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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102678

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102678

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2021, M. B A, représenté par

Me Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté est entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et demande à titre subsidiaire une substitution de motifs tirée du défaut d'insertion de M. A dans la société française.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Clemang représentant M. A et de M. D, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né en 1993, est entré en France avec un visa court séjour en octobre 2007. Après avoir été placé à l'aide sociale à l'enfance, il a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " de mai 2010 à juillet 2016. Sa demande de renouvellement de ce titre n'ayant été complétée qu'en juin 2017, il a été regardé comme ayant alors déposé une nouvelle demande. Après consultation de la commission du titre de séjour qui a tenu sa séance le 27 novembre 2018 et motif pris de la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé, le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 13 février 2019, rejeté cette demande et assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par jugement du 27 août 2019, le tribunal administratif de Dijon a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer dans un délai de trois mois la demande de titre de séjour de l'intéressé, après avoir régulièrement diligenté une nouvelle consultation de la commission du titre de séjour et du fichier du traitement des antécédents judiciaires. Par jugement du 7 juillet 2020, le tribunal a réitéré cette injonction. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel, à la suite de cette nouvelle injonction, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public.". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. : L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. La décision attaquée rappelle que M. A est défavorablement connu des forces de l'ordre. Elle mentionne la liste des condamnations dont il a fait l'objet, relève qu'il s'inscrit dans un parcours de délinquance dès sa majorité marquée par la réitération des actes et l'absence de volonté de s'amender, et conclut que son comportement délictuel et récidiviste constitue une menace à l'ordre public.

4. Il résulte clairement de la formulation de cet arrêté que le préfet a entendu se fonder sur cette menace pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour. Le préfet demande en défense que, dans l'hypothèse où ce motif serait jugé illégal, le motif tiré du défaut d'insertion du requérant dans la société française lui soit substitué.

5. Il appartient à l'autorité administrative d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 28 mars 2013 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de biens provenant d'un vol, faits commis le 3 novembre 2012 ; le 20 mars 2015, à 350 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 3 février 2015 ; le 27 avril 2015, à 300 euros d'amende pour recel de biens provenant d'un vol, faits commis le 10 juillet 2014 ; le 19 décembre 2016, à trente jours-amende pour conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 22 avril 2015 et à trente jours d'emprisonnement pour ne pas avoir réglé ces jours- amende ; le 10 mars 2017, à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis et mise à l'épreuve pour détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession, usage illicite des transports, faits commis de mai 2016 à février 2017 ; le 16 janvier 2018, à trente jours-amende pour usage illicite de stupéfiants, fait commis le 8 août 2017 ; et le 7 juin 2018, à soixante-dix heures de travaux d'intérêt général pour conduite d'un véhicule sans permis, recel d'un bien provenant d'un vol et refus d'obtempérer, faits commis le 19 juillet 2015. Faute d'avoir exécuté ces travaux d'intérêt général, le juge d'application des peines l'a condamné le 2 février 2021 à trois mois d'emprisonnement.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations entre 2013 et 2021. Il n'avait toutefois pas commis de nouvelles infractions depuis quatre ans à la date de la décision attaquée, les dernières condamnations prononcées à son encontre ne portant pas sur des faits nouveaux, mais reposant sur le défaut d'exécution de deux condamnations. Par suite, c'est à tort que le préfet a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public.

8. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Le préfet de la Côte-d'Or demande au tribunal de substituer au motif tiré de la menace à l'ordre public que présente le comportement de M. A le motif tiré du défaut d'insertion de l'intéressé dans la société française. M. A, qui soutient lui-même dans sa requête que la décision était fondée sur un tel défaut d'intégration, a été mis en mesure de présenter des observations sur ce motif, et n'a pas été privé d'une garantie procédurale.

10. En l'espèce, si les considérations rappelées aux points 6 et 7 ne permettent pas de considérer que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, son parcours, émaillé de condamnations judiciaires récurrentes depuis sa majorité, ne témoigne pas d'une bonne insertion dans la société française. Par ailleurs, si M. A fait état d'une promesse d'embauche, cet élément ne saurait suffire à démontrer une intégration professionnelle. De même, le requérant, qui est célibataire, n'établit pas avoir conservé des liens avec sa mère qui réside sur le territoire sous couvert d'une carte de séjour temporaire " étranger malade " ni avoir noué en France des liens personnels et familiaux. Enfin, il ne saurait se prévaloir utilement de la précarité de son état de santé alors qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade et que le refus de séjour en litige, qui n'implique pas son éloignement, ne le prive pas de la possibilité de se faire soigner en France. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or aurait pris, sans commettre d'erreur de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaitre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la même décision de refus de séjour en se fondant sur ce motif tiré du défaut d'intégration de M. A à la société française et d'absence d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le préfet et de rejeter les conclusions en annulation présentées par M. A contre l'arrêté du 17 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Clemang

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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