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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200895

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200895

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BON DE SAULCE LATOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 avril 2022 et 22 mai 2022, M. A C, représenté par la SCP Bon - de Saulce Latour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et a pris en compte un élément non prévu par la loi.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril 2022 et 21 juin 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2019-1387 du 18 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le décret n° 2020-1598 du 16 décembre 2020 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- l'arrêté du 27 septembre 2021 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de nationalité marocaine né le 8 février 1986, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 25 février 2023. Le 30 août 2021, il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une décision du 3 février 2022, le préfet de la Nièvre a rejeté cette demande. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En vertu d'un arrêté du 28 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture, le préfet de la Nièvre a donné délégation à Mme Blandine Georjon, secrétaire générale de la préfecture de la Nièvre, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en matière de regroupement familial. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

3. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

4. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, soit en l'espèce d'août 2020 à juillet 2021 pour une demande déposée le 30 août 2021. En application de l'article 1er du décret n° 2019-1387 du 18 décembre 2019, du décret n° 2020-1598 du 16 décembre 2020, de l'arrêté du 27 septembre 2021 et du décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 visés ci-dessus, le montant mensuel brut du SMIC s'élevait à 1 539,42 euros à compter du 1er janvier 2020, à 1 554,58 euros à compter du 1er janvier 2021, à 1 589,47 euros à compter du 1er octobre 2021 et à 1 603,12 euros à compter du 1er janvier 2022.

5. En l'espèce, il ressort des bulletins de paie produits par le requérant que, sur la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande de regroupement familial, soit d'août 2020 à juillet 2021, il a perçu un revenu mensuel brut moyen de 1 251,92 euros, soit un montant inférieur à la moyenne mensuelle du SMIC brut qui, compte tenu des montants rappelés au point 4, s'élevait à 1 548,26 euros au cours de cette même période. Par ailleurs, le requérant fait valoir que le préfet doit tenir compte de l'évolution des ressources du demandeur et notamment que la période de référence peut être constituée des douze mois qui précèdent la décision du préfet si cette évolution des ressources est favorable. Toutefois, il ressort des bulletins de paie produits que, même en prenant en compte les ressources de M. C sur la période de février 2021 à janvier 2022, son revenu mensuel brut moyen s'élevait à 1 465,71 euros, soit un montant toujours inférieur à la moyenne mensuelle du SMIC brut qui, compte tenu des montants rappelés au point 4, s'élevait à 1 567,35 euros au cours de cette même période. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir du montant de sa rémunération perçue au mois de février 2022, soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Enfin, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que le préfet aurait pris en compte, dans le calcul des ressources de M. C, une dette d'électricité pour laquelle l'intéressé bénéficierait d'une aide de son employeur, ni qu'il aurait ainsi ajouté un critère d'appréciation des ressources non prévu par la loi. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Nièvre, en rejetant sa demande de regroupement familial au motif que les conditions légales de ressources pour un foyer de deux personnes n'étaient pas remplies, aurait commis une erreur de fait ou de droit et une erreur d'appréciation de ses ressources.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 3 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Nièvre.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Zupan, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

S. BLe président,

D. Zupan

La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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