mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BARLET CHARLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 septembre 2021 et 16 février 2023, Mme C B, représentée par Me Barlet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a refusé de la placer en congé de longue maladie ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a prononcé sa réintégration au sein des effectifs du département à compter du 17 septembre 2021 ;
3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Saône-et-Loire de statuer à nouveau sur sa demande de placement en congé de longue maladie, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;
- en refusant de lui accorder un congé de longue maladie au seul motif que sa pathologie n'entre pas dans les prévisions de l'arrêté du 14 mars 1986, l'administration a commis une erreur de droit ;
- les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le département de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 9 juillet 2021 sont irrecevables car tardives ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 janvier 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,
- et les observations de Me Audard substituant Me Barlet, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjoint administratif au sein du département de Saône-et-Loire et affectée à la maison des solidarités de La Clayette, a été placée, à compter du 1er septembre 2019, en congé de maladie. Le 25 mai 2020, l'intéressée a présenté une demande de placement en congé de longue maladie. Le comité médical départemental a rendu, le 28 mai 2020, un avis par lequel il se prononçait favorablement à la prolongation du congé de maladie ordinaire de Mme B, à compter du 1er mars 2020 jusqu'au 31 mai 2020, et défavorablement à l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 1er septembre 2019. Par un avis du 15 décembre 2020, le comité médical départemental a émis un avis favorable à la prolongation du congé de maladie ordinaire de l'agent du 1er juin 2020 au 31 août 2020 puis au placement de celui-ci en disponibilité pour raison de santé à compter du 1er septembre 2020, jusqu'au 28 février 2021. Au vu de ces avis, le président du conseil départemental a, par un arrêté du 17 décembre 2020, placé Mme B en disponibilité pour raisons de santé du 1er septembre 2020 au 28 février 2021. Par un arrêté du 1er mars 2021, pris à la suite d'un avis du comité médical départemental en date du 23 février 2021, Mme B a été maintenue en disponibilité d'office du 1er mars 2021 au 31 mai 2021. Par un courrier du 10 février 2021, l'intéressée a sollicité la saisine du comité médical supérieur à l'encontre de l'avis émis par le comité médical départemental le 15 décembre 2020. Le 8 juin 2021 le comité médical supérieur a rendu un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie et rejeté le recours de l'agent. Par une décision du 24 juin 2021, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a refusé d'octroyer à la requérante un congé de longue maladie. Par un arrêté du 9 juillet 2021, pris au vu d'un avis du comité médical en date du 6 juillet 2021, l'autorité administrative a prolongé le placement en disponibilité d'office de Mme B pour la période du 1er juin 2021 au 16 septembre 2021 et fixé la date de reprise de ses fonctions au 17 septembre 2021. Par sa requête, Mme B demande l'annulation des décisions des
24 juin 2021 et 9 juillet 2021.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 9 juillet 2021 :
2. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 25 novembre 2021, notifié à la requérante le 6 décembre 2021, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a retiré la décision du 9 juillet 2021 prolongeant le placement en disponibilité d'office de Mme B pour la période du 1er juin 2021 au 16 septembre 2021 et fixant la date de reprise de ses fonctions au 17 septembre 2021, et a maintenu l'intéressée en disponibilité d'office pour la période du 17 septembre 2021 au 16 décembre 2021. L'arrêté du 25 novembre 2021, qui n'a pas été contesté par Mme B, est devenu définitif. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 9 juillet 2021 qui a disparu de l'ordonnancement juridique.
Sur la légalité de la décision du 24 juin 2021 et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : " () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : / () / - maladies mentales ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision du 24 juin 2021 qui renvoie à l'avis du comité médical supérieur du 8 juin 2021, que le président du conseil départemental a refusé à Mme B l'octroi d'un congé de longue maladie en considérant que sa pathologie n'entrait pas dans le champ d'application de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie. Or, il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical établi, le 12 juillet 2021, par le Dr A, psychiatre, que Mme B présente un épisode dépressif majeur sévère chronique depuis le 7 juillet 2020. Cette pathologie constitue une maladie mentale au sens des dispositions précitées de l'arrêté du 14 mars 1986. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande de placement en congé de longue maladie, le président du conseil départemental a méconnu les dispositions précitées de l'arrêté du 14 mars 1986.
6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Le département de Saône-et-Loire, qui soutient en défense que Mme B a été reconnue inapte définitivement à tout emploi et ne pouvait ainsi prétendre à l'octroi d'un congé de longue maladie, doit être regardé comme demandant au tribunal de substituer ce motif à celui initialement invoqué dans la décision attaquée du 24 juin 2021. S'il résulte des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 que le fonctionnaire qui a épuisé ses droits au congé de maladie ordinaire et qui a été jugé définitivement inapte à l'exercice de tout emploi ne peut prétendre au bénéfice d'un congé de longue maladie ou de longue durée, lesquels ne peuvent être accordés qu'aux agents susceptibles d'être jugés aptes à la reprise d'un emploi, il ressort des pièces du dossier que ce n'est qu'à l'occasion de l'expertise réalisée le 2 mars 2022 qu'il a été constaté que Mme B était inapte totalement et définitivement à l'exercice de toutes fonctions. Ainsi, à la date de la décision attaquée du 24 juin 2021, il n'est pas établi que l'intéressée était inapte de manière totale et définitive à toute fonction. Au contraire, le comité médical départemental avait estimé, dans son avis du 6 juillet 2021, que l'intéressée était apte à reprendre ses fonctions le 17 septembre 2021. Par ailleurs, si le département soutient également qu'un " congé de longue maladie ne peut être attribué à l'agent s'il n'est pas dument constaté qu'il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions au cours d'une des affections listées dans l'arrêté et lorsqu'elle est devenue invalidante ", ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, la demande de substitution de motif sollicitée en défense ne peut être accueillie.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire lui a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique que le président du conseil départemental de Saône-et-Loire statue à nouveau sur la demande de placement en congé de longue maladie présentée par Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 9 juillet 2021 du président du conseil départemental de Saône-et-Loire.
Article 2 : La décision du 24 juin 2021 du président du conseil départemental de Saône-et-Loire est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Saône-et-Loire de réexaminer la demande de placement en congé de longue maladie de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le département de Saône-et-Loire versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au département de Saône-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
N. D
Le président,
Ph. NICOLET La greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026