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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200559

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200559

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOURINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 février 2022, 14 novembre 2022, 11 janvier 2024 et 23 février 2024, Mme A C, représentée par Me Troude, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon à lui verser une somme de 11 245,07 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des préjudices subis à la suite du refus d'application d'une majoration horaire de 1,26 euros pour le travail intensif de nuit sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

2°) d'enjoindre au CHU de Dijon d'appliquer une majoration horaire de 1,26 euros pour le travail intensif de nuit sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Dijon le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- en méconnaissant les dispositions du décret n° 88-1084 du 30 novembre 1988 et en instaurant une rupture d'égalité de traitement entre agents publics en refusant de lui verser une majoration horaire de 1,26 euros pour le travail intensif de nuit, le CHU de Dijon a commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité ;

- le CHU de Dijon a délibérément appliqué la majoration de 1,26 euros pour les agents hospitaliers travaillant en structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) et alternant le travail de jour et de nuit à compter du 1er janvier 2020 ;

- elle a subi un préjudice matériel financier résultant de cette faute évalué à 1 245,07 euros ;

- elle a subi un préjudice moral résultant de cette faute évalué à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 juillet 2022, 30 janvier 2023 et 12 février 2024, le CHU de Dijon, représenté par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête.

Le CHU de Dijon soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 88-1084 du 30 novembre 1988 relatif à l'indemnité horaire pour travail normal de nuit et à la majoration pour travail intensif ;

- le décret n° 2006-576 du 22 mai 2006 relatif à la médecine d'urgence et modifiant le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 30 novembre 1988 fixant les taux des indemnités horaires pour travail normal de nuit et de la majoration pour travail intensif ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Grenier, substituant Me Troude, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, infirmière anesthésiste diplômée d'Etat exerçant ses fonctions au sein du CHU de Dijon, est affectée à la structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) et alterne un travail de jour et un travail de nuit. Estimant que le CHU de Dijon avais commis une faute en ne lui versant qu'une majoration horaire de 0,90 euros au lieu de 1,26 euros au titre d'un travail de nuit intensif, Mme C a présenté le 5 novembre 2021 une demande indemnitaire préalable qui a été implicitement rejetée. Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le CHU de Dijon à lui verser une somme totale de 11 245,07 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 88-1084 du 30 novembre 1988, alors en vigeur : " Les fonctionnaires titulaires () des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 () qui assurent totalement ou partiellement leur service normal dans le cadre de la durée hebdomadaire du travail entre vingt et une heures et six heures perçoivent des indemnités horaires dont le taux est fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de la santé et du ministre chargé du budget ". L'article 2 de ce décret prévoit que : " En outre, lorsque le service normal de nuit nécessite un travail intensif, les indemnités horaires prévues à l'article précédent font l'objet d'une majoration qui est attribuée aux personnels énumérés ci-après : () 2° L'ensemble des personnels concourant aux soins dans les services d'admission d'urgence et les services mobiles de secours d'urgence. () 5° Les personnels affectés dans une structure de médecine d'urgence, une unité de soins intensifs, une unité de surveillance continue ou un service de réanimation, dont l'organisation du temps de travail fait alterner des horaires de jour et des horaires de nuit ". Enfin, l'article 2 de l'arrêté du 30 novembre 1988, alors en vigueur, dispose que : " Le taux de la majoration pour travail intensif mentionnée à l'article 2 du décret du 30 novembre 1988 () est fixé : / - dans les cas prévus aux 1° à 4°, à 0,90 euros ; / - dans les cas prévus au 5°, à 1,26 euros ".

3. Aux termes de l'article R. 6123-10 du code de la santé publique dans sa rédaction en vigueur entre le 26 juillet 2005 et le 23 mai 2006 : " Dans le cadre de l'aide médicale urgente, le service mobile d'urgence et de réanimation a pour mission : / 1° D'assurer tous les jours de l'année, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, hors de l'établissement de santé auquel il est rattaché, l'intervention d'une équipe hospitalière médicalisée, en vue, d'une part, de la prise en charge de tous les patients, sans distinction d'âge ni de pathologie, dont l'état requiert de façon urgente des soins médicaux et de réanimation, notamment du fait d'une détresse vitale patente ou potentielle, et, d'autre part, le cas échéant, de leur transport vers un établissement de santé apte à assurer la suite des soins ; / 2° D'assurer le transfert, accompagné par une équipe hospitalière médicalisée, entre deux établissements de santé, des patients nécessitant une surveillance médicale pendant le trajet () ". Aux termes de l'article R. 6123-15 du code de la santé publique dans sa rédaction issue de l'article 2 du décret n° 2006-576 du 22 mai 2006 : " Dans le cadre de l'aide médicale urgente, la structure mobile d'urgence et de réanimation () a pour mission : / 1° D'assurer, en permanence, en tous lieux et prioritairement hors de l'établissement de santé auquel il est rattaché, la prise en charge d'un patient dont l'état requiert de façon urgente une prise en charge médicale et de réanimation, et, le cas échéant, et après régulation par le SAMU, le transport de ce patient vers un établissement de santé. / 2° D'assurer le transfert entre deux établissements de santé d'un patient nécessitant une prise en charge médicale pendant le trajet () ".

4. Il résulte notamment des dispositions citées au points 2 et 3 que le taux de la majoration pour travail intensif de l'indemnité horaire du " travail de nuit " attribué aux agents de la fonction publique hospitalière qui accomplissent un service de nuit est de 0,90 euros pour les personnels concourant aux soins dans les services mobiles d'urgences et de réanimation -devenues, depuis l'entrée en vigueur du décret n° 2006-576 du 22 mai 2006, les structures mobiles d'urgence et de réanimation (SMUR)- et de 1,26 euros pour les personnels affectés dans une structure de médecine d'urgence au sein de l'établissement hospitalier alternant les horaires de jour et les horaires de nuit.

5. Mme C, qui était exclusivement affectée au SMUR du CHU de Dijon au cours de la période en litige, avait dès lors seulement droit à une majoration pour travail intensif au taux de 0,90 euros pour les heures travaillées de nuit et non à la majoration au taux de 1,26 euros.

6. La circonstance que le CHU de Dijon a volontairement et spontanément décidé, le 22 février 2023, d'appliquer aux agents affectés au SMUR et alternant le travail de nuit et le travail de jour une majoration horaire de 1,26 euros, à compter du 1er janvier 2020, pour le travail effectué de nuit reste par elle-même sans incidence sur la légalité des décisions qui avaient antérieurement accordé à l'intéressée une majoration au taux de 0,90 euros.

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 6, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Dijon a commis une faute en ayant eu une interprétation erronée des dispositions du décret du 30 novembre 1988.

8. En second lieu, le principe d'égalité devant la loi ne peut pas être invoqué pour justifier la demande d'un avantage illégal. Mme C ne peut dès lors pas utilement se prévaloir de la circonstance que des agents de la fonction publique hospitalière appartenant au même corps que le sien et exerçant exclusivement leurs fonctions au sein d'un SMUR bénéficieraient, pour leur part, d'une indemnité horaire comportant une majoration pour travail intensif au taux de 1,26 euros pour les heures travaillées la nuit.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Dijon a commis une illégalité constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé. Ses conclusions à fin de condamnation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin de condamnation présentées par Mme C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CHU de Dijon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme C au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier universitaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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