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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102320

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102320

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le numéro 2102320 le 10 septembre 2021, le 27 octobre 2021 et le 13 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Stouffs, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de refus opposée le 8 septembre 2021 par la présidente du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre à sa mise en demeure de respecter les obligations de cet établissement à son égard ainsi que la décision du 20 septembre 2021 par laquelle sa demande a été expressément rejetée ;

2°) d'enjoindre à la présidente du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre :

- de formaliser le projet personnalisé prévu par l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 en bonne et due forme, en l'associant à son élaboration, conformément à la loi ;

- de procéder à la signature de la convention quadripartite évoquée aux termes des courriers du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin ;

- de répondre clairement à ses questions concernant le financement du bilan de compétences qu'il souhaite réaliser ;

- d'élaborer, conformément à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984, un plan de formation en cohérence avec le projet personnalisé afin qu'il puisse avoir un accès prioritaire à des actions de formation longue ;

- de lui permettre de bénéficier de l'aide d'un psychologue clinicien de son choix, compte tenu des risques de dégradation de son état de santé résultant des multiples carences de l'administration, à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin ;

- de respecter l'ensemble des actions de suivi prévues par le guide d'accompagnement vers le retour à l'emploi qui lui a été remis ;

3°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à solliciter l'annulation de la décision implicite de refus intervenue le 8 septembre 2021 ; la décision expresse est purement confirmative de la décision implicite initiale ; il a expressément élargi ses conclusions et sollicité également l'annulation de la décision expresse ;

- en rejetant la mise en demeure tendant à ce que le centre de gestion de la Nièvre respecte ses obligations, la présidente de ce centre a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit ; les centres de gestion n'ont pas respecté leurs obligations ; aucun projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi n'a été élaboré et signé, en méconnaissance de l'article 97 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ; il n'a pas eu accès à des actions de formation longues, en méconnaissance des mêmes dispositions ; aucun entretien de suivi n'a eu lieu ; l'administration n'a pas été en mesure d'apporter des réponses claires concernant les modalités de financement d'un bilan de compétences ; le document adressé le 9 juin 2021 ne constitue pas un projet personnalisé, il est vide, n'a pas été élaboré conjointement, ne fixe pas d'actions d'orientation, de formation et d'évaluation et comporte des mentions hors sujet ;

- l'inertie de l'administration est incompréhensible ; l'administration a attendu près de deux ans pour adresser un prétendu projet personnalisé alors que les dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 prévoient un délai de trois mois ; la faute de l'administration est patente ; il est permis de douter de la réalité de l'envoi d'un projet personnalisé à l'été 2020 ; à supposer même que ce soit le cas, le premier envoi serait intervenu plus de neuf mois après la réunion du 8 novembre 2019 et l'administration aurait encore attendu près d'un an pour réexpédier son courrier en dépit de nombreuses alertes ; il conteste avoir vu ou reçu lors de la réunion du 8 novembre 2019 le document produit par l'administration en pièce n° 11, lequel a été fabriqué à l'évidence pour les besoins de la cause ; le document en question n'est ni daté ni signé ; ses absences aux réunions des 17 septembre et 7 octobre 2019 étaient pleinement justifiées et il avait informé l'administration de ses indisponibilités ;

- aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 30 août 2019, c'est au centre de gestion de la Nièvre qu'il incombe au premier chef d'assurer le suivi administratif et l'ensemble des procédures relatives au retour à l'emploi ;

- à ce jour, les centre de gestion ne lui ont toujours pas proposé un projet personnalisé en bonne et due forme ni ne l'ont associé à l'élaboration d'un tel document ;

- les conclusions présentées par les centres de gestion sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourront qu'être rejetées faute d'être chiffrées et faute pour l'administration de se prévaloir de frais exposés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, à ce qu'une somme à déterminer soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de rejet n'est intervenue ;

- les centres de gestion ont invité M. B à des réunions auxquelles il ne s'est pas rendu ; une réunion du 8 novembre 2019 a permis de présenter les contours du projet personnalisé à l'intéressé ; une première version du projet personnalisé a été adressée par courrier simple du 28 août 2020 ; le projet personnalisé a été renvoyé par courrier recommandé le 9 juin 2021 ; M. B n'a pas profité de la réunion du 8 novembre 2019 pour proposer des axes d'amélioration du projet ; le projet est conforme aux dispositions en vigueur ;

- les centres de gestion ont systématiquement donné leur accord aux sollicitations de M. B concernant des demandes de participations à des formations ; il a pu bénéficier de formations en 2018 puis dès le début de sa seconde période de mise en surnombre ;

- ils lui ont confirmé la prise en charge du bilan de compétences conformément à une résolution du conseil des présidents de l'interrégional Est du 22 juin 2016 ainsi que les modalités de mise en œuvre ;

- ils ont émis un avis favorable et ont proposé les services de la psychologue du pôle santé du centre de gestion de la Nièvre ; ils contestent que l'état de santé du requérant soit lié à de multiples carences de l'administration ;

- aucun entretien de suivi n'est prévu par les textes ni n'a été réalisé compte tenu du contexte sanitaire ; le centre de gestion de la Nièvre est néanmoins disposé à recevoir M. B ; de nombreuses offres d'emploi ont été communiquées au requérant ;

- les centres de gestion ont répondu favorablement aux demandes de l'agent concernant la formalisation du projet personnalisé, les modalités de financement du bilan de compétences, l'élaboration du plan de formation et l'accompagnement par un psychologue.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2023, le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre conclut au rejet de la requête, à ce qu'une somme à déterminer soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de rejet n'est intervenue ;

- les centres de gestion ont invité M. B à des réunions auxquelles il ne s'est pas rendu ; une réunion du 8 novembre 2019 a permis de présenter les contours du projet personnalisé à l'intéressé ; une première version du projet personnalisé a été adressée par courrier simple du 28 août 2020 ; le projet personnalisé a été renvoyé par courrier recommandé le 9 juin 2021 ; M. B n'a pas profité de la réunion du 8 novembre 2019 pour proposer des axes d'amélioration du projet ; le projet est conforme aux dispositions en vigueur ;

- les centres de gestion ont systématiquement donné leur accord aux sollicitations de M. B concernant des demandes de participations à des formations ; il a pu bénéficier de formations en 2018 puis dès le début de sa seconde période de mise en surnombre ;

- ils lui ont confirmé la prise en charge du bilan de compétences conformément à une résolution du conseil des présidents de l'interrégional Est du 22 juin 2016 ainsi que les modalités de mise en œuvre ;

- ils ont émis un avis favorable et ont proposé les services de la psychologue du pôle santé du centre de gestion de la Nièvre ; ils contestent que l'état de santé du requérant soit lié à de multiples carences de l'administration ;

- aucun entretien de suivi n'est prévu par les textes ni n'a été réalisé compte tenu du contexte sanitaire ; le centre de gestion de la Nièvre est néanmoins disposé à recevoir M. B ; de nombreuses offres d'emploi ont été communiquées au requérant ;

- les centres de gestion ont répondu favorablement aux demandes de l'agent concernant la formalisation du projet personnalisé, les modalités de financement du bilan de compétences, l'élaboration du plan de formation et l'accompagnement par un psychologue.

Par une ordonnance du 13 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 29 septembre 2023.

Par des lettres du 31 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et les conclusions à fin d'injonction de la requête en tant qu'elles concernent le refus de faire connaître les modalités de financement du bilan de compétences, dès lors que les centres de gestion ont répondu à cette demande dans leur courrier du 17 septembre 2021, postérieur à la date d'enregistrement de la requête.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le numéro 2102321 le 10 septembre 2021 et le 27 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Stouffs, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de refus opposée le 6 septembre 2021 par le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin à sa mise en demeure de respecter les obligations de cet établissement à son égard ainsi que la décision du 20 septembre 2021 par laquelle sa demande a été expressément rejetée ;

2°) d'enjoindre au président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin :

- de formaliser le projet personnalisé prévu par l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 en bonne et due forme, en l'associant à son élaboration, conformément à la loi ;

- de procéder à la signature de la convention quadripartite évoquée aux termes des courriers du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin ;

- de répondre clairement à ses questions concernant le financement du bilan de compétences qu'il souhaite réaliser ;

- d'élaborer, conformément à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984, un plan de formation en cohérence avec le projet personnalisé afin qu'il puisse avoir un accès prioritaire à des actions de formation longue ;

- de lui permettre de bénéficier de l'aide d'un psychologue clinicien de son choix, compte tenu des risques de dégradation de son état de santé résultant des multiples carences de l'administration, à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin ;

- de respecter l'ensemble des actions de suivi prévues par le guide d'accompagnement vers le retour à l'emploi qui lui a été remis ;

3°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal est territorialement compétent dès lors que son dernier lieu d'affectation est situé dans le département de la Nièvre ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ; aucune des obligations prévues par l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 n'a été mise en œuvre ; la convention quadripartite évoquée par le centre de gestion n'a pas été signée ; il n'a pas pu bénéficier d'action de formation longue du fait de l'absence d'élaboration du projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi ; aucun entretien de suivi n'a eu lieu ; l'administration n'a pas été en mesure d'apporter de réponses claires concernant les modalités de financement d'un bilan de compétences ; s'agissant du projet personnalisé adressé le 9 juin 2021, la seule lecture suffit à se convaincre de sa complète vacuité ; le document fait état de faits intervenus avant l'actuelle période de prise en charge, l'élaboration n'a pas été conjointe, le projet n'est pas personnalisé, il ne fixe pas les actions d'orientation, de formation et d'évaluation que l'agent est tenu de suivre ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la situation intenable dans laquelle il se trouve placé depuis deux ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, à ce qu'une somme à déterminer soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à lui-même et au centre de gestion de la Nièvre, et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens.

Il reprend les motifs exposés sous le numéro 2102320.

Par des lettres du 31 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et les conclusions à fin d'injonction de la requête en tant qu'elles concernent le refus de faire connaître les modalités de financement du bilan de compétences, dès lors que les centres de gestion ont répondu à cette demande dans leur courrier du 17 septembre 2021, postérieur à la date d'enregistrement de la requête.

Vu :

- les ordonnances nos 2102322 et 2102323 du juge des référés du 15 septembre 2021 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,

- et les observations de Me Masson, représentant l'établissement public de coopération culturelle de la Nièvre RESO.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté par l'établissement public de coopération culturelle de la Nièvre RESO pour exercer les fonctions de professeur territorial d'enseignement artistique à temps non complet, d'abord comme contractuel puis comme titulaire. Par une délibération du 7 avril 2016, l'établissement public a décidé de supprimer son poste. M. B a alors été mis à disposition du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin par un arrêté du 9 mai 2017, qui a cependant été annulé par un jugement du tribunal administratif de Dijon n° 1701360 du 29 juin 2018. Par un nouvel arrêté du 26 août 2019, le président de l'établissement public RESO a mis fin au maintien de M. B en surnombre et de nouveau décidé de le mettre à disposition du centre de gestion du Bas-Rhin à compter du 1er septembre 2019 en qualité de professeur territorial d'enseignement artistique de classe normale à temps non complet, à raison de 8/16ème. Par un arrêté du 30 août 2019, le président du centre de gestion du Bas-Rhin a accepté de prendre en charge l'intéressé, précisé les droits et obligations de celui-ci et indiqué que le centre de gestion du Bas-Rhin assurerait le suivi et la gestion individuelle administrative et statutaire, en exerçant toutes les prérogatives reconnues à l'autorité hiérarchique, tandis que le centre de gestion de la Nièvre assurerait l'ensemble des procédures relatives au retour à l'emploi. Par deux courriers datés du 5 juillet 2021, M. B a mis en demeure respectivement le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre et le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin de respecter leurs obligations à son égard dans un délai de deux mois et, en particulier, de formaliser le projet personnalisé prévu par l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984, de procéder à la signature de la convention quadripartite annoncée, de répondre clairement à ses questions concernant les modalités de financement du bilan de compétences qu'il souhaite réaliser, d'élaborer un plan de formation et de respecter l'ensemble des actions de suivi prévues par le guide d'accompagnement vers le retour à l'emploi. M. B demande au tribunal, par les deux requêtes visées ci-dessus, d'annuler les décisions implicites puis explicites par lesquelles ses demandes ont été rejetées.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions concernant la prise en charge d'un fonctionnaire momentanément privé d'emploi par deux centres de gestion de la fonction publique territoriale et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Par un courrier du 17 septembre 2021, les centres de gestion ont expressément répondu aux demandes de M. B. Ils y ont notamment indiqué qu'ils l'invitaient à signer le projet personnalisé, lequel pourrait être complété, qu'il lui revenait de faire connaître ses besoins en termes de formation, que le centre de gestion de la Nièvre était prêt à recevoir l'intéressé en entretien, qu'ils étaient favorables à une prise en charge psychologique et proposaient les services du psychologue du pôle santé du centre de gestion de la Nièvre et qu'ils confirmaient la prise en charge financière d'un bilan de compétences par le centre de gestion du Bas-Rhin auprès d'un organisme à définir avec le centre de gestion de la Nièvre. Si les centres de gestion peuvent ainsi être regardés comme ayant rejeté les demandes formées par M. B concernant la formalisation du projet personnalisé, la signature d'une convention, l'élaboration d'un plan de formation, le financement d'un suivi psychologique par un professionnel de son choix, dès lors qu'ils n'ont pas réellement accédé aux demandes de M. B, qui sollicitait une modification du projet de convention qui lui a été adressé, l'élaboration effective d'un plan de formation et la possibilité de recourir à un psychologue de son choix, tel n'est pas le cas s'agissant de la demande relative à l'information sur les modalités de prise en charge d'un bilan de compétences, qui a été satisfaite. M. B ne fait état à cet égard d'aucune interrogation à laquelle il n'aurait pas été répondu. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en tant qu'elles concernent le refus des centres de gestion de faire connaître précisément les modalités de financement d'un bilan de compétences.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Les centres de gestion font valoir dans leurs mémoires en défense que les conclusions tendant à l'annulation de décisions implicites de rejet sont irrecevables dès lors que ces décisions ne seraient pas nées. Toutefois, il est constant que M. B a adressé une mise en demeure datée du 5 juillet 2021 à chacun des deux centres de gestion, lesquels l'ont reçue comme en attestent les avis de réception postaux, de sorte que, dans le silence gardé par ces centres pendant deux mois, des décisions implicites de rejet sont intervenues. La circonstance que les centres de gestion ont ultérieurement et en cours d'instance, le 17 septembre 2019, adressé une réponse commune expresse ne saurait avoir pour effet de rendre les conclusions de la requête dirigées contre ces décisions implicites de rejet irrecevables. Ces conclusions doivent seulement désormais être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet qui s'est substituée aux décisions implicites initiales.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, alors en vigueur : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. / () Si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an. () Au terme de ce délai, le fonctionnaire est pris en charge par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement, ou par le Centre national de la fonction publique territoriale s'il relève de l'un des cadres d'emplois de catégorie A auxquels renvoie l'article 45. () Pendant la période de prise en charge, l'intéressé est placé sous l'autorité du Centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion, lesquels exercent à son égard toutes les prérogatives reconnues à l'autorité investie du pouvoir de nomination ; l'intéressé est soumis à tous les droits et obligations attachés à sa qualité de fonctionnaire ; il reçoit la rémunération correspondant à l'indice détenu dans son grade à hauteur de cent pour cent la première année de prise en charge. Cette rémunération est ensuite réduite de 10 % chaque année. Pendant cette période, le centre peut lui confier des missions y compris dans le cadre d'une mise à disposition réalisée dans les conditions prévues aux articles 61 à 61-2 et lui propose tout emploi vacant correspondant à son grade ; l'intéressé est tenu informé des emplois créés ou déclarés vacants par le centre. La rémunération nette perçue par le fonctionnaire pris en charge est réduite du montant des rémunérations nettes perçues à titre de cumul d'activités. / Dans les trois mois suivant le début de la prise en charge, le fonctionnaire et le Centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion élaborent conjointement un projet personnalisé destiné à favoriser son retour à l'emploi. Ce projet fixe notamment les actions d'orientation, de formation et d'évaluation qu'il est tenu de suivre. A ce titre, le fonctionnaire bénéficie d'un accès prioritaire aux actions de formation longues nécessaires à l'exercice d'un nouveau métier dans l'un des versants de la fonction publique ou dans le secteur privé. () / Le fonctionnaire a l'obligation de faire état tous les six mois à l'autorité de gestion de sa recherche active d'emploi, en communiquant en particulier les candidatures auxquelles il a postulé ou auxquelles il s'est présenté spontanément et les attestations d'entretien en vue d'un recrutement () ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 10 de la charte interrégionale des centres de gestion de l'interrégion Est relative aux modalités d'exercice des missions communes signée le 1er janvier 2017 : " () Les modalités de gestion commune de cette prise en charge sont définies par une convention à élaborer avant le 31 décembre 2016. / Le centre de gestion coordonnateur, qui dispose de toutes les prérogatives reconnues à l'autorité investie du pouvoir de nomination, en particulier en matière de rémunération et de déroulement de carrière, s'engage à mettre en œuvre tous les supports nécessaires à son retour à l'emploi : / en favorisant le reclassement () / En suivant la carrière du fonctionnaire () et en facilitant la mise en œuvre de toute action permettant à ce dernier un retour à l'emploi le plus rapide possible / Le centre de gestion cosignataire, chargé de l'accompagnement local du fonctionnaire momentanément privé d'emploi, s'engage à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à son retour à l'emploi, notamment : / en accompagnant le fonctionnaire dans la réalisation de son bilan professionnel ; / en réalisant, le cas échéant, un plan de formation ayant pour but de favoriser le retour à l'emploi pérenne du fonctionnaire ; / en accompagnant le fonctionnaire dans sa recherche d'emploi et en lui transmettant toutes les offres d'emploi territorial () correspondant à sa filière et à son grade au niveau national ; / plus globalement en mettant en place toute action qui permettra d'accompagner l'agent et de faciliter son retour à l'emploi pérenne ". Aux termes de l'article 19 de la convention-cadre de coopération interrégionale datée du 1er janvier 2017 : " () à compter de la prise en charge du fonctionnaire momentanément privé d'emploi, le centre de gestion coordonnateur, qui dispose alors de toutes les prérogatives reconnues à l'autorité investie du pouvoir de nomination () s'engage à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à son retour à l'emploi : / en favorisant le reclassement du fonctionnaire dans une autre collectivité ou dans un autre établissement () / en appliquant la procédure " aide au retour à l'emploi après suppression de poste () ".

7. Alors que M. B, fonctionnaire momentanément privé d'emploi, est pris en charge par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin, en qualité de centre coordonnateur des centres de gestion de l'interrégion Est, depuis le 1er septembre 2019, il est constant que le projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi prévu par l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précité n'avait pas été arrêté conjointement à la date du 17 septembre 2021.

8. Si les centres de gestion défendeurs font valoir, en se référant notamment à leur courrier du 17 septembre 2021, qu'ils avaient adressé dès le 9 juin 2021 à M. B un projet personnalisé que l'intéressé n'a pas signé, ce document, qui prend la forme d'une convention quadripartite ayant pour objet " d'organiser la recherche d'emploi du fonctionnaire qui en a été privé dès la période de maintien en surnombre en rappelant les droits et obligations de l'ensemble des parties " ne précise pas les actions d'orientation, de formation et d'évaluation que M. B est tenu de suivre, comme le prévoient les dispositions précitées. Il contient en effet un article 2 intitulé " historique de la situation " qui retrace des actions menées pendant la période où M. B était placé en surnombre, notamment des réunions de suivi, des propositions d'emplois et des actions de formation, puis des stipulations fixant les obligations réciproques des parties, et notamment les modalités de suivi. Ce document n'indique ainsi nullement quel était précisément le poste occupé par M. B, quelle est sa formation, quelles sont ses compétences, quel est son projet professionnel et quels sont ses objectifs de reclassement dans la fonction publique ou de reconversion professionnelle. Il n'indique pas davantage les actions de formation qui sont éventuellement utiles ou requises à raison d'un projet professionnel lui-même demeuré indéterminé. Il ressort pourtant des pièces du dossier que M. B a fait part, dans des courriers adressés aux centres de gestion, de son éventuel projet de mobilité vers la fonction publique d'Etat, voire de reconversion dans le secteur privé compte tenu des réponses négatives reçues lors de ses multiples candidatures. Le projet de convention fait d'ailleurs référence au projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi comme un élément extérieur et distinct en ses articles IV-4 et V-2. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce document a fait l'objet d'une élaboration conjointe comme le prévoient les dispositions précitées de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984. A cet égard, si les centres de gestion affirment avoir présenté le 8 novembre 2019 les " contours du projet personnalisé " à M. B lors d'une réunion avec l'intéressé qui s'est effectivement tenue à cette date, les différents courriers échangés, notamment celui du centre de gestion du 12 septembre 2019 et ceux de M. B, en particulier celui du 10 décembre 2019 ainsi que son courrier électronique du 18 juin 2020, font apparaître que le projet n'a pas été évoqué en détail lors de cette réunion. Si le projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi peut éventuellement prendre la forme d'une convention signée entre les centres de gestion et le fonctionnaire, dans les circonstances de l'espèce, le document adressé le 9 juin 2021 ne peut être regardé en l'état comme constituant le projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi, compte tenu, d'une part, de son contenu insuffisant et, d'autre part, de l'absence d'élaboration conjointe avec l'agent. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le refus des centres de gestion de procéder à l'élaboration conjointe du projet personnalisé et d'un plan de formation méconnaît les dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 et doit être annulé.

9. En deuxième lieu, les dispositions précitées de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 ne prévoient pas, par elles-mêmes, l'obligation de signer une convention quadripartite distincte du projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi, ni de financer la prise en charge du suivi psychologique de l'agent par un psychologue de son choix. Le requérant ne précise pas plus en quoi les centres de gestion auraient méconnu leurs obligations en ne respectant pas des actions de suivi, dont le détail n'est pas donné, prévues par un guide d'accompagnement vers le retour à l'emploi. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation commise à ces titres doit être écarté. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en tant qu'elles concernent le refus de signer une convention quadripartite, de bénéficier de l'aide d'un psychologue clinicien de son choix et de respecter l'ensemble des actions de suivi prévues par le guide d'accompagnement vers le retour à l'emploi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

11. Aux termes de l'article L. 542-10 du code général de la fonction publique : " Dans les trois mois suivant le début de sa prise en charge, le fonctionnaire territorial et le Centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion élaborent conjointement un projet personnalisé destiné à favoriser son retour à l'emploi. Ce projet fixe notamment les actions d'orientation, de formation et d'évaluation qu'il est tenu de suivre. A ce titre, le fonctionnaire bénéficie d'un accès prioritaire aux actions de formation longues nécessaires à l'exercice d'un nouveau métier dans l'un des versants de la fonction publique ou dans le secteur privé ".

12. Compte tenu du moyen d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que les centres de gestion du Bas-Rhin et de la Nièvre, en application des dispositions désormais reprises à l'article L. 542-10 du code général de la fonction publique, élaborent conjointement avec M. B, le cas échéant après la réalisation d'un bilan de compétences auprès d'un organisme extérieur, un projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi, précisant notamment la formation et l'expérience professionnelle de M. B, le projet professionnel actuel de l'intéressé, ses souhaits éventuels de reclassement et de reconversion ainsi que les actions de formations pertinentes compte tenu de ce projet. Il y a lieu de d'enjoindre aux deux centres de gestion d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens et les frais liés au litige :

13. Faute de dépens exposés dans la présence instance, les conclusions présentées à ce titre par les centres de gestion doivent être rejetées.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans l'instance, au titre des frais exposés par les défendeurs et non compris dans les dépens. Il y a lieu au contraire de mettre une somme de 750 euros à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin et du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre, chacun, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles concernent le refus de répondre clairement à ses questions concernant les modalités de financement du bilan de compétences qu'il souhaite réaliser et sur les conclusions à fin d'injonction en tant qu'elles tendent à enjoindre aux centres de gestion de faire connaître ces mêmes modalités.

Article 2 : La décision du 17 septembre 2019 est annulée en tant qu'elle porte refus des centres de gestion du Bas-Rhin et de la Nièvre de procéder à l'élaboration conjointe d'un projet personnalisé et d'un plan de formation conformes aux dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984.

Article 3 : Il est enjoint au centre de gestion de la fonction publique de la Nièvre et au centre de gestion de la fonction publique du Bas-Rhin de déterminer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, le contenu du projet personnalisé destiné à favoriser le retour à l'emploi prévu par les dispositions de l'article L. 542-10 du code général de la fonction publique, conjointement avec M. B, conformément aux prescriptions rappelées au point 12 du jugement, le cas échéant après la réalisation d'un bilan de compétences auprès d'un organisme extérieur.

Article 4 : Le centre de gestion de la fonction publique de la Nièvre et le centre de gestion de la fonction publique du Bas-Rhin verseront, chacun, une somme de 750 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par le centre de gestion de la fonction publique de la Nièvre et le centre de gestion de la fonction publique du Bas-Rhin sur le fondement des articles R. 761-1 du code de justice administrative et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Nièvre, au centre de gestion de la fonction publique du Bas-Rhin et à l'établissement public de coopération culturelle de la Nièvre RESO.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. David Zupan, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

D. Zupan

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre et au préfet du Bas-Rhin en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

Nos 2102320-2102321

lc

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