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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200922

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200922

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantN DIAYE CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2022, Mme D C, représentée par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou, à défaut, d'un an, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il devra être justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- cette dernière a été prise en violation de l'article 7 bis b) de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 9 de la même convention ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 6 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- elle a également été prise en violation de l'article 7 de la même convention ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale dès lors que la décision de refus de séjour est illégale ;

- elle entraine des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur le droit au respect de sa vie privée et familiale, en l'absence de risque de fuite et alors qu'elle présente des garanties de représentation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale dès lors que les autres décisions sont illégales ;

- elle méconnait l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

Par un mémoire en défense, enregistré le19 avril 2022, le préfet de de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifiée ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante algérienne née en 1960, est entrée en France en mars 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande de certificat de résidence " vie privée et familiale ", en qualité de parent d'enfant français, qui a été rejetée par arrêté du 24 janvier 2018 portant en outre obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Le recours de Mme C contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Dijon du 29 mars 2018. La mesure d'éloignement n'a cependant pas été exécutée et Mme C est restée en France. Elle a sollicité le 29 mai 2020 un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué, en date du 7 mars 2022 le préfet de Saône-et-Loire lui en a refusé la délivrance, lui a de nouveau prescrit l'obligation de quitter le territoire français, cette fois sans délai, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné à Mme A I, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de ce service, et notamment les décisions relatives au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ; () ".

4. Si Mme C soutient qu'elle est à la charge de ses fils, ressortissants français, il est constant qu'elle ne séjournait pas régulièrement en France lors de sa demande de certificat de résidence. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, la décision attaquée ne se fonde pas sur l'absence de visa de long séjour. Mme C ne peut dès lors utilement soutenir qu'en lui opposant un tel motif, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de l'article 9 de l'accord franco-algérien.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes, par ailleurs, de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

7. Mme C a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 56 ans. Il ressort des pièces du dossier que ses deux plus jeunes fils, B et F, nés en France respectivement en 1989 et 1991, sont de nationalité française. Mme C demeure chez l'aîné, qui est marié et père de deux enfants français, et héberge également son frère. Mme C se prévaut également de la présence d'un autre fils majeur, G, dit H, né d'une précédente union et quant à lui de nationalité algérienne, qui séjourne en France en situation irrégulière mais serait père d'un enfant français, né de sa relation avec une ressortissante française. Elle n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier l'intensité des liens qu'elle aurait conservés avec ce fils et ce petit-fils, dont elle n'a pas même déclaré la présence en France lors de sa demande de titre de séjour. Il n'est pas davantage produit d'élément permettant d'apprécier l'insertion sociale de Mme C. Ainsi, à supposer qu'elle n'ait conservé aucun lien familial ou personnel en Algérie, où elle a vécu l'essentiel de son existence, le préfet, qui a examiné d'office si l'intéressée pouvait prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6 5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, n'a pas méconnu ces stipulations, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant la délivrance d'un certificat de résidence à Mme C au titre de sa vie privée et familiale.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certifi.cat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ". Mme C, outre qu'elle n'a pas demandé un certificat de résidence sur le fondement de ces dispositions, indique elle-même être à la charge financière de ses fils, et ne justifie pas disposer de moyens d'existence suffisants. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut dès lors être accueilli.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

9. En premier lieu, la décision refusant d'admettre Mme C au séjour n'encourant pas la censure eu égard à ce qui précède, l'intéressée n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Ces dispositions ne subordonnent le prononcé d'une mesure d'éloignement ni à l'existence d'un risque de fuite, ni à l'absence de garanties de représentation. Si Mme C soutient que la décision d'éloignement entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son droit au respect de la vie privée et familiale, il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'elle ne justifie pas d'une vie privée et familiale en France d'une ancienneté et d'une intensité telles que la décision porterait une atteinte excessive à ce droit. La décision n'apparait pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. L'illégalité de cette mesure d'éloignement n'ayant pas été démontrée, Mme C en excipe vainement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision désignant le pays de destination.

12. Pour le reste, Mme C ne précise pas en quoi les dispositions du droit national applicables à sa situation seraient contraires à l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qu'elle n'est pas fondée à invoquer directement.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 7 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de de Saône-et-Loire.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. David Zupan, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La rapporteure,

M.-E. E

Le président,

D. ZUPAN

La greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au préfet de de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition

La greffière,

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