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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2103212

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2103212

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2103212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMANHOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2021 et 14 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le maire de Digoin a prononcé son licenciement pour perte de confiance et l'arrêté du 15 octobre 2021 portant modification de l'arrêté du 8 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Digoin la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés attaqués ne sont pas motivés, en méconnaissance des dispositions de l'article 42-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- ils sont entachés d'une erreur de fait dès lors que les griefs formulés à son encontre ne sont pas établis ;

- ils méconnaissent l'article 5 du décret du 15 février 1988 dès lors qu'aucune indemnité compensatrice de congés payés ne lui a été accordée alors qu'elle pouvait y prétendre ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils méconnaissent le principe de non-rétroactivité des actes administratifs en fixant la date du début du préavis le 11 octobre 2021, antérieurement à la notification de l'arrêté du 8 octobre 2021, et à la date d'adoption de l'arrêté du 15 octobre 2021.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 février et 3 novembre 2022, la commune de Digoin, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont irrecevables dès lors que celle-ci n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, rapporteur,

- les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public,

- les observations de Me Manhouli, représentant la requérante,

- et les observations de Me Garaudet, représentant la commune de Digoin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée en qualité d'agent non titulaire sur le poste de collaboratrice du cabinet du maire de Digoin à compter du 6 novembre 2020 jusqu'à la fin du mandat de l'autorité territoriale, à temps complet puis à temps non complet afin qu'elle puisse également exercer les fonctions de collaboratrice parlementaire d'un sénateur. Par un arrêté du 8 octobre 2021, le maire de Digoin a prononcé son licenciement au motif d'une rupture du lien de confiance avec le maire. Par un arrêté du 15 octobre 2021, le maire de Digoin a modifié l'arrêté du 8 octobre 2021 prononçant le licenciement de Mme A. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Digoin :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Si Mme A, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation des arrêtés contestés, a soulevé un moyen tiré de l'erreur de droit à ne pas avoir prévu de disposition lui accordant une indemnité compensatrice, prévue par les dispositions de l'article 5 du décret du 15 février 1988, elle n'a pas formulé de conclusions tendant au versement de cette indemnité. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent, qui sont inexistantes, en l'absence de décision prise par l'administration statuant sur une réclamation préalable, en application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 110 de la loi n° 84-53 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " L'autorité territoriale peut, pour former son cabinet, librement recruter un ou plusieurs collaborateurs et mettre librement fin à leurs fonctions. (). //Ces collaborateurs ne rendent compte qu'à l'autorité territoriale auprès de laquelle ils sont placés et qui décide des conditions et des modalités d'exécution du service qu'ils accomplissent auprès d'elle. () ".

5. Dès lors que la décision mettant fin à un emploi discrétionnaire de collaborateur de cabinet d'une autorité territoriale n'est pas, eu égard au caractère essentiellement révocable de ces fonctions, au nombre des décisions soumises à l'obligation de motivation en vertu de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés contestés est sans incidence sur leur légalité.

6. Aux termes de l'article 42-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " Lorsqu'à l'issue de l'entretien prévu à l'article 42 et de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, l'autorité territoriale décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis. ".

7. Contrairement à ce que soutient la requérante, les arrêtés contestés des 8 et 15 octobre 2021 mentionnent le motif de son licenciement, fondé sur la perte de confiance avec l'autorité territoriale.

8. Si les dispositions précitées de l'article 110 de la loi du 26 janvier 1984 ne font pas obstacle à ce que le juge de l'excès de pouvoir contrôle que la décision mettant fin aux fonctions d'un collaborateur de cabinet ne repose pas sur un motif matériellement inexact ou une erreur de droit et n'est pas entachée de détournement de pouvoir, il ne lui appartient en revanche pas d'apprécier l'opportunité d'une telle décision. Le moyen tiré de ce que les décisions de licenciement en cause reposeraient sur une erreur manifeste d'appréciation ne peut ainsi être utilement invoqué à l'encontre des arrêtés contestés.

9. La requérante soutient que son licenciement reposerait sur un motif matériellement inexact en contestant la réalité des griefs qui sont à l'origine de la perte de confiance du maire. La lettre de notification de ce licenciement du 8 octobre 2021 mentionne les griefs qui sont à l'origine de cette perte de confiance tels que, notamment, un comportement de l'intéressée qui n'a pas protégé la fonction de maire, à deux reprises notamment, en tenant des propos inappropriés mettant en cause le maire avec la propriétaire d'un magasin, ainsi que lors d'un incident avec un habitant mécontent qui avait bloqué le véhicule du maire, la provocation de conflits avec du personnel communal par manque de franchise, en imputant notamment à tort à un membre du personnel le défaut d'envoi des vœux du maire alors que la liste des destinataires lui avait été communiquée, ainsi que la divulgation d'informations confidentielles à des élus, notamment lors de l'élaboration de la stratégie financière et fiscale de la commune pour l'année 2021. La requérante soutient, notamment, qu'elle n'a pas mis en cause le maire par des propos inappropriés lorsqu'elle a rencontré la propriétaire du magasin dont l'inauguration devait être organisée, que le quiproquo avec la secrétaire de mairie relatif à la liste des destinataires des cartes de vœux avait pour origine un différend entre le maire et le sénateur pour disposer des fichiers en cause, que son intervention exclusive en faveur de ce sénateur, lors du blocage du parking par un habitant mécontent, était motivée par la circonstance que celui-ci, sur le point de se garer, ne pouvait accéder au parking alors que le maire se trouvait dans les locaux de la mairie, qu'elle n'a transmis aucune information au sénateur pour lequel elle travaillait également, mais elle ne produit toutefois aucune justification à l'appui de ses allégations alors qu'elle admet elle-même dans ses écritures que, collaboratrice du maire et du sénateur, par ailleurs président du groupe majoritaire au conseil municipal, elle s'est retrouvée en porte-à-faux entre les deux élus. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés reposeraient sur un motif matériellement inexact doit être écarté.

10. La circonstance que les arrêtés de licenciement en litige ne mentionnent pas que l'intéressée peut prétendre à une indemnité compensatrice de congés payés prévue par les dispositions de l'article 5 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 est, par elle-même, sans incidence sur la légalité des arrêtés contestés, qui ne sont pas entachés d'erreur de droit pour ce motif.

11. L'article 2 de l'arrêté du 15 octobre 2021, qui retire et modifie le même article de l'arrêté initial, place l'intéressée, notamment, en position de préavis d'un mois, à compter du 11 octobre 2021. La requérante est fondée à soutenir que l'article 2 de cet arrêté, en tant qu'il fixe le début de son préavis à une date antérieure à l'adoption de l'arrêté contesté, méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, sans que la commune puisse utilement faire valoir la date d'effet de son licenciement, fixée par ce second arrêté au 2 décembre 2021, et à demander l'annulation de cette disposition dans cette mesure.

12. L'article 2 de l'arrêté du 8 octobre 2021 fixe le début du préavis de la requérante au 11 octobre 2021. La requérante est fondée à soutenir que l'article 2 de cet arrêté, en tant qu'il fixe le début de son préavis à une date antérieure à sa notification, intervenue le 13 octobre 2021, méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, sans que la commune puisse utilement faire valoir, ni la date d'effet de son licenciement, fixée par cet arrêté au 30 novembre 2021, ni la circonstance que la lettre de notification de son licenciement du 8 octobre 2021 invitait la requérante à se présenter au service des ressources humaines pour la notification de son arrêté de licenciement, et à demander l'annulation de cette disposition dans cette mesure.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions relatives aux frais de l'instance présentées par les parties.

D E C I D E :

Article 1er : Les articles 2 des arrêtés des 8 et 15 octobre 2021 sont annulés en tant qu'ils fixent le début du préavis de Mme A à la date du 11 octobre 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Digoin au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Digoin.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

N. Zeudmi-Sahraoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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