jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LOUARD FLORIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021 et des mémoires enregistrés les 8 février 2022, 7 février 2023 et 16 février 2023, M. A D et Mme B E épouse D, représentés par Me Louard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Péronne a rejeté leur demande de permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de régulariser immédiatement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir leur demande de permis de construire ;
3°) de constater que la décision du 3 février 2021 constitue une voie de fait ;
4°) de condamner la commune de Péronne à leur verser une indemnité de 4 000 euros en réparation des conséquences dommageables de cette voie de fait, ainsi que la somme totale de 36 194,67 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des décisions prises, y compris les frais d'expertise ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Péronne la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- un permis de construire tacite étant intervenu à l'expiration du délai d'instruction règlementaire, la commune de Péronne était dessaisie et a commis une voie de fait en refusant la délivrance de ce permis de construire ;
- la décision de refus est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur de qualification juridique des faits, le règlement du lotissement ne faisant pas obstacle à la construction projetée et étant en outre devenu caduc ;
- leur préjudice s'élèvent à 36 194,67 euros, correspondant aux mensualités d'achat du terrain et aux loyers acquittés pendant 33 mois, aux frais d'expertise, ainsi qu'au préjudice moral en raison de la voie de fait dont ils ont été victimes.
Par des mémoires en défense enregistrés le 17 janvier 2022 et le 13 février 2023,la commune de Péronne, représentée par la SCP Clemang, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. et Mme D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et que les conclusions indemnitaires sont irrecevables, le contentieux n'ayant pas été lié, faute de demande préalable.
La commune de Péronne a produit, le 2 mai 2023, un nouveau mémoire qui, en l'absence d'éléments nouveau, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me Clémang pour la commune de Péronne.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D ont acquis en décembre 2017 un terrain, constituant le lot n° 22 d'un lotissement aménagé sur le territoire de la commune de Péronne. Ils ont déposé une demande de permis de construire une maison d'habitation, qui leur a été accordé par arrêté du maire de Péronne du 19 mars 2018, puis retiré par arrêté du 7 juin 2018. Ils ont saisi le juge des référés du tribunal judiciaire, qui a désigné un expert. Au vu des conclusions du pré-rapport déposé par cet expert, qui a estimé que le motif de retrait du permis de construire était infondé, les requérants ont déposé le 23 février 2021 une nouvelle demande de permis de construire. Cette demande a été rejetée par arrêté du 3 mai 2021. M. et Mme D demandent l'annulation de cette décision ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux. Ils demandent également que soit constatée une voie de fait, et à être indemnisés du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de retrait du permis de construire qui leur avait été accordé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R.423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () ". Toutefois, l'article R. 423-24 du même code dispose : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Aux termes de l'article R. 423-38 de ce code, alors applicable : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " ; Et aux termes de l'article R. 423-39 : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire en litige a été déposé à la mairie de Péronne le 23 février 2021. Le 15 mars 2021, une demande de pièces supplémentaires a été transmise aux requérants, faisant courir un nouveau délai de trois mois. Si les requérants soutiennent que leur dossier était complet et que la demande d'une pièce figurant déjà au dossier n'a pas pour effet de prolonger le délai d'instruction, ils n'établissent pas que les pièces qui leur étaient réclamées, à savoir un certificat indiquant la surface constructible du lot n° 22 et un formulaire attestant la prise en compte de la règlementation thermique dûment signé et daté figuraient déjà au dossier. Ils n'établissent d'ailleurs pas davantage avoir transmis ces pièces. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est situé dans les abords d'un monument historique et que le délai d'instruction qui lui était applicable était dès lors de trois mois, de sorte que, indépendamment même de la demande de pièces complémentaires, il n'était pas venu à expiration lorsque, le 5 mai 2021, ils ont reçu notification de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, M. et Mme D ne sont pas fondés, en tout état de cause, à soutenir qu'ils étaient titulaires d'un permis de construire tacite, ni que le maire de Péronne ne pouvait, dès lors, opposer un refus à leur demande.
4. En deuxième lieu, les prescriptions du règlement d'un lotissement approuvé par l'autorité compétente ont un caractère réglementaire et s'imposent, par conséquent, tant à l'autorité chargée de délivrer le permis de construire qu'au pétitionnaire. Ce caractère s'attache également aux prescriptions d'urbanisme contenues dans le plan de division parcellaire approuvé par l'arrêté autorisant la création du lotissement. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que le règlement du lotissement a été approuvé par le maire de Péronne le 7 novembre 2006. Un arrêté d'autorisation de lotir, auquel étaient annexés le règlement et le plan de composition du lotissement, a été accordé le 5 février 2007 par le préfet de Saône-et-Loire.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Péronne est dotée, non d'un plan local d'urbanisme, mais d'une carte communale approuvée le 22 juin 2006. Or, une simple carte communale ne constitue pas un document d'urbanisme tenant lieu de plan local d'urbanisme pour l'application de l'article R. 442-9 du code de l'urbanisme. Ne peut davantage tenir lieu d'un tel document le schéma de cohérence territorial approuvé le 14 août 2015, et encore moins le cadastre. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les règles d'urbanisme contenues dans le règlement du lotissement étaient caduques.
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet des requérants est implanté sur le lot n° 22, qui est soumis au plan de composition joint au règlement du lotissement. L'article 4 du règlement indique que : " si le plan de construction indique des zones de construction obligatoire, seuls les piscines, abris de jardins, locaux de piscine peuvent être en dehors de ces zones ". L'article 4 de l'arrêté d'autorisation de lotir confirme que les constructions doivent respecter le plan de composition " concernant () les zones obligatoires d'implantation des maisons ". Il ressort clairement de ces dispositions que les maisons d'habitation à édifier sur les lots soumis au plan de composition ne peuvent s'implanter en dehors de la zone matérialisée sur ce plan, quand bien même cette zone est délimitée par une ligne en tireté. Il ressort des indications du pré-rapport de l'expert désigné par le juge judiciaire que la largeur de la façade latérale de la maison d'habitation autorisée sur ce lot est d'au plus 8,01 mètres, alors que la largeur de la façade de la construction projetée figurant sur le plan de masse de la construction projetée est de 8,35 mètres, auxquels s'ajoute une avancée située entièrement en dehors de la zone d'implantation autorisée. Il est ainsi établi, malgré la part d'imprécision qui affecte le plan d'implantation en l'absence de côtes précises reportées sur ce plan, que la construction projetée s'implante, pour une partie non négligeable de sa surface, en dehors de la zone prévue par ce même document.
8. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le motif de rejet de leur demande de permis de construire est entaché d'erreur de fait. Ils ne peuvent, pour le reste, utilement se prévaloir de la circonstance qu'ils auraient obtenu le 16 mars 2020 un certificat d'urbanisme, au demeurant non produit, qui aurait " autorisé " 130 mètres carrés de surface de plancher, ni de la circonstance qu'un permis de construire leur avait initialement été accordé pour le même projet, avant d'être retiré, et encore moins de la circonstance que ce retrait est intervenu à la suite du recours d'un voisin, ce qui est totalement indifférent. Enfin, contrairement à ce qu'ils soutiennent, les conclusions de l'expert judiciaire ne sauraient s'imposer ni à l'administration ni au tribunal.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation du refus de permis de construire qui leur a été opposé par le maire de Péronne le 3 mai 2021 et de la décision rejetant leur recours gracieux.
Sur les autres conclusions :
10. En premier lieu, si les requérants soutiennent que le refus du maire de Péronne de leur accorder le permis de construire en litige constitue une voie de fait, il résulte de ce qui précède que ce refus était, en tout état de cause, légal, ce qui suffit à faire obstacle au constat de la voie de fait alléguée.
11. En deuxième lieu, lorsque le juge de première instance est saisi de conclusions indemnitaires, sans qu'il soit établi qu'une demande indemnitaire aurait été préalablement soumise à l'administration, et qu'une réclamation est par la suite adressée à celle-ci en vue de la régularisation de la demande contentieuse, le silence gardé par l'administration sur cette demande a pour effet de faire naître une décision implicite qui lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par le fait générateur invoqué dans cette réclamation, dans la limite du montant total figurant dans les conclusions de la demande contentieuse. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction qu'une réclamation aurait été adressée à l'administration en cours d'instance. Par suite, les conclusions indemnitaires doivent, en tout état de cause, être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions en injonction :
12. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions des article R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Péronne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement aux époux D d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, au contraire, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros que demande la commune de Péronne au titre des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : M. et Mme D verseront à la commune de Péronne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et Mme B E épouse D et à la commune de Péronne.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. David Zupan, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
M.-E. C
Le président,
D. Zupan
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026