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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200758

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200758

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantSAUTEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2022 et 31 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Sautereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2022 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Clamecy lui a infligé un blâme ;

2°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale de Clamecy de retirer de son dossier l'intégralité des pièces liées à la procédure disciplinaire ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Clamecy la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le président du centre communal d'action sociale ne pouvait, sans méconnaitre le principe d'impartialité, prendre la décision attaquée et était, dès lors, incompétent pour édicter une telle décision ;

- la sanction litigieuse a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors que l'autorité administrative avait pris la décision de la sanctionner avant même l'édiction de la sanction litigieuse ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe non bis in idem dès lors que la décision du 16 décembre 2021 portant refus de versement du complément indemnitaire annuel doit être regardée comme une sanction disciplinaire déguisée qui avait pour objet de sanctionner les faits qui lui sont reprochés par la décision attaquée ;

- le grief tiré du manquement au devoir d'obéissance n'est pas établi ;

- les propos qu'elle a tenus le 8 décembre 2021 ne peuvent caractériser un manquement au devoir de réserve ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le centre communal d'action sociale de Clamecy, représenté par la SCP Blanchecotte-Boirin, conclut au rejet de la requête de Mme B et à ce que soit mise à la charge de celle-ci la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sauterau, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédacteur territoriale au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de Clamecy a été informée, par un courrier 24 décembre 2021, de l'engagement d'une procédure disciplinaire. Par une décision du 18 janvier 2022, le président du centre communal d'action sociale a prononcé à son encontre un blâme.

Sur la légalité de la décision attaquée et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ".

3. Par la décision du 18 janvier 2022, le président du centre communal d'action sociale de Clamecy a prononcé un blâme à l'encontre de Mme B au motif que celle-ci a, lors de la réunion du conseil d'administration en date du 8 décembre 2021, refusé à plusieurs reprises de contacter, à sa demande, d'autres traiteurs pour l'organisation du repas des aînés programmé le 2 avril 2022 et de l'avoir pris à partie de manière très agressive lui reprochant son manque de considération et de soutien, notamment après le dernier cambriolage de l'épicerie sociale. La décision attaquée retient que Mme B a ainsi manqué à l'obligation d'obéissance hiérarchique et à l'obligation de réserve.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B était chargée, au cours de l'année 2021, de l'organisation du repas des aînés dont la date était fixée au 2 avril 2022 et qu'elle a contacté, sur les conseils du traiteur habituel de la commune, le traiteur Maison Picard qui lui a cependant indiqué qu'en raison des règles relatives aux jauges instituées dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, le nombre de convives devrait être limité à 200 personnes. Au cours de la réunion du conseil d'administration du CCAS en date du 8 décembre 2021, Mme B a présenté le document préparatoire relatif au débat d'orientation budgétaire dans lequel elle avait mentionné " () le maintien de l'inscription des personnes habitant la communauté de communes et les - 65 ans, par rapport au contexte (absence de festivités sur 2 ans) peut faire exploser les inscriptions (service du traiteur). Ce dernier ne pourra pas faire face à un record d'inscription. N'est-il pas prudent de ne pas garder ces critères d'inscriptions ' ". Cette présentation a suscité un débat au cours duquel le président du CCAS a demandé à Mme B à ce que d'autres prestataires soient contactés. Si la décision attaquée indique que la requérante a refusé à plusieurs reprises de contacter d'autres traiteurs, la requérante conteste les faits qui lui sont reprochés en indiquant qu'elle avait seulement suggéré de recontacter le traiteur Maison Picard afin d'étudier avec celui-ci la question du nombre d'invités, ce qui est corroboré par l'attestation établie par un membre du conseil d'administration présent au cours de la réunion. En outre, le conseil d'administration qui a débattu de cette question, a décidé de suivre la proposition émise par Mme B. L'administration ne produit en défense aucune pièce de nature à démontrer que la requérante se serait opposée, à plusieurs reprises, à la demande du président du CCAS. Dès lors, les faits relatifs à un manquement à l'obligation d'obéissance hiérarchique ne sont pas établis.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à la fin de la réunion du conseil d'administration du 8 décembre 2021, le président du CCAS a indiqué qu'il était prêt à faire travailler Mme B jusqu'à l'âge de 67 ans et que celle-ci lui a répondu qu'il n'en était pas question " vu le manque de considération ". Puis Mme B a remercié les bénévoles qui participaient au bon fonctionnement de l'épicerie solidaire et s'est adressée au président du centre communal d'action sociale en lui indiquant qu'elle regrettait qu'il ne se soit pas déplacé pour lui demander de ses nouvelles après le cambriolage de l'épicerie solidaire. Ces propos ont été tenus au cours d'une réunion du conseil d'administration du centre communal d'action sociale de Clamecy et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette réunion était publique et que des personnes extérieures au service assistaient à cette réunion. Dès lors, en exprimant ses regrets, au cours de cette réunion, quant au manque de considération qu'elle avait pu ressentir de la part de l'autorité hiérarchique, Mme B ne peut être regardée comme ayant manqué à son devoir de réserve. Par ailleurs, ces propos qui étaient mesurés et n'ont pas été exprimés de manière agressive et en présence de personnes extérieures au service, ont été tenus dans un contexte particulier lié au récent cambriolage de l'épicerie solidaire qui avait profondément affecté Mme B et alors que celle-ci avait pu ressentir un manque de soutien, à cette période, de la part de sa hiérarchie, ainsi qu'elle le soutient dans sa requête. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, ces propos ne sont pas constitutifs d'une faute disciplinaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2022 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Clamecy a prononcé à son encontre un blâme.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que le président du CCAS de Clamecy retire du dossier administratif de Mme B toute mention relative à la sanction prononcée le 18 janvier 2022. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Clamecy la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le centre communal d'action sociale de Clamecy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 janvier 2022 du président du centre communal d'action sociale de Clamecy est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du centre communal d'action sociale de Clamecy de retirer du dossier administratif de Mme B toute mention de la sanction infligée le 18 janvier 2022 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre communal d'action sociale de Clamecy versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre communal d'action sociale de Clamecy sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de Clamecy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La magistrate désignée,

N. C

La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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