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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200029

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200029

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200029
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJDS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. C, agent de la Banque de France, qui demandait l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande d'inscription de 1 017 heures de récupération pour trajet domicile-travail. Le tribunal a jugé que M. C, élu et secrétaire du comité social et économique, bénéficiait d’une décharge totale de service pour mandat syndical, et non d’une mise à disposition. Dès lors, il ne pouvait prétendre au maintien des droits liés à son emploi antérieur, comme la récupération des temps de trajet prévue par l’article 6 de la décision réglementaire n° 2017-17. La solution retenue s’appuie sur le code monétaire et financier, le code du travail et les statuts du personnel de la Banque de France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, et des mémoires enregistrés les 17 février, 24 mars et 13 avril 2023, M. A C, représenté par la Selas JDS Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande du 6 mai 2021 tendant à ce que soit inscrite à son compteur les 1017 heures qui lui sont dues en application du second alinéa de l'article 6 de la décision règlementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017 du gouverneur de la Banque de France, prévoyant le droit à une récupération en repos du temps de trajet aller et retour entre le domicile et une nouvelle unité d'affectation ;

2°) de mettre à la charge de la Banque de France une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il remplit les conditions pour bénéficier de la mesure prévue par le second alinéa de l'article 6 de la décision règlementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017, ce que confirme la décision réglementaire n° 2020-09 du 7 juillet 2020 portant sur les agents de la Banque de France mis à disposition, ainsi qu'un courriel de la direction du 6 novembre 2020 ; le comité social et économique de la Banque de France est une entité interne à la Banque ; les postes sur lesquels les agents sont mis à disposition du comité social et économique sont compatibles avec le travail à distance ;

- la Banque de France doit appliquer le principe de non-discrimination envers les représentants du personnel ;

- il peut justifier d'un temps de trajet aller et retour quotidien de 3 heures en moyenne ;

- il peut justifier d'un total de 1 017 heures de récupération.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juin 2022, 9 mars 2023, et 30 mars 2023, le gouverneur de la Banque de France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le statut du personnel de la Banque de France ;

- la décision règlementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017 ;

- la décision réglementaire n° 2020-09 du 7 juillet 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jegat, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent titulaire de la Banque de France depuis le 1er août 1992, était en poste à l'unité territoriale de Chalon-sur-Saône. Dans le cadre d'un plan de réorganisation de ses services, dénommé Plan Ambitions 2020, la Banque de France a décidé la fermeture de certaines de ses unités territoriales, dont celle de Chalon-sur-Saône. A cette occasion, un dispositif de mobilité géographique volontaire et d'accompagnement a été mis en place par une décision réglementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017, favorisant le travail à distance et le télétravail d'accompagnement et disposant notamment aux termes du second alinéa de son article 6 que " Le temps de trajet pour se rendre à l'unité d'affectation et en revenir fait l'objet d'une récupération en repos ". M. C a demandé le bénéfice de ces dispositions, et depuis le 2 janvier 2019, il est affecté à l'unité de Dijon. A la suite d'élections professionnelles, M. C a été élu membre du comité social et économique de l'établissement Bourgogne-Franche-Comté de la Banque de France à compter du 29 avril 2019, puis élu secrétaire de ce comité. Par lettre recommandée avec avis de réception du 6 mai 2021, reçue par la Banque de France le 11 mai 2021, M. C a demandé que soit inscrite à son compteur les

1017 heures qui lui étaient dues en application du second alinéa précité de l'article 6 de la décision règlementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017 prévoyant le droit à une récupération en repos du temps de trajet aller et retour entre son domicile en Saône-et-Loire et sa nouvelle unité d'affectation à Dijon. La Banque de France n'ayant pas répondu à sa demande, une décision implicite de rejet est née, dont M. C recherche l'annulation dans la présente requête.

2. Suite à son élection, la Banque de France a placé M. C en position de mise à disposition, en application de la décision réglementaire n° 2020-09 du 7 juillet 2020. Cependant, la mise à disposition est une position qui a pour conséquence de placer l'agent, qui conserve son poste dans son administration d'origine, sous l'autorité hiérarchique d'une autre personne morale, publique ou non. En l'espèce, il est constant que si le comité social et économique de la Banque de France est une personne morale de droit privé, en vertu des dispositions du code du travail, M. C, qui est un élu, n'est pas placé sous l'autorité hiérarchique de ce comité, comme ont pu l'être d'autres agents non élus de la Banque de France mis à disposition par celle-ci. De même, alors qu'une mise à disposition ne peut être prononcée qu'avec l'accord de l'agent et de la Banque de France, cette dernière ne pouvait, en l'espèce, que tirer la conséquence de l'élection de M. C en tant que secrétaire du comité. M. C doit par suite être regardé comme ayant fait l'objet d'une décharge totale de service pour la durée de son mandat syndical, et non d'une mise à disposition.

3. L'agent à qui a été accordée une décharge totale de service pour l'exercice d'un mandat syndical a droit, durant l'exercice de ce mandat, que lui soit maintenu le bénéfice de l'équivalent des montants et droits de l'ensemble des primes et indemnités, ou des avantages divers légalement attachés à l'emploi qu'il occupait avant d'en être déchargé pour exercer son mandat, à l'exception des indemnités représentatives de frais et des indemnités ou avantages divers destinés à compenser des charges et contraintes particulières, tenant notamment à l'horaire, à la durée du travail ou au lieu d'exercice des fonctions, auxquelles l'agent n'est plus exposé du fait de la décharge de service.

4. En l'espèce, M. C, qui exerce ses fonctions de secrétaire du comité social et économique au siège de la Banque de France à Dijon, soit exactement au même endroit que son poste antérieur, est exposé aux mêmes charges et contraintes du fait de son mandat qu'il l'était dans sa précédente affectation. Il est ainsi fondé à demander, en son principe, le maintien de l'avantage institué par la décision réglementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017, soit la récupération en repos du temps de trajet pour se rendre à l'unité d'affectation.

5. A cet égard, si la Banque de France fait valoir que M. C étant placé dans un organisme extérieur, elle n'a aucun moyen de vérifier qu'il dispose d'un poste compatible avec le travail à distance, le comité social et économique est, aux termes du paragraphe b du point 2 du titre Ier de la première partie du document intitulé " accord relatif à la mise en place et au fonctionnement des nouvelles instances représentatives du personnel au sein de la Banque de France ", présidé par le directeur régional de la Banque de France, assisté par trois de ses collaborateurs. Ainsi, la Banque de France est en mesure d'obtenir toutes informations utiles sur les conditions de travail de M. C, le comité social et économique pouvant, au besoin, être associé à l'accord mentionné au point suivant.

6. Aux termes de l'article 4 de la décision réglementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017 : " L'engagement est formalisé par une convention de travail à distance ou de télétravail d'accompagnement de la mobilité ou un avenant au contrat de travail signé entre le directeur régional ou le directeur général et l'agent " Et aux termes de l'article 5 de la même décision : " La répartition théorique des jours de travail à distance ou de télétravail d'accompagnement est indiquée dans la convention ou l'avenant ".

7. Le bénéfice de l'avantage revendiqué par M. C est ainsi conditionné par la conclusion d'un accord, prévoyant la répartition théorique des jours de travail sur place ou à distance. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel accord ait été conclu, l'intéressé décidant de lui-même les modalités de son travail sur place ou à distance, et n'alléguant pas avoir informé l'administration, avant le dépôt de sa demande tendant à l'octroi de 1 017 heures de récupération en repos, de son souhait que soit conclu un tel accord.

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, si la Banque de France ne pouvait écarter par principe M. C du bénéfice des dispositions de l'article 6 de la décision réglementaire n° 2017-17 du 13 octobre 2017, du seul fait de son élection en qualité de secrétaire du comité social et économique de la Banque, le requérant ne remplit pas les conditions de mise en œuvre de cet avantage. Il s'ensuit que sa requête tendant à l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande du 6 mai 2021 ayant pour objet que soient inscrites à son compteur 1017 heures de récupération en repos, doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au gouverneur de la Banque de France.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Rousset, président,

- Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

- M. Patrice Beaujard, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. BLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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