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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200636

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200636

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP MANIERE - PAGET - CHAMPENOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Paget, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la maire de Charny-Orée-de-Puisaye a mis fin à son contrat de travail à durée déterminée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Charny-Orée-de-Puisaye de la réintégrer dans son emploi ;

3°) d'enjoindre à la commune de Charny-Orée-de-Puisaye de lui verser ses salaires dus depuis le 5 novembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision mettant fin à son contrat de travail à durée déterminée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun entretien préalable n'a été mené et qu'aucune commission consultative paritaire n'a été saisie ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prévoit pas le délai de préavis prévu par l'article 46 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, la commune de Charny-Orée-de-Puisaye, représentée par Me Corneloup, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022 à 12 heures 00.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 2200663 du 4 avril 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, rapporteur,

- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Metz, représentant la commune de Charny-Orée-de-Puisaye.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Charny-Orée-de-Puisaye en qualité d'agent d'accueil, par contrat à durée déterminée d'une durée d'un an à compter du 9 août 2021. Par un courrier du 22 octobre 2021, notifié le 27 octobre 2021, la commune de Charny-Orée-de-Puisaye a mis fin à ce contrat au cours de sa période d'essai d'un mois, qui avait été renouvelée. Par un courrier du 24 décembre 2021, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Du silence gardé par l'administration, une décision implicite de rejet de son recours gracieux est née. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Le contrat peut comporter une période d'essai qui permet à la collectivité territoriale ou à l'établissement public d'évaluer les compétences de l'agent et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / Toutefois, aucune période d'essai ne peut être prévue lorsqu'un nouveau contrat est conclu ou renouvelé par une même autorité territoriale avec un même agent pour exercer les mêmes fonctions que celles prévues par le précédent contrat, ou pour occuper le même emploi que celui précédemment occupé. / La durée initiale de la période d'essai peut être modulée à raison d'un jour ouvré par semaine de durée de contrat, dans la limite : / -de trois semaines lorsque la durée initialement prévue au contrat est inférieure à six mois ; -d'un mois lorsque la durée initialement prévue au contrat est inférieure à un an ; / -de deux mois lorsque la durée initialement prévue au contrat est inférieure à deux ans ; / () / La période d'essai peut être renouvelée une fois pour une durée au plus égale à sa durée initiale. / La période d'essai ainsi que sa durée et la possibilité de la renouveler sont expressément stipulées dans le contrat. / () / Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable au cours duquel l'agent peut être assisté par la personne de son choix conformément au troisième alinéa de l'article 42. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. / Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient au cours ou à l'expiration d'une période d'essai. / Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. () ". Aux termes de l'article 42 de ce décret : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. / L'agent peut se faire accompagner par la personne de son choix. / Au cours de l'entretien préalable, l'autorité territoriale indique à l'agent le ou les motifs du licenciement. () ".

3. Il résulte notamment de ces dispositions qu'une période d'essai ne peut être valablement stipulée lorsque le contrat est renouvelé à son expiration, pour les mêmes fonctions et par le même employeur, celui-ci ayant déjà pu apprécier les capacités professionnelles de l'agent.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, par contrat conclu le 9 août 2021, Mme A a été recrutée en qualité d'agent d'accueil à raison de 22 heures pour la semaine du 19 au 23 juillet 2021, par la commune de Charny-Orée-de-Puisaye et, d'autre part, par un contrat conclu le 4 août 2021, l'intéressée a été recrutée en cette même qualité du 9 août 2021 au 8 août 2022. Il s'ensuit que, dès lors que le contrat conclu le 9 août 2021 ne portait que sur une semaine à raison de 22 heures, réparties en deux journées et deux demi-journées de travail, le contrat de travail conclu pour exercer les mêmes fonctions pour une durée d'un an à compter du 9 août 2021 pouvait légalement stipuler une période d'essai afin d'apprécier les capacités professionnelles de Mme A. Dans ces conditions, la décision attaquée doit être regardée comme prononçant le licenciement de Mme A au cours d'une période d'essai valablement stipulée.

5. En deuxième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Mme A soutient, sans être contestée sur ce point, qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien préalable à la décision contestée mettant fin à son contrat à durée déterminée. En ne bénéficiant pas d'un entretien préalable au cours duquel elle aurait pu être assistée de la personne de son choix, Mme A a été privée d'une garantie essentielle. En conséquence, Mme A est fondée à soutenir que la procédure suivie par la commune de Charny-Orée-de-Puisaye a méconnu les dispositions de l'article 4 du décret du 15 février 1988 et que la décision contestée du 22 octobre 2021 se trouve, de ce fait, entachée d'irrégularité, dès lors qu'elle a été privée d'une garantie.

7. En troisième lieu, la décision litigieuse par laquelle la maire de Charny-Orée-de-Puisaye a mis fin au contrat à durée déterminée de la requérante ne comporte aucune considération de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, elle est entachée d'un défaut de motivation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, prononçant l'annulation d'une décision évinçant illégalement un agent public, implique nécessairement la réintégration juridique rétroactive de cet agent à la date de la décision d'éviction illégale et la reconstitution de sa carrière ainsi que de ses droits sociaux. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Charny-Orée-de-Puisaye de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme A et de ses droits sociaux et à sa réintégration juridique, du 5 novembre 2021 au 8 août 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

10. Par ailleurs, l'agent irrégulièrement évincé des cadres ne peut, en l'absence de service fait, prétendre à un rappel de traitement. Les conclusions présentées par la requérante tendant au versement de ses salaires dus depuis le 5 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Charny-Orée-de-Puisaye demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Charny-Orée-de-Puisaye une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 octobre 2021 par laquelle la maire de Charny-Orée-de-Puisaye a mis fin au contrat de travail à durée déterminée de Mme A ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Charny-Orée-de-Puisaye de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme A et de ses droits sociaux et à sa réintégration juridique du 5 novembre 2021 au 8 août 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Charny-Orée-de-Puisaye versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Charny-Orée-de-Puisaye au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Charny-Orée-de-Puisaye.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseure le plus ancien,

N. Zeudmi Sarahoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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