jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP LANCELIN & LAMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2022 et un mémoire enregistré le 30 mars 2022,
Mme B D, représentée par Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Mâcon, l'a exclue définitivement de la formation d'infirmière ;
2°) d'enjoindre à l'IFSI de Mâcon de la réintégrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'IFSI de Mâcon la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la décision attaquée est entachée de vices de procédures, dès lors que le délai minimum de quinze jours calendaires entre la saisine de la section et la tenue de la section n'a pas été respecté ;
- elle n'a pas été officiellement convoquée à une réunion préalable avec la directrice de l'IFSI, ni informée de la possibilité d'être accompagnée par la personne de son choix lors de ce premier entretien, ni des conséquences de ce dernier ;
- il n'est pas établi que les membres de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants aient été régulièrement convoqués à cette réunion de section ni que le quorum était atteint ;
- il n'est pas établi que les votes aient eu lieu à bulletin secret ni que la majorité des membres de la section ait voté en faveur de son exclusion définitive ;
- elle n'a pas pu bénéficier d'un délai suffisant pour préparer sa défense devant la section, alors qu'elle était en congé maladie ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mai 2022 et le 14 juin 2022, l'IFSI de Mâcon représenté par Me Lambert conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme D la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de Me Hebmann, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a intégré l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Mâcon en qualité d'étudiante en soins infirmiers en septembre 2019, aux fins de préparer le diplôme d'Etat d'infirmier, dans le cadre d'une reconversion professionnelle. Après avoir validé la première année de formation, elle a été autorisée à redoubler la deuxième année. Au cours du stage organisé dans le cadre de cette deuxième année de formation, Mme D a commis une erreur médicamenteuse en administrant à un patient une injection d'antibiotique de
750 mg au lieu de 250 mg prescrits. Suite à cet incident, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants a été saisie et s'est réunie le 2 février 2022. A l'issue de la séance, l'exclusion définitive de Mme D a été prononcée par décision du
4 février 2022. Par la présente requête Mme D en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les vices de procédure allégués :
2. L'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux prévoit deux sections, l'une compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l'autre pour les sanctions disciplinaires. La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants fait l'objet du chapitre II de cet arrêté, comportant les articles 12 à 20.
3. En premier lieu, la décision prise à l'encontre de Mme D est fondée non sur un motif disciplinaire, mais sur les difficultés rencontrées lors de son stage de deuxième année, et en particulier sur l'erreur d'administration d'un médicament le 11 janvier 2022, qui est un acte incompatible avec la sécurité des personnes prises en charge. Il ne s'agit donc pas d'une sanction disciplinaire. Mme D ne peut dès lors utilement se prévaloir de vices de procédures fondés sur le non-respect des dispositions des articles 21 à 25 de l'arrêté du 21 avril 2007, relatifs à la procédure disciplinaire. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce qu'en méconnaissance de l'article 21 de l'arrêté précité, elle n'a pas été officiellement convoquée à une réunion préalable avec la directrice de l'IFSI, ni informée de la possibilité d'être accompagnée par la personne de son choix lors de ce premier entretien, ni des conséquences de ce dernier, doivent être écartés comme inopérants.
4. En deuxième lieu aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 21 avril 2007, dans sa version alors applicable : " Cette section se réunit après convocation par le directeur de l'institut de formation. /Elle ne peut siéger que si la majorité de ses membres est présente. /Si le quorum requis n'est pas atteint, la réunion est reportée. Les membres de la section sont à nouveau convoqués dans un délai maximum de quinze jours calendaires. La section peut alors valablement délibérer, quel que soit le nombre de présents./Les membres de l'instance sont convoqués dans un délai minimum de quinze jours calendaires. ". Selon l'article 15 du même arrêté : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; () Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales () ". Et aux termes de l'article 17 : " Les décisions de la section font l'objet d'un vote à bulletin secret () ".
5. Si Mme D peut être regardée, par ses écritures, comme soulevant un moyen tiré du non-respect du délai de quinze jours calendaires entre la saisine de la section, le 22 janvier 2021, et la tenue de la réunion, un tel délai n'est toutefois mentionné par les dispositions précitées qu'à l'égard des membres de la section. Il ressort des pièces du dossier que ces derniers ont été convoqués par courriel du 20 janvier 2021 treize jours avant la réunion de l'instance au lieu des quinze jours prescrits à l'article 14 précité. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette irrégularité procédurale très limitée aurait, en l'espèce, privé Mme D d'une garantie ou aurait exercé une influence sur le sens du vote, de sorte qu'elle est insusceptible d'influer sur la légalité de la décision contestée.
6. En troisième lieu, il ressort du compte-rendu de la réunion de section du 2 février 2022 versé à l'instance, que onze membres étaient présents, et quatre excusés. La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants comportant onze à douze membres conformément à l'annexe 3 de l'arrêté du 21 avril 2007, le quorum était ainsi atteint. Les mentions de ce compte-rendu permettent d'établir que l'ensemble des membres, y compris les suppléants, avaient été convoqués.
7. En quatrième lieu, il ressort de ce compte-rendu que la décision a été prise à l'unanimité de ses membres. Si ce compte-rendu ne comporte aucune mention permettant d'établir que le vote a eu lieu à bulletin secret, la décision attaquée indique que le vote a été effectué à bulletin secret, et Mme D n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette mention serait erronée.
8. En dernier lieu, Mme D soutient qu'elle a disposé de moins de quinze jours pour préparer sa défense alors qu'elle était en arrêt maladie, ce qui a compromis ses droits à la défense. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, les dispositions applicables à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, fixées par l'arrêté du 21 avril 2007, n'imposent pas de délai minimal de convocation à l'égard des étudiants, lesquels doivent néanmoins être mis en mesure de préparer utilement leur défense. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que lors d'un entretien avec la directrice de l'institut, qui a eu lieu le 14 janvier 2022, Mme D a été informée qu'à la suite de l'erreur médicamenteuse commise le 11 janvier, elle serait présentée devant la section compétente. Le courrier informant la requérante de la réunion de la section du 2 février 2022, dont elle accusé réception le 22 janvier précédent, l'informait de son droit à être assistée d'une personne de son choix lors de la réunion et de la possibilité de présenter des observations écrites et orales. Elle a ainsi disposé d'un délai suffisant avant la réunion de la section pour préparer sa défense. Si Mme D fait valoir que son état de santé ne la mettait pas en mesure de présenter des observations, elle ne l'établit pas par les pièces produites, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait sollicité le report de la réunion de la section en raison de son état de santé, lequel ne l'a pas empêchée de se rendre à la réunion de la section et d'y présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe des droits de la défense doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés des vices de procédure soulevés par Mme D doivent être écartés.
En ce qui concerne l'erreur d'appréciation :
10. Mme D qui, le 11 janvier 2022 a injecté à un patient une dose d'antibiotique de 750 mg au lieu des 250 mg prescrits, ne conteste pas l'erreur de posologie qui lui est reprochée, mais fait valoir qu'elle a été sans conséquence. Pour autant, il s'agit d'une erreur particulièrement grave qui s'inscrit en outre dans un contexte de grandes difficultés rencontrées par Mme D lors de sa formation, au cours de laquelle elle n'a, malgré un redoublement, validé que trois des trente-sept domaines d'évaluation des compétences. Il ressort notamment du rapport de stage du mois de juin 2021 qu'elle avait déjà commis des erreurs médicamenteuses et d'asepsie, le stage du semestre 3 n'étant dès lors pas validé. Lors du stage du mois de janvier 2022, d'autres incidents ont également été signalés, dont deux le jour même de l'erreur de posologie, démontrant à nouveau un non-respect des règles d'asepsie. Si Mme D fait valoir qu'elle souffrait au moment des faits de troubles anxio-dépressifs, elle ne l'établit pas notamment en se bornant à produire un arrêt de travail qui débutait le 14 janvier 2022, soit trois jours après l'incident du 11 janvier. Si elle invoque aussi un défaut de surveillance et de suivi de la part de l'équipe encadrante, elle n'établit pas que les tâches qui lui étaient confiées au cours de son stage n'étaient pas du niveau de celles pouvant être prises en charge par des élèves infirmiers en deuxième année de formation.
11. Dès lors, la décision par laquelle l'IFSI a décidé de l'exclure de la formation d'infirmière n'apparait pas entachée d'erreur d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par
Mme D doivent être rejetées ; par voie de conséquence, les conclusions en injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'IFSI de Mâcon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme D d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de
Mme D la somme que demande l'IFSI de Mâcon au titre des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'IFSI de Mâcon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse D et à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Mâcon.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026