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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200848

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200848

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP SEBAN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 mars 2022, 27 janvier et 28 avril 2023, M. D C, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise par le maire de Dijon le 21 février 2022 portant rejet de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre au maire de Dijon de procéder à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, et ce depuis le 12 septembre 2018, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dijon la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, il y a erreur de droit et de fait à ne pas avoir retenu l'imputation au service ;

- à titre subsidiaire, la commune de Dijon devra justifier de la compétence du signataire de la décision litigieuse.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre 2022 et 13 avril 2023, la commune de Dijon, représentée par la SELAS d'avocats Seban et Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que l'injonction soit limitée au réexamen de la demande de M. C, en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2023 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions combinées des articles R. 611-1-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hugez, premier conseiller, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Patrice Beaujard, rapporteur,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Grenier pour M. C et de Me Abbal pour la commune de Dijon.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, diplômé en astronomie, est agent de maîtrise titulaire de la commune de Dijon depuis 1998, et exerce ses fonctions au Jardin des sciences et de la biodiversité depuis 2005 en qualité de responsable technique et multimédias du Planétarium. Il a été placé en congé de maladie par son médecin traitant à compter du 12 septembre 2018, puis en congé de longue durée jusqu'au 12 mars 2020. Par un courrier en date du 18 octobre 2019, M. C a saisi la ville de Dijon d'une demande d'imputation au service de son affection, un syndrome anxiodépressif. Par une décision du 21 février 2022, la ville de Dijon a refusé d'admettre l'imputabilité au service de la pathologie de l'intéressé, et rejeté sa demande. C'est la décision attaquée par M. C dans la présente requête.

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite (), le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ". Ces dispositions sont seules applicables au litige, dès lors que, ainsi que le soutient le requérant lui-même, il y a lieu de se placer, pour déterminer le texte applicable, à la date d'apparition de l'affection, soit en l'espèce le 12 septembre 2018, et qu'à cette dernière date, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires n'étaient pas encore entrées en vigueur, à défaut d'un décret d'application, lequel n'est intervenu que le 10 avril 2019.

3. Une affection contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduise à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Par ailleurs, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé.

4. M. C soutient que son état de santé est dû à la dégradation de ses conditions de travail résultant d'agissements diffamatoires et d'une mise à l'écart progressive par ses collègues et sa supérieure hiérarchique. Il produit, à l'appui de ses allégations un certificat du docteur E, expert près la cour d'appel de Dijon, missionné par la ville de Dijon pour l'examiner, et qui conclut que : " On retiendra donc chez M. D C l'existence d'une dépression d'épuisement imputable au service, mais surtout au climat de déroulement de son quotidien professionnel ", ainsi qu'un certificat de son médecin psychiatre traitant, le docteur A, qui retient que : " En conclusion, M. D C présente de toute évidence un tableau dépressif dans le cadre d'un syndrome d'épuisement professionnel (burn-out professionnel) dont l'imputabilité au service entière et exclusive ne fait pas de doute ". Enfin, la commission de réforme a rendu, le 6 octobre 2021, un avis favorable à l'imputabilité au service de la maladie de M. C.

5. Il est vrai que la commune de Dijon fait valoir pour sa part que les difficultés rencontrées par l'intéressé trouvent en partie leur origine dans le comportement de celui-ci. Il appartient dès lors au juge de rechercher si ce comportement est avéré et s'il a été la cause déterminante de la dégradation des conditions d'exercice professionnel de l'intéressé, susceptible de constituer un fait personnel de nature à détacher la survenance de la maladie du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que les relations entre M. C et sa hiérarchie ont commencé à devenir difficiles à partir de l'année 2015, en raison de tensions nées à la suite d'une initiative, sans accord ni validation de ses supérieurs hiérarchiques, prise par l'intéressé et un second agent concernant la diffusion d'informations incomplètes relatives à la sortie d'un film. Ces tensions se sont par la suite aggravées en raison de comportements " peu professionnels et peu bienveillants " des collègues de M. C à son égard, dont la commune de Dijon reconnaît la réalité dans un courrier du 22 novembre 2018, adressé à l'autre agent, mais faisant état d'informations communes aux deux agents, courrier dont M. C se prévaut expressément et qu'il produit au dossier. Ces comportements ont donné lieu à une intervention personnelle du directeur des ressources humaines invitant les agents du service à adopter " une posture plus professionnelle dans leurs relations ". S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a contribué à la naissance d'une situation conflictuelle au sein du service, en raison d'une certaine rigidité dans l'exercice de ses fonctions et d'une attitude de contestation des directives émanant de ses supérieurs et des projets d'évolution du service, de tels comportements ne sauraient être regardés, au regard notamment des comportements adoptés par d'autres agents du service et dont il a été fait mention ci-dessus, comme constituant la cause déterminante de la dégradation des conditions d'exercice professionnel du requérant, susceptible de constituer un fait personnel de nature à détacher la survenance de sa pathologie du service.

7. Aucun élément du dossier ne permet ainsi de remettre en cause les avis concordants rendus par les différents praticiens ayant eu à connaître du cas de M. C et la commune ne se prévaut d'aucun élément médical susceptible de démontrer l'existence d'un état de santé antérieur préexistant auquel le trouble anxiodépressif dont souffre M. C serait exclusivement imputable. Dans ces conditions, l'affection de M. C doit être regardée comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur l'autre moyen de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 février 2022 par laquelle la commune de Dijon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'affection qu'il a contractée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le trouble anxiodépressif dont souffre M. C soit reconnu imputable au service. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au maire de Dijon et de lui impartir à cet effet un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Dijon la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Dijon au titre des frais d'instance. Les conclusions présentées par la commune de Dijon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision susvisée du 21 février 2022 du maire de Dijon est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Dijon, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de reconnaître imputable au service l'affection de M. C.

Article 3 : La commune de Dijon versera à M. C la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Dijon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune de Dijon.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hugez, premier conseiller, faisant fonction de président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. B, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

P. B

Le premier conseiller, faisant

fonction de président,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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