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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200498

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200498

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 16 août 2021 par laquelle le ministre de l'éducation nationale a prononcé son licenciement.

Elle soutient que :

- la rectrice de l'académie de Dijon a refusé de lui accorder l'autorisation d'effectuer une deuxième année de stage alors que la plupart des lauréats du concours au certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel (CAPLP) de mathématiques-physique chimie y ont eu droit ;

- cette décision est due uniquement à des propos malveillants et infondés de certains de ses collègues ;

- les appréciations sur ses compétences et sa manière de servir sont erronées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- les observations de Mme C.

Mme C a présenté une note en délibéré, enregistrée le 11 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, lauréate du concours de recrutement dans le corps des professeurs de lycée professionnel de la session 2020 en vue de l'obtention du certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel (CAPLP) dans la discipline mathématiques-sciences physiques, a été nommée professeur stagiaire à compter du 1er septembre 2020 et affectée dans un collège de l'académie de Dijon. A l'issue de sa première année de stage, le jury académique a émis, le

23 juin 2021 un avis défavorable à sa titularisation et à son autorisation d'effectuer une seconde année de stage. Par arrêté du 16 août 2021, le ministre de l'éducation nationale a prononcé son licenciement. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel : " Les professeurs de lycée professionnel sont recrutés par concours externe (). Ils sont titularisés dans les conditions prévues à l'article 10 ci-dessous. () ". Selon l'article 10 de ce décret : " Les candidats reçus aux concours prévus à l'article 4 et remplissant les conditions de nomination dans le corps sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. () Le stage a une durée d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans un établissement scolaire et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. () A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel. / Le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage a été effectué peut autoriser l'accomplissement d'une seconde année de stage. A l'issue de cette période, l'intéressé est soit titularisé par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il a effectué cette seconde année, soit licencié par le ministre chargé de l'éducation nationale, soit réintégré dans son grade d'origine ou dans son corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine ". L'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires, dans sa version alors applicable, dispose que : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : / I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré : / 1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du chef d'établissement, d'une inspection ; / 2° L'avis du chef de l'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté pour effectuer son stage établi sur la base d'une grille d'évaluation ; / 3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire ". En vertu de l'article 8 dudit arrêté : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage () ". Enfin, aux termes de l'article 9 de cet arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. () Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine ".

3. Les jurys académiques, appelés notamment à se prononcer en vue de la titularisation des professeurs stagiaires nommés dans certains corps, statuent à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste.

4. Par une délibération du 23 juin 2021, le jury académique a estimé que Mme C n'était pas apte à être titularisée et qu'elle ne devait pas être autorisée à effectuer une seconde année de stage, aux motifs qu'elle n'avait pas fait preuve des aptitudes nécessaires à l'exercice du métier de professeur.

5. Il ressort des avis concordants de l'inspecteur de l'éducation nationale du 25 mai 2021, du chef d'établissement, et du directeur de l'institut supérieur du professorat et de l'éducation, établis au vu du rapport du tuteur chargé du suivi de Mme C, qu'en dépit de la procédure d'aide dont elle a fait l'objet dès le mois d'octobre 2020, l'intéressée n'a acquis quasiment aucune des compétences du référentiel de compétences. Il ressort également de ces appréciations et des différents éléments du dossier que Mme C tolère lors des cours une ambiance de grande agitation qu'elle ne cherche pas à contrôler, laissant les élèves chahuter et s'insulter, ce qui est de nature à compromettre non seulement leur apprentissage, mais aussi leur sécurité. En outre, elle fait preuve de manque de rigueur, et n'a pas tenu compte des conseils qui lui ont été prodigués, qu'elle s'est au contraire employée à critiquer, en niant rencontrer des difficultés. La commission chargée de l'entretien professionnel des lauréats de la session 2020 a émis un avis défavorable en soulignant notamment que Mme C a adopté lors de l'entretien une attitude inadaptée voire nonchalante, qu'elle n'est jamais entrée dans l'analyse de la situation professionnelle vécue pendant l'année scolaire, qu'elle n'a pas réussi à amorcer un échange constructif avec le jury, et que son discours pose question sur sa capacité à se positionner en tant qu'éducateur responsable et bienveillant.

Mme C n'apporte pour sa part aucun élément permettant d'établir que les appréciations défavorables unanimes la concernant seraient dues, comme elle le soutient, à des propos malveillants et infondés de certains de ces collègues. Quand bien même elle produit des attestations faisant état d'une appréciation favorable lors de précédentes expériences ponctuelles d'enseignement, elle n'établit pas que la délibération du jury serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, dès lors que ce jury ne l'a pas déclarée apte à être titularisée, ni proposé son redoublement, le ministre chargé de l'éducation était tenu de procéder au licenciement de

Mme C.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2021 prononçant son licenciement.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise au recteur de l'académie de Dijon.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

M-E A

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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