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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200911

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200911

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP LANCELIN & LAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, Mme E A épouse F, représentée par Me Barbier-Trombert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Mâcon a refusé de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mâcon une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- en refusant de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie, alors que sa pathologie actuelle est imputable à une rechute d'accident de service, le directeur du centre hospitalier de Mâcon a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le centre hospitalier de Mâcon, représenté par Me Lambert, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Caille, substituant Me Manya, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui exerce les fonctions d'aide-soignante depuis le 1er septembre 2008 au sein du centre hospitalier de Mâcon, a été victime, le 18 avril 2018, lors d'un effort de soulèvement, d'un accident, à l'origine d'une lombo-sciatalgie gauche, qui a été reconnu imputable au service le 17 mai 2018. L'intéressée a ensuite bénéficié d'un congé de maladie ordinaire du 19 avril 2018 au 5 avril 2019 puis d'un congé de maternité du 6 avril au 30 juillet 2019 et, enfin, d'un nouveau congé de maladie ordinaire du 31 juillet 2019 au 30 octobre 2020, date à laquelle son médecin traitant a estimé que son état de santé était consolidé " avec séquelles ". Mme A a alors soldé ses congés annuels du 30 octobre 2020 au 6 janvier 2021.

2. Le 7 janvier 2021, Mme A a sollicité la reconnaissance d'une " rechute " de son accident de service du 18 avril 2018. Après avoir recueilli, le 5 octobre 2021, l'avis défavorable de la commission de réforme hospitalière, le directeur du centre hospitalier de Mâcon a décidé, le 8 octobre 2021, de rejeter cette demande et de prendre en charge " ses arrêts et soins " à partir du 7 janvier 2021 " au titre de la maladie ordinaire ". Par un jugement n° 2103118 du 8 août 2023, devenu définitif, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de cette décision du 8 octobre 2021 en estimant, notamment, que la symptomatologie ayant justifié le congé de maladie ordinaire relevait d'une hernie discale droite, sans lien avec le service et en lien exclusif avec un état propre à l'intéressée, et n'était pas identique à celle qui, à gauche, avait été causée par l'accident de service du 18 avril 2018. Par une décision du 19 novembre 2021, le directeur du centre hospitalier de Mâcon a ensuite prolongé le placement de Mme A en congé de maladie ordinaire, à demi-traitement, pour la période allant du 7 juillet au 30 septembre 2021.

3. Le 3 décembre 2021, Mme A a demandé au centre hospitalier de Mâcon de lui accorder le bénéfice d'un congé longue maladie, pour une durée de six mois, du 1er décembre 2021 au 1er juin 2022. Par une décision du 10 février 2022, dont la requérante demande l'annulation, le directeur du centre hospitalier de Mâcon a rejeté cette demande et décidé que les " arrêts et soins à partir du 1er décembre 2021 sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite à comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 211-6 de ce code : " Les dispositions du présent chapitre ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ". L'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 dispose que : " () Les avis sont émis à la majorité des membres présents. Ils doivent être motivés, dans le respect du secret médical ".

5. D'autre part, l'article L. 1110-4 du code de la santé publique dispose que : " I. - Toute personne prise en charge par un professionnel de santé, un établissement ou service, un professionnel ou organisme concourant à la prévention ou aux soins dont les conditions d'exercice ou les activités sont régies par le présent code () a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant ". Aux termes de l'article R. 4127-104 du même code : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent () ". L'article L. 1111-7 de ce code dispose que : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé, détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé par des centres de santé, () qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers ".

6. Il résulte des dispositions citées aux points 4 et 5 que la décision refusant d'accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie, dont l'attribution constitue pour le fonctionnaire concerné un droit s'il remplit les conditions légales pour l'obtenir, doit être motivée sans porter préjudice au secret médical prévu par les dispositions du code de la santé publique. L'administration ne peut dès lors que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis émis par les médecins chargés du contrôle médical -qui peut être soit retranscrit dans la décision soit joint à cette décision soit avoir été précédemment adressé à l'intéressé-, lequel avis, dès lors qu'il est destiné à l'administration, peut notamment se limiter à apprécier l'imputabilité au service, ou non, d'une pathologie. Il est cependant loisible à l'intéressé de demander la communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de la décision attaquée et du courrier de notification l'accompagnant, que la décision du 10 février 2022 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au regard des exigences spécifiques de motivation analysées au point 6. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :

8. Aux termes de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () ".

9. Aux termes de l'article 21 bis, alors en vigueur, de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service défini () au () II (..) du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".

10. Mme A soutient qu'en refusant de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie, alors que sa pathologie actuelle est imputable à une rechute d'accident de service, le directeur du centre hospitalier de Mâcon a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte des dispositions citées aux point 8 et 9 que l'imputabilité au service ne constitue pas une condition d'octroi d'un congé de longue maladie, lequel dépend du caractère invalidant et de gravité confirmée de la pathologie à l'origine d'une impossibilité pour l'agent d'exercer ses fonctions. Le moyen, analysé au point 10, invoqué par la requérante est donc inopérant et doit être écarté pour ce motif.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Mâcon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme A au titre des frais que celle-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A le versement de la somme que demande le centre hospitalier de Mâcon au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Mâcon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse F et au centre hospitalier de Mâcon.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Bois, première conseillère,

- M. C, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

P. CLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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