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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200541

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200541

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAYUELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 février 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Dijon le dossier de la requête de M. B.

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Cayuela, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a mis fin à sa scolarité à l'école nationale de police de Sens pour inaptitude professionnelle à compter du 10 septembre 2021 ;

2°) de le nommer en qualité de gardien de la paix stagiaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cet arrêté méconnaît le droit au procès équitable, dès lors qu'il ne s'est pas vu remettre une copie de la décision du jury d'aptitude professionnelle et que les mentions des voies et délais portées sur le procès-verbal de notification de cette décision sont erronées, ce qui ne lui a pas permis d'exercer un recours devant la commission de recours pour faire valoir ses observations ;

- il est entaché d'une " erreur de droit " dès lors que la décision du jury d'aptitude professionnelle ne lui a pas été notifiée et qu'il n'a pas été en mesure d'exercer un recours à son encontre ;

- le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'insuffisance professionnelle alors que la décision du jury d'aptitude professionnelle se fonde sur son comportement et que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré le 26 octobre 2023 pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer et, l'instruction étant close, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- l'arrêté du 18 octobre 2005 portant organisation de la formation initiale du premier grade du corps d'encadrement et d'application de la police nationale ;

- l'arrêté du 29 juin 2009 relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, nommé élève gardien de la paix par arrêté ministériel du 5 octobre 2020, a intégré la 260ème promotion des gardiens de la paix en qualité d'élève. Il a ensuite été autorisé à redoubler sa scolarité au sein de l'école nationale de police de Sens par arrêté du 15 mars 2021. Le jury d'aptitude professionnelle a décidé, par délibération du 8 septembre 2021, que M. B n'était pas apte à être nommé gardien de la paix stagiaire et ne l'a pas admis à redoubler. Par un arrêté du 16 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a mis fin à sa scolarité à compter du 10 septembre 2021 pour inaptitude professionnelle. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation. Il doit également être regardé comme demandant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de le nommer gardien de la paix stagiaire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 7 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, dans sa rédaction alors en vigueur : " La formation statutaire des gardiens de la paix s'organise en deux périodes dans les conditions prévues aux articles 7-1 et 8. Le programme et les modalités de cette formation et de son évaluation sont fixés par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de la fonction publique ". Selon l'article 7-1 de ce décret : " Les candidats reçus sont nommés en qualité d'élève et suivent une première période de formation de huit mois au sein d'une structure de formation de la police nationale () ". En vertu de l'article 29 de l'arrêté du 18 octobre 2005 portant organisation de la formation initiale du premier grade du corps d'encadrement et d'application de la police nationale : " L'aptitude professionnelle des élèves en fin de scolarité est appréciée par un jury () ". L'article 30 dudit arrêté prévoit que : " Le jury d'aptitude professionnelle analyse les résultats obtenus dans les différentes épreuves et l'implication professionnelle et personnelle des élèves pendant leur scolarité en vue d'établir leur classement national. Le jury statue sur : / -le cas des élèves signalés par la commission de suivi définie à l'article 27 ; / -le cas des élèves n'ayant pas obtenu l'évaluation minimale dans l'une des matières fixées par l'arrêté portant notation et classement des élèves gardiens de la paix. / Dans ce cadre, il entend les élèves concernés à leur demande. Cette audition s'effectue conformément aux dispositions de l'arrêté du 29 juin 2009 relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix de la police nationale () ". L'article 32 de cet arrêté dispose : " Le jury d'aptitude établit trois listes : / - la première détermine, par ordre de mérite, en fonction du nombre de points obtenus, les élèves remplissant les conditions d'aptitude définies par l'arrêté relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix ; / - la deuxième comprend les élèves n'ayant pas rempli les conditions définies par l'arrêté relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix et qui peuvent être exceptionnellement autorisés à renouveler tout ou partie de la scolarité ; / - la troisième comprend les élèves n'ayant pas rempli les conditions définies par l'arrêté relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix pour lesquels le jury n'autorise pas le redoublement ". L'article 4 de l'arrêté du 29 juin 2009 relatif à la notation et au classement des élèves gardiens de la paix de la police nationale prévoit, dans sa rédaction alors en vigueur : " Aux évaluations sanctionnant les domaines prévus à l'article 3 s'ajoutent celles relatives à l'implication personnelle et professionnelle des élèves tout au long de la formation destinée à mesurer leur niveau de responsabilisation, au regard notamment du code de déontologie de la police et de la gendarmerie nationale ". Enfin, aux termes de l'article 30 dudit arrêté : " Conformément à l'article 30 de l'arrêté du 18 octobre 2005 susvisé, le jury d'aptitude professionnelle statue sur l'aptitude professionnelle de l'élève à être nommé gardien de la paix stagiaire ou à être autorisé à redoubler. / A défaut, il est mis fin à la scolarité de l'élève. () Le jury d'aptitude professionnelle convoque également les élèves gardiens de la paix dont l'implication définie à l'article 4 du présent arrêté n'est pas jugée satisfaisante. / L'élève gardien de la paix dont le dossier a donné lieu à saisine du jury d'aptitude professionnelle en est avisé au moins une semaine avant que celui-ci ne se réunisse. / Il lui est donné connaissance du ou des motifs ayant fondé la saisine du jury d'aptitude professionnelle. Il est également informé de son droit à obtenir copie du dossier le concernant. / L'élève gardien de la paix est en outre avisé de son droit d'être entendu par le jury d'aptitude professionnelle, assisté de la personne ou du conseil de son choix. / L'ensemble de ces formalités donne lieu à établissement d'un procès-verbal par la structure de formation dont dépend l'élève. / La notification de la décision individuelle du jury d'aptitude professionnelle intervient dans les plus brefs délais, à compter de l'établissement définitif du classement des élèves. Elle est à la charge de la structure de formation dont relève l'élève gardien de la paix concerné. / La décision individuelle du jury d'aptitude peut faire l'objet d'un recours selon les voies de droit commun ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la décision appréciant l'aptitude professionnelle des élèves gardiens de la paix à être nommés stagiaires et celle les autorisant, le cas échéant, à renouveler leur période de formation, relèvent du jury d'aptitude professionnelle. En mettant fin pour inaptitude professionnelle à la scolarité d'un élève gardien de la paix, le ministre de l'intérieur se borne, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce, à tirer les conséquences de la délibération prise par ce jury, envers laquelle il se trouve ainsi en situation de compétence liée.

4. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut de motivation, du non-respect des droits de la défense, du défaut de notification de la décision du jury d'aptitude professionnelle, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'aptitude à exercer les fonctions de gardien de la paix sont inopérants à l'encontre de l'arrêté en litige.

5. Toutefois, M. B critique l'appréciation portée sur sa valeur professionnelle et peut, dès lors, être regardé comme contestant par la voie de l'exception la légalité de la décision du 8 septembre 2021 prise par le jury d'aptitude professionnelle.

6. Il résulte des dispositions précitées que le jury d'aptitude professionnelle des élèves gardiens de la paix de la police nationale se prononce à l'issue d'une période de formation au sein d'une école de police, après que l'élève-fonctionnaire ait réussi un concours ou un examen d'entrée, et avant sa mise en stage. Le jury d'aptitude professionnelle prend en compte les résultats scolaires, mais également le comportement des élèves gardiens de la paix, en fonction de l'ensemble des faits avérés portés à la connaissance du jury. S'agissant non d'un concours ou d'un examen d'entrée, mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de scolarité, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir pour illégalité externe, erreur de fait, erreur de droit, erreur manifeste d'appréciation ou détournement de pouvoir.

7. Selon la décision du 8 septembre 2021, laquelle a été dûment communiquée au requérant, qui l'a au demeurant produite à l'instance, le jury d'aptitude professionnelle a décidé que M. B ne pouvait être autorisé à poursuivre sa scolarité en raison de " ses problèmes de comportements récurrents ".

8. Il ressort du bilan des savoirs professionnels de M. B, lequel permet au jury d'aptitude professionnelle de statuer sur les compétences des élèves gardiens de la paix, que les capacités " travailler en équipe ", " comprendre et appliquer les consignes de l'autorité hiérarchique " " prendre en compte les personnes " ont été considérées comme " non acquises ". Pour en justifier, l'évaluateur a fait référence à plusieurs " grilles d'évaluation " et à un rapport sur la manière de servir de M. B, à savoir " Ne vous imposez pas, faites confiance à vos collègues ", " Respectez votre rôle et faites confiance à vos collègues, ne cherchez pas à vous imposer ", " Il n'a pas respecté les règles de sécurité élémentaires qui venaient d'être données () " " Attention à ne pas paraître agressif ". En outre, le ministre de l'intérieur lui a notifié, par courrier du 19 août 2021, son intention d'engager des poursuites disciplinaires à son encontre en vue de lui infliger la sanction du blâme, pour avoir, le 10 mai 2021, manqué à son devoir de respect, d'exemplarité et d'obéissance en tenant des propos à caractère sexuel en présence d'une collègue. En se bornant à produire un rapport peu circonstancié du psychologue de la formation, une grille d'observation de la période d'alternance et un courrier rédigé le 13 juillet 2021 par un de ses formateurs qui atteste que le requérant justifie de l'ensemble des compétences pour devenir gardien de la paix, tout en notant néanmoins qu'il arrive à l'intéressé " de vouloir imposer ses idées ou d'avoir des réflexions un peu limite envers ses collègues sans que cela soit irrespectueux en ma présence ", M. B ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits tels qu'ils sont retracés dans le bilan des savoirs professionnels. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et sans qu'il soit tenu compte du mémoire en défense présenté après la clôture de l'instruction par le ministre de l'intérieur, il n'apparaît pas que le jury d'aptitude professionnelle ait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que le requérant n'était pas apte à être nommé gardien de la paix stagiaire et en ne l'autorisant pas à redoubler.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200541

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