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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200070

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200070

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 janvier 2022 et 29 novembre 2022, Mme A E, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juin 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier La Chartreuse l'a placée en position de disponibilité d'office pour raison de santé pour la période allant du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 inclus ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux exercé le 9 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier La Chartreuse de procéder à sa réintégration juridique pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux et à pension pour cette même période ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier La Chartreuse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

- contrairement à ce que soutient le centre hospitalier La Chartreuse, sa requête n'a pas été tardivement présentée ;

- la décision du 20 juin 2020 est entachée d'un vice de procédure dès que, en méconnaissance de l'article 36 du décret n° 88-976 du 19 avril 1988, le comité médical ou la commission de réforme n'ont pas été consultés ;

- dès lors qu'elle n'était pas inapte à toute fonction, le centre hospitalier n'a pas satisfait à son obligation de reclassement, en méconnaissance des dispositions des articles 62 et 71 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 et de l'article 29 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

- elle a été placée en disponibilité du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 inclus, soit pour une période supérieure à douze mois en méconnaissance des dispositions de l'article 36 du décret du 19 avril 1988.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le centre hospitalier La Chartreuse, représenté par le cabinet d'avocats du Parc Monnet, conclut au rejet de la requête.

Le centre hospitalier fait valoir que :

- la requête a été tardivement présentée et n'est dès lors pas recevable ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Brey, représentant Mme E, et de Me Dandon, du cabinet d'avocats Du Parc Monnet, représentant le centre hospitalier de la Chartreuse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, agent des services hospitaliers qualifiée exerçant ses fonctions au sein du centre hospitalier La Chartreuse, a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 11 octobre 2017 au 10 avril 2018 par une décision du 5 décembre 2017. Par un jugement n° 1800262 du 21 décembre 2018, le tribunal administratif de Dijon a annulé cette décision du 5 décembre 2017 et ordonné au centre hospitalier de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée. En exécution de ce jugement, le centre hospitalier La Chartreuse a de nouveau décidé, le 20 février 2019, de placer Mme E en disponibilité d'office pour cette même période. Par un jugement n° 1901145 du 25 juin 2020, le tribunal administratif de Dijon a annulé cette décision du 20 février 2019 et ordonné à l'établissement de procéder à la réintégration juridique de Mme E et à la reconstitution de sa carrière pour la période allant du 11 octobre 2017 au 10 avril 2018.

2. Le centre hospitalier La Chartreuse a renouvelé le placement en disponibilité d'office de Mme E, entre le 19 avril 2018 et le 30 juin 2020, par plusieurs décisions qui, n'ayant pas été contestées au contentieux, sont ainsi devenue définitives. Par une décision du 20 juin 2020, la disponibilité d'office pour raison de santé de Mme E a été renouvelée pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021. Le 9 septembre 2021, l'intéressée a exercé un recours gracieux contre la décision du 20 juin 2020 que le directeur du centre hospitalier La Chartreuse a implicitement rejeté. Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision du 20 juin 2020 et la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de la Chartreuse :

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable.

4. D'une part, par un courrier du 9 juillet 2021, le directeur adjoint du centre hospitalier La Chartreuse a lui-même indiqué que la décision du 20 juin 2020 " ne semble pas () avoir été communiquée ". D'autre part, aucun des " bulletins de paye " de Mme E qui ont été produits par le centre hospitalier La Chartreuse ne comporte de mentions relatives à la décision du 20 juin 2020 ou à la position de disponibilité d'office de l'agent ou des éléments prouvant que l'intéressée aurait eu connaissance de la décision du 20 juin 2020 à une date déterminée.

5. Le centre hospitalier La Chartreuse ne produit ainsi aucun document de nature à établir qu'il a porté à la connaissance de Mme E la décision du 20 juin 2020 avant le mois de juillet 2021. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la requête a été tardivement présentée au regard des règles analysées au point 2. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit par suite être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des moyens :

6. Aux termes de l'article 71 -alors en vigueur- de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes du 5ème alinéa de l'article 62 de la même loi : " La disponibilité est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 et à l'article 43 et dans les cas prévus aux articles 55et 56 ou à l'issue de la période correspondant à la situation définie à l'article 50-1. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés en vue de sa réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ". L'article 29 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 prévoit que : " La mise en disponibilité d'office prévue à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 () ne peut être prononcée que s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues par la section 3 du chapitre V de cette loi () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'agent ne peut être mis en disponibilité d'office que s'il n'a pu être procédé à son reclassement.

7. D'une part, le centre hospitalier La Chartreuse, en ne prenant en considération que les huit postes vacants dans l'établissement en 2017 et écartant des propositions de reclassement eu égard à l'état de santé de l'agent et de ses compétences, a uniquement recherché des possibilités de reclassement jusqu'au 2 décembre 2017, en se plaçant à la date de la première décision -prise le 5 décembre 2017-, alors qu'il lui appartenait, en tout état de cause, d'examiner les possibilités de reclassement qui existaient au sein de l'établissement en juin 2020.

8. D'autre part, pour justifier l'absence de proposition de reclassement au 1er juillet 2020, le centre hospitalier La Chartreuse fait valoir qu'il était en possession d'avis médicaux divergents dès lors qu'un médecin psychiatre, le docteur B, avait conclu le 17 octobre 2018 à l'incapacité définitive de Mme E à tous postes et avait été suivi par la commission de réforme le 9 janvier 2019. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, et en particulier de la décision de la CNRACL du 23 septembre 2019, prise près d'un an et demi avant la décision attaquée, que Mme E aurait été dans l'incapacité absolue et définitive d'exercer ses fonctions ou d'autres postes par la voie d'un reclassement. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que l'intéressée, qui a été réintégrée au sein de l'établissement à compter du 1er octobre 2021, dans le cadre d'un reclassement, postérieurement à la période en litige, n'a finalement plus été considérée comme définitivement inapte à tous postes.

9. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 7 et 8, la requérante est fondée à soutenir qu'en agissant comme il l'a fait, le centre hospitalier La Chartreuse a effectivement méconnu ses obligations en matière de reclassement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme E est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier La Chartreuse de procéder à la réintégration juridique de Mme E pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux et à pension pour cette même période dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier La Chartreuse une somme de 1 500 euros à verser à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 20 juin 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier La Chartreuse a placé Mme E en position de disponibilité d'office pour raison de santé du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 inclus et la décision rejetant implicitement le recours gracieux exercé par l'intéressée le 9 septembre 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier La Chartreuse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à la réintégration juridique de Mme E pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux et à pension pour cette même période.

Article 3 : Le centre hospitalier La Chartreuse versera à Mme E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au centre hospitalier La Chartreuse.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- M. D, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

P. DLe président,

L. BoissyLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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