lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2103343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP NAIME-HALVOET-MORTIER-KRASNICKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2021, la société par actions simplifiée JL55, représentée par Me Halvoet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Le Loft club ", situé rue Joseph Cugnot à Saint-Marcel, pour une durée de vingt jours à compter de sa notification ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le principe du contradictoire, prévu par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, a été méconnu ;
- les dispositions du 1 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont été méconnues dès lors que l'arrêté litigieux n'a pas été précédé d'un avertissement ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- la mesure prononcée est disproportionnée ;
- le préfet a poursuivi un but étranger à l'ordre public et à l'intérêt général en prononçant la fermeture administrative de son établissement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2023 à 12 heures 00.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laurent, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée JL55 exploite une discothèque, " Le Loft club ", située 1 rue Joseph Cugnot à Saint-Marcel (71380), depuis le 1er mars 2019. Par un arrêté du 29 octobre 2021, dont il est demandé l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a prescrit la fermeture de cet établissement pour une durée de vingt jours à compter de sa notification.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. () 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. / 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté, pris sur le fondement du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, que le préfet s'est fondé sur le fait que, dans la nuit du 26 septembre 2021 à 4 heures 15, un client a été blessé lors d'une rixe commencée dans la discothèque et poursuivi par des personnes du service d'ordre de l'établissement, nécessitant l'intervention de sapeurs-pompiers. L'arrêté mentionne également que des fonctionnaires de police sont intervenus, dans la nuit du 3 octobre 2021 à 5 heures 10, à la suite du déclenchement d'une bagarre devant la discothèque entre une dizaine d'individus et le service d'ordre de l'établissement, à l'occasion de laquelle une personne a été blessée. Enfin, l'arrêté indique que ces faits, qui ont un caractère répétitif, sont directement en relation avec les conditions d'exploitation de l'établissement et sont de nature à porter atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité et à la moralité publiques. Par suite, et alors que le préfet de Saône-et-Loire n'était pas tenu de faire état des suites pénales de ces évènements, l'arrêté litigieux expose de façon suffisante les considérations de droit et de faits qui le fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la fermeture ordonnée par le préfet de Saône-et-Loire est fondée sur des motifs d'ordre public tels que prévus au 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Dans ces conditions, l'arrêté n'avait pas à faire l'objet d'un avertissement tel que prévu au 1 de ce même article, applicable en cas d'infractions aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-2 de ce code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
7. D'une part, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, y compris des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, ni d'aucun principe, que l'arrêté litigieux ordonnant la fermeture administrative de l'établissement de la société requérante, qui ne constitue pas une sanction mais une mesure de police, n'aurait pu régulièrement intervenir qu'à condition d'avoir préalablement fait l'objet d'une communication de l'entier dossier.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux, qui a été pris sur le fondement du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, le préfet de Saône-et-Loire a, par courrier du 11 octobre 2021, invité la société requérante à présenter ses observations en lui indiquant qu'elle avait la possibilité de présenter des observations écrites ou orales dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce courrier et en l'invitant, si elle souhaitait obtenir un rendez-vous, à contacter le service par téléphone. Le courrier a été notifié le 13 octobre 2021 à M. A B, responsable technique de la société requérante. Par courrier du 25 octobre 2021, réceptionné par les services de la préfecture le 28 octobre 2021, le dernier jour dudit délai de quinze jours, la société requérante, sans formuler aucune observation écrite relative à la mesure de fermeture administrative envisagée, a sollicité un délai supplémentaire afin de présenter des observations orales par l'intermédiaire de son conseil, alors en congés. Dans les circonstances de l'espèce, l'administration n'étant pas tenue de faire droit à cette demande de prolongation de délai, la société requérante, qui a pu bénéficier d'un délai suffisant pour communiquer ses observations, n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu.
9. En quatrième lieu, en se bornant à alléguer que les affrontements violents ne sont aucunement dus à la gestion de la discothèque, que le service d'ordre de l'établissement a correctement assuré ses fonctions, qu'aucune poursuite judiciaire n'a été engagée et que l'état d'ébriété de son directeur n'a pas été établi, la société requérante ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'un commandant de police, que les évènements fondant précisément l'arrêté litigieux sont établis. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, les mesures de fermeture d'un débit de boisson prises en application de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont pour objet, quel que soit, au sein de cet article, le fondement légal qu'elles retiennent, de prévenir la répétition ou la poursuite de désordres liés au fonctionnement de l'établissement et présentent le caractère de mesures de police administrative. L'existence d'une atteinte à l'ordre public de nature à justifier la fermeture d'un établissement doit être appréciée objectivement. La condition, posée par les dispositions précitées, tenant à ce qu'une telle atteinte soit en relation avec la fréquentation de cet établissement peut être regardée comme remplie, indépendamment du comportement des responsables de cet établissement.
11. Il ressort du rapport établi le 5 octobre 2021 par le commandant divisionnaire de police, adjoint au chef de la circonscription de sécurité publique de Chalon-sur-Saône, que deux évènements qui se sont produits au sein ou devant l'établissement de la société requérante lors de deux week-ends consécutifs ont conduit à mobiliser les services de police. Dans la nuit du 26 septembre 2021, une altercation entre deux individus a eu lieu au sein de la discothèque. Après l'intervention du service d'ordre, l'affrontement violent s'est poursuivi devant l'établissement. Les sapeurs-pompiers ont été appelés pour prendre en charge une des personnes blessées lors de la rixe. Le week-end suivant, dans la nuit du 3 octobre 2021, les services de police, alertés par un appel anonyme, sont intervenus et ont constaté, devant l'établissement, une altercation entre une dizaine d'individus et le service d'ordre de la discothèque. Un jeune homme ayant reçu un coup de poing au visage a chuté et s'est blessé au cuir chevelu. Les membres du service d'ordre ont affirmé que la majorité des individus en cause était défavorablement connue de leur service. L'atteinte à l'ordre public constituée par ces violences répétées est en relation avec la fréquentation et les conditions d'exploitation de l'établissement au sens du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Ces évènements, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, suffisaient à eux seuls à justifier légalement la mesure de police édictée. Par ailleurs, la durée de vingt jours de fermeture n'apparaît pas disproportionnée au regard du trouble à l'ordre public constaté. En outre, si la société requérante allègue qu'en raison de la fermeture administrative en litige, elle a été confrontée à des difficultés financières, en raison du manque à gagner lors d'une période de forte affluence, les préjudices financiers que l'exécution de cette mesure a pu occasionner sont sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause elle n'établit pas l'impact financier que la fermeture de vingt jours a eu sur sa situation financière par la seule production de documents financiers, à savoir des bilans comptables. Par suite, la société JL55 n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en ordonnant la fermeture administrative en litige et une erreur manifeste d'appréciation en fixant la durée de cette mesure à vingt-jours.
12. En sixième et dernier lieu, si la société requérante soutient que la fermeture administrative a été prononcée dans l'unique but de l'empêcher " d'accomplir son objet social par pure méfiance " en raison de sa reprise d'un précédent établissement auquel des faits graves avaient été imputés, le détournement de pouvoir ainsi allégué n'est pas établi. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 du préfet de Saône-et-Loire doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la société par actions simplifiée JL55 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée JL55 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée JL55 et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
La rapporteure,
M-E LaurentLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026