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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200317

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200317

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRODRIGUEZ MARTINEZ JOSÉ ANDRÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, M. H, représenté par Me Rodriguez Martinez, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- stéréotypée, elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié pour fixer la durée de six mois ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une violation de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors que la fréquence de pointage est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par ce dernier ne sont pas fondés.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Mme E, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant congolais né le 25 février 1997, était titulaire d'un titre de séjour pluriannuel délivré le 12 mars 2019 et valable jusqu'au 11 mars 2021. Lors d'un contrôle routier effectué le 4 octobre 2021, l'intéressé a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour à l'issue de laquelle le préfet de la Côte-d'Or a notamment pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'une durée d'un an, notifié le même jour. Par la présente requête, M. G demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022, notifié le 31 janvier suivant, par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 12 avril 2022, M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon les dispositions de l'article L. 732-1 de ce code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Enfin, l'article L. 732-4 du même code dispose : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois () ".

4. En premier lieu, par un arrêté du 27 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F B, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à Mme A D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, pour signer notamment les " arrêtés préfectoraux d'assignation à résidence ". Il n'est pas démontré, ni même allégué que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en litige vise notamment le 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle reproduit d'ailleurs les termes. Elle indique que M. G a fait l'objet, le 14 octobre 2021, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an et qu'il y a lieu, en raison de " son impossibilité de quitter le territoire français ", de l'assigner à résidence dans la mesure où " les autorités consulaires congolaises n'ont pas encore été en mesure de délivrer un laissez-passer ". Par ailleurs, le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu de motiver expressément le choix de la durée de l'assignation, dès lors que cette durée ne constitue pas un motif de la décision ainsi prise mais une modalité de sa mise en œuvre. Dans ces conditions, l'arrêté en cause, dont la motivation n'est pas stéréotypée, énonce les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent au requérant, contrairement à ce qu'il soutient, de connaître sa base légale, ainsi que ses motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait estimé en situation de compétence liée pour prononcer l'assignation à résidence de l'intéressé pour la durée de six mois prévue par l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précité. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi articulé ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet, qui a édicté la décision attaquée sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles de l'article L. 731-1, ne s'est nullement basé sur l'existence " d'une perspective raisonnable de l'éloignement ", mais ainsi qu'il a été dit, sur l'impossibilité pour l'intéressé de quitter le territoire français faute d'un laissez-passer consulaire. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de fait et de la violation de l'article L. 731-3 ne peuvent être accueillis.

8. En dernier lieu, les moyens tirés du caractère disproportionné des modalités de cette assignation à résidence et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent dès lors qu'être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit au conseil de M. G au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le préfet de l'Yonne.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. G.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Rodriguez Martinez. Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Nicolas Delespierre, président,

- Mme Mélody Desseix, première conseillère,

- Mme Karima Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

K. C

Le président,

N. Delespierre La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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