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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200753

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200753

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. C, représenté par Me Dandon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai ;

3°) en conséquence, d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

* en ce qui concerne les obligations dans l'attente du départ ;

- l'obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Dijon est disproportionnée, dès lors qu'il est domicilié à Beaune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décision du 6 mai 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de nationalité marocaine né le 28 avril 1962, est entré régulièrement en France le 27 avril 2016 muni d'un visa D " conjoint de français " valable du 15 avril 2016 au 15 avril 2017. Le 2 juin 2017, il a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11 7° alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 novembre 2017, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination. Par un jugement du 29 mars 2018, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de M. C formé contre cet arrêté. Le 14 septembre 2021, le requérant a formé une demande exceptionnelle d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un nouvel arrêté du 18 février 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 mai 2022, ses conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, en vertu d'un arrêté n°983/SG du 25 septembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°21-2020-067 du 28 septembre 2020 de la préfecture de la Côte-d'Or, M. F B, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, disposait d'une délégation de la part du préfet de la Côte-d'Or à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 18 février 2022 manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte qu'un étranger ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient pas invoquées à l'appui de sa demande et qui n'ont pas été examinées d'office par le préfet.

6. En l'espèce, s'il est constant que M. C a déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de " motifs humanitaires ou exceptionnels ", situation prévue par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de sa demande, devenues celles de l'article L. 435-1 précité du même code, en revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait formé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11 7° alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenues celles de l'article L. 423-23 précité du même code. Il ne résulte pas non plus des termes de la décision attaquée que le préfet de la Côte-d'Or, qui n'était pas tenu de le faire, aurait examiné d'office sa demande sur le fondement de cet article. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, si M. C fait valoir qu'il est entré régulièrement en France en 2016, qu'il réside chez sa sœur qui le prend en charge depuis novembre 2017, qu'il est pleinement intégré dans la société française, que la dégradation de son état de santé est à l'origine de sa séparation avec son épouse et qu'il reste le père de ses deux filles avec lesquelles il souhaite passer plus de temps, ces éléments, dont certains sont seulement allégués sans être démontrés, ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. C fait valoir qu'il réside de manière habituelle en France depuis plus de cinq ans auprès de sa sœur, avec laquelle il partage son quotidien, que ses deux filles résident en France de manière durable avec leur mère et qu'il justifie pleinement avoir établi le centre de ses intérêts matériels et moraux en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé est présent en France depuis le mois d'avril 2016, il a fait l'objet dès le mois de novembre 2017 d'une mesure d'éloignement, qu'il n'a pas exécutée malgré sa confirmation par le Tribunal en mars 2018. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui est séparé de son épouse depuis le mois d'octobre 2016, d'après ses propres déclarations figurant dans sa demande de titre de séjour, participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles dont il n'a même pas mentionné l'existence dans cette même demande. Si le requérant réside chez sa sœur, cette circonstance ne saurait, à elle-seule, caractériser l'intensité de ses liens avec la France. De même, l'obtention de certificats de formation linguistique en langue française ne saurait suffire à démontrer l'intégration de l'intéressé sur le territoire français. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 54 ans et où réside sa mère. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de séjour n'est pas illégale. Par suite, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant les obligations dans l'attente du départ :

11. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

12. Au regard du pouvoir d'appréciation dont dispose, aux termes de la loi, l'autorité administrative pour apprécier la nécessité d'imposer une obligation de présentation sur le fondement de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.

13. En l'espèce, l'article 3 du dispositif de l'arrêté attaqué indique que M. C doit justifier auprès du commissariat de police de Dijon des diligences dans la préparation de son départ, se présenter à ce service une fois par semaine et remettre à ce service son passeport original, sa carte nationale d'identité, en échange d'un récépissé valant justificatif d'identité, sur lequel est portée la mention du délai de départ volontaire. Or, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué et il ressort des pièces du dossier que le requérant réside chez sa sœur à Beaune depuis le mois de novembre 2017. Dans ces conditions, en imposant à l'intéressé de se rendre une fois par semaine au commissariat de Dijon alors que M. C pouvait effectuer les mêmes démarches auprès des services de police de la commune de Beaune dans laquelle il réside, le préfet de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 en tant qu'il l'oblige à se présenter au commissariat de police de Dijon pour justifier des diligences dans la préparation de son départ.

Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :

15. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Côte-d'Or prenne une nouvelle décision s'agissant des obligations de présentation de M. C auprès des services de police pour justifier des diligences dans la préparation de son départ. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre cette nouvelle décision dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

16. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par le requérant au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 février 2022 est annulé en tant qu'il oblige M. C à se présenter au commissariat de police de Dijon pour justifier des diligences dans la préparation de son départ.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2200753 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Dandon. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delespierre, président,

M. Blacher, premier conseiller,

Mme Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

M. BlacherLe président,

M. G

La greffière,

Mme E

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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