-d'Or. Par une décision du 30 juin 2021, dont elle demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a décidé de retirer son agrément. Puis, par deux décisions des 2 et 8 juillet 2021, le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle et le président du conseil départemental de la Côte-d'Or ont prononcé son licenciement.
Sur la légalité de la décision portant retrait de l'agrément en qualité d'assistant familial :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () / La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de la commission présidée par le président du conseil départemental ou son représentant, mentionnée au troisième alinéa, sont définies par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. / Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commission consultative paritaire départementale s'est réunie le 25 mai 2021 et a émis un avis favorable au retrait de l'agrément de Mme C, ainsi que cela ressort du procès-verbal de cette réunion et du compte-rendu produits en défense par le département. Si la requérante soutient que cet avis ne lui a pas été communiqué, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose une telle communication.
4. D'autre part, Mme C ne conteste pas utilement la composition de la commission consultative paritaire départementale telle qu'elle ressort du procès-verbal de la réunion du 25 mai 2012 en se bornant à soutenir qu'il appartient au département de la Côte-d'Or de produire la liste d'émargement de cette séance. Le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de cette commission ne peut, dès lors, qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix ".
6. D'une part, Mme C soutient qu'elle a été privée de la possibilité de consulter l'intégralité de son dossier individuel dès lors que ce dossier était scindé en trois sous-dossiers relevant chacun de trois services différents, le service de l'aide sociale à l'enfance, le service de la protection maternelle et infantile et le service des ressources humaines. Il ressort cependant des pièces du dossier que, par un courrier en date du 4 mai 2021, Mme C a été informée de la réunion de la commission consultative paritaire départementale et de la possibilité de prendre connaissance de son dossier, que les 18 et 19 mai 2021, elle a consulté les dossiers gérés par les services de la protection maternelle et infantile et de l'aide sociale à l'enfance. Si le département de la Côte-d'Or ne conteste pas en défense que Mme C n'a pas consulté le dossier relevant du service des ressources humaines, il ressort cependant des pièces du dossier qu'au cours de l'entretien que Mme C a eu, le 17 mai 2021, au sein du service de la protection maternelle et infantile, l'intéressée a eu connaissance de l'existence du dossier géré par le service des ressources humaines. Il n'est ni établi ni même allégué par la requérante qu'elle aurait sollicité la communication de ce dossier, et que les services se seraient opposés à cette demande. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus en ce qu'elle aurait été privée de la possibilité de consulter son dossier administratif.
7. D'autre part, le droit pour l'assistant familial de consulter son dossier administratif en vertu des dispositions de l'article R. 421-3 du code de l'action sociale et des familles doit être entendu comme visant l'intégralité du dossier. Toutefois, lorsque l'accès à certains des éléments figurant dans ce dossier administratif et notamment à l'identité de certains témoins serait de nature à porter gravement préjudice à leurs auteurs, l'administration doit se limiter à une information suffisamment circonstanciée de leur teneur.
8. En l'espèce, il est constant que les courriers établis par A, enfant accueillie E, et sa mère, n'ont pas été communiqués à l'intéressée. Toutefois, la décision de retrait d'agrément ne se fonde pas sur ces courriers mais, s'agissant du grief relatif à la rigidité des méthodes éducatives employées par la requérante, sur les déclarations faites par les enfants accueillis et E elle-même au cours de l'enquête réalisée, le 10 mars 2021, à son domicile. Par ailleurs, le département soutient que l'intéressée ne pouvait obtenir la communication de ces courriers conformément aux dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. En effet, compte tenu de la nature des relations très conflictuelles entre Mme C et la mère de la jeune A avec laquelle l'assistante familiale avait des différends, et de l'état de vulnérabilité de la jeune fille accueillie, l'administration a pu régulièrement s'abstenir de communiquer ces courriers dès lors que cette communication pouvait être gravement préjudiciable à leurs auteurs. En outre, le compte-rendu de l'évaluation réalisée le 10 mars 2021, dont Mme C a eu communication, reprend la teneur de ces courriers. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité la communication de ces courriers avant l'édiction de la décision de retrait litigieuse alors qu'elle avait connaissance de l'existence de ces éléments qui étaient mentionnés dans le compte-rendu d'enquête administrative du 16 mars 2021. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée de la possibilité de consulter ces courriers.
9. Enfin, Mme C soutient que les observations écrites transmises au département de la Côte-d'Or à la suite de la notification de la décision portant suspension de son agrément n'ont pas été versées à son dossier individuel et n'ont pas été communiquées aux membres de la commission consultative paritaire départementale. Toutefois, les observations écrites présentées E, qui n'avaient pas à être versées à son dossier individuel, ont été adressées au président du conseil départemental de la Côte-d'Or au cours du mois d'avril 2021, dans le cadre de la procédure de suspension de l'agrément de Mme C, et avant que la procédure de retrait d'agrément ne soit engagée par l'autorité administrative. Dès lors, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'était, en tout état de cause, pas tenu de transmettre ces éléments aux membres de la commission chargée de rendre un avis sur le retrait de l'agrément envisagé. Par ailleurs, Mme C, à qui il était loisible de remettre aux membres de la commission ses observations écrites, s'est présentée devant cette commission le 25 mai 2021 accompagnée de son avocat et a pu présenter des observations orales et répondre aux questions posées par les membres de la commission. Contrairement à ce que soutient Mme C, les avis émis les 24 juillet 2013 et 3 mai 2018 sur le renouvellement de son agrément figuraient bien dans son dossier individuel, ainsi que cela ressort des listes des pièces dont elle a obtenu la communication les 18 et 19 mai 2021. Enfin, si la requérante soutient qu'aucun élément du dossier détenu par le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ne lui a été communiqué et n'a été transmis aux membres de la commission, elle ne précise pas quel document aurait dû faire l'objet d'une telle communication alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le président du conseil départemental de la Côte-d'Or ait fondé sa décision sur des éléments recueillis par le département de la Meurthe-et-Moselle. Dès lors, le moyen soulevé par la requérante ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait () ".
11. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a prononcé le retrait de l'agrément de Mme C aux motifs que celle-ci faisait preuve de rigidité dans ses méthodes éducatives, qu'un manque de collaboration avec les travailleurs sociaux référents et partenaires avait été constaté et que l'intéressée adoptait une posture professionnelle inadaptée. Il est également relevé à l'égard de l'intéressée une absence de remise en question, un manque de professionnalisme et une absence de suivi des formations préconisées par son employeur à la suite de difficultés constatées dans le cadre de sa pratique professionnelle.
12. D'une part, la décision attaquée relève qu'au cours de la visite des travailleurs médico-sociaux réalisée au domicile de Mme C, le 10 mars 2021, il est apparu que celle-ci faisait preuve d'une certaine rigidité dans ses méthodes éducatives en utilisant des sanctions telles que la privation de nourriture, en interdisant aux enfants accueillis de parler à table, de parler " de chambre à chambre ", d'aller dans les chambres des autres enfants et de se servir dans les placards. Si les courriers établis par A et sa mère n'ont pas été versés au dossier par l'administration, les faits sont établis par les propres déclarations de Mme C qui a indiqué, au cours de l'enquête administrative du 10 mars 2021, au sujet de Dorian, " un soir je l'ai envoyé se coucher à 18 heures sans manger, car il devait me tenir tête ". Au cours de cette visite, Dorian a confirmé avoir été " envoyé au lit " après avoir demandé une crêpe supplémentaire et A a également déclaré avoir été privée de dîner un jour où Mme C avait estimé qu'elle avait trop mangé au cours du déjeuner. Contrairement à ce que soutient la requérante, ces faits ne se bornaient pas à la privation d'une crêpe, lors d'une soirée. Il ressort également du compte-rendu du 16 mars 2021, qu'au cours de l'enquête administrative Mme C a indiqué avoir " durci les règles " en interdisant aux enfants de parler à table, ce que Dorian et A ont par ailleurs confirmé, cette dernière ayant également précisé " elle punit si on parle à table ". Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette interdiction n'était appliquée que lorsque les rapports dégénéraient entre les deux enfants, ni même que les enfants avaient la possibilité d'échanger avec les adultes. A supposer même que les enfants avaient le droit d'échanger avec les adultes, l'interdiction qui leur a été donnée d'échanger entre eux apparaît excessivement sévère. Dorian a, par ailleurs, indiqué au cours de la visite qu'ils n'avaient pas le droit de parler " de chambre à chambre ", ni d'aller dans la chambre des autres enfants, ni de se servir dans les placards, ce que Mme C n'a pas contesté dans les observations écrites transmises à la suite de la notification de la suspension d'agrément et ne conteste pas dans le cadre de la présente instance. La requérante soutient que l'interdiction de se rendre dans les autres chambres a été instaurée compte tenu du comportement " sexualisé " de A qu'elle a surprise dans la chambre de Dorian " dans des positions et avec des comportements sexualisés " à l'égard de celui-ci. Toutefois, et alors que Mme C a seulement fait état, au cours de la visite du 10 mars 2021, de l'intrusion de A dans la chambre de Dorian et qu'elle voulait l'embrasser, l'interdiction définitive d'entrer dans les chambres des autres enfants apparaît en l'espèce excessive et, en outre et par elle-même, dépourvue de toute portée éducative. La rigidité de la pratique professionnelle de Mme C a également été relevée par les travailleurs sociaux qui ont émis un avis sur le renouvellement de son agrément en 2018, en constatant que l'intéressée n'était pas maternante envers A et qu'elle tenait des propos négatifs sur les enfants qu'elle accueillait. Contrairement à ce que soutient la requérante, les circonstances qu'aucun signalement n'ait été réalisé par le département de la Côte-d'Or auprès du Procureur de la République ou par les psychologues, l'équipe médicale ou le corps enseignant, et que l'entourage des enfants n'ait pas été interrogé, ne sont pas de nature à contredire la matérialité des faits qui lui sont reprochés.
13. D'autre part, s'agissant du grief relatif au manque de collaboration avec les travailleurs sociaux référents et partenaires, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de l'enquête administrative réalisée le 10 mars 2021, que Mme C a remis en cause l'utilité d'une prise en charge dont bénéficiait Dorian sur le plan psychologique en indiquant que l'enfant avait " trop de suivis psy " et que plusieurs rendez-vous avec le pédopsychiatre de l'enfant n'ont pas été honorés. Ce compte-rendu indique également que la psychologue de l'enfant a indiqué avoir ressenti beaucoup de réticences de la part de Mme C, celle-ci lui ayant déclaré " il y a que les fous qui vont en thérapie ". Enfin, il ressort de ce compte-rendu que l'intéressée a remis en cause l'avis du psychologue de Dorian quant à l'orientation scolaire de l'enfant, cette dernière estimant que l'enfant avait le niveau attendu d'un enfant de son âge alors que l'assistante familiale insistait pour que Dorian soit orienté vers une section d'enseignement général et professionnel adapté. Les mentions du compte-rendu de l'enquête administrative ne sont pas contestées par la requérante qui se borne à soutenir qu'elle avait alerté à de nombreuses reprises l'administration sur les problèmes rencontrés par A au moment des séjours chez sa mère, sans évoquer les faits précis qui lui sont reprochés par la décision attaquée et qui sont relatifs à la situation de Dorian.
14. Enfin, la décision attaquée indique que, depuis l'année 2013, il a été signalé à l'intéressée, à plusieurs reprises, une posture professionnelle inadaptée liée à un manque de compréhension des besoins des enfants accueillis, un discours négatif sur ces derniers et/ou leurs parents, la mise en place de chantage et de privations, un manque de collaboration avec les services de l'aide sociale à l'enfance et le service de la protection maternelle et infantile. Il ressort en effet des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de l'enquête administrative du 10 mars 2021, dont les mentions ne sont pas contestées par la requérante, que les enfants accueillis E ont peu d'interaction avec elle, que le soir, après le dîner, les adultes regardent la télévision dans le salon et les enfants dans la cuisine, que la sécurité affective des enfants est également mise en doute, Mme C ayant déjà déclaré devant les enfants " si vous continuez comme ça, on peut faire d'autres choix que vous garder. On peut vendre la maison et partir " et que les besoins matériels des enfants ne semblent également pas pris en compte. Il a été relevé à cet égard de que la requérante avait initialement refusé d'acheter une calculatrice pour Dorian, que la référente de A avait relevé que ses sandales ne correspondaient pas à sa pointure et qu'au cours de la visite du 10 mars 2021, A portait un pull dont les manches étaient trop courtes et celles de son
t-shirt étaient sales. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C tient, de manière récurrente, un discours négatif sur les enfants qu'elle accueille, ce qui a été relevé par le référent de Dorian et par sa psychologue à laquelle il a indiqué " Tata m'a dit que je ne peux pas être pompier car il faut être intelligent ". Il ressort également du compte-rendu du 16 mars 2021, qu'en juillet 2013, au moment du renouvellement de son agrément, Mme C avait déclaré avoir fait du chantage à Dorian pour qu'il finisse son puzzle, sous peine d'être privé de repas, et qu'au cours de l'entretien du 4 juillet 2019, l'intéressée a indiqué ne pas donner un baiser aux enfants " si la relation est tendue ". Il ressort enfin des pièces du dossier qu'à la suite de la transmission, en novembre 2014, d'une information inquiétante par la psychologue en charge du suivi de Damien, alors accueilli par l'intéressée, le délégué de l'aide sociale à l'enfance et la responsable de la cellule accueil familial ont conseillé à Mme C de rencontrer la psychologue de la cellule afin d'évoquer les difficultés rencontrées avec l'enfant et de suivre des formations. Toutefois, Mme C n'a mis en œuvre aucune de ces préconisations. De nouvelles recommandations, également non suivies, lui ont été adressées en 2018 à la suite d'un nouveau signalement réalisé par cette même psychologue. Si Mme C conteste avoir eu des relations conflictuelles avec les parents des enfants accueillis, ces faits sont établis au vu du compte-rendu de l'enquête administrative établi le 16 mars 2021 qui indique que l'intéressée tient un discours négatif à l'égard des parents de Dorian et a indiqué que les visites de l'enfant chez ses parents ne lui apportaient rien, qu'elle a, à plusieurs reprises, modifié ou annulé de sa propre initiative des droits de visite et d'hébergement en n'accompagnant pas A au lieu de rendez-vous convenu avec sa mère.
15. Les circonstances avancées par la requérante selon lesquelles la procédure disciplinaire n'aurait donné lieu au prononcé d'aucune sanction, que la situation des enfants se serait dégradée depuis qu'ils ont quitté son domicile, et que la cheffe du service accueil familial du département de la Côte-d'Or aurait, depuis, quitté ce service, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des faits décrits précédemment et qui sont de nature à établir que les conditions d'accueil offertes E ne permettent plus de garantir la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or pouvait, sans commettre ni une erreur de fait ni une erreur d'appréciation, retirer l'agrément dont bénéficiait Mme C en qualité d'assistante familiale.
16. Enfin, contrairement à ce que soutient Mme C, en lui adressant un courrier le 3 mai 2021 la convoquant à un entretien préalable au licenciement, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a pas porté atteinte au principe de la présomption d'innocence. Ainsi, et en tout état de cause, ce moyen ne peut qu'être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 juin 2021 portant retrait de son agrément en qualité d'assistante familiale.
Sur la légalité des décisions des 2 et 8 juillet 2021 prononçant le licenciement de Mme C :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de l'agrément de Mme C doit être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles : " () / En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ". Ces dispositions sont rendues applicables aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public en application de l'article L. 422-1 du même code.
20. En application des dispositions précitées, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or se trouvait en situation de compétence liée pour prononcer le licenciement de Mme C. Contrairement à ce que soutient la requérante, le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle était également tenu de licencier l'intéressée dès lors que celle-ci exerçait ses fonctions d'assistante familiale auprès de ce département en vertu de l'agrément qui lui avait été délivré par le président du conseil départemental de la Côte-d'Or. Dès lors, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'incompétence, auraient été prises à l'issue d'une procédure irrégulière et de ce que la décision prise par le président du conseil départemental de la Côte-d'Or méconnaîtrait l'article L. 423-11 du code de l'action sociale et des familles, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 2 et 8 juillet 2021 prononçant son licenciement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Côte-d'Or et du département de Meurthe-et-Moselle la somme demandée E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au département de la Côte-d'Or et au département de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le rapporteur,
N. F
Le président,
Ph. NICOLETLa greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or et au préfet de Meurthe-et- Moselle, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2,2102198
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026