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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200932

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200932

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCIUFFA JEANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 avril 2022 et 6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Ciuffa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Nièvre lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toutes catégories, lui a ordonné de se dessaisir de ses armes de catégorie et a prescrit son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;

2°) d'ordonner la suppression de son nom du fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes et la restitution de ses armes et munitions ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- cet arrêté est entaché d'inexactitudes matérielles, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ont été classés sans suite ou n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales et que l'énumération des armes qu'il détient est erronée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en estimant qu'il détenait illégalement des armes alors que leur acquisition était dispensée de toute formalité ;

- cette mesure est injustifiée ;

- il subit un préjudice moral qu'il évalue à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens invoqués n'est fondé ;

- à titre principal, les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, le préjudice moral allégué n'est pas établi.

Par une ordonnance du 28 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet de la Nièvre a interdit à M. B d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toutes catégories, lui a ordonné de se dessaisir de ses armes de catégorie et a prescrit son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation, et sollicite l'indemnisation de son préjudice moral. Il doit également être regardé comme demandant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Nièvre de lui restituer ses armes ainsi que ses munitions, et de procéder à la suppression de son nom du fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui ". Par ailleurs, l'article L. 312-11 de ce code prévoit : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir ". En vertu de l'article R. 312-67 dudit code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : 1° Le demandeur ou le déclarant se trouve dans une situation prévue aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 312-16 ; / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ". Selon l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : () 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. () ".

3. En premier lieu, la circonstance, à la supposer avérée, que M. B n'ait pas fait l'objet de poursuites pénales pour infraction à la législation des stupéfiants est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige, fondé uniquement sur les faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité commis en mai 2020.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, en mai 2020, d'une plainte pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Selon le rapport administratif du 6 septembre 2021, au terme duquel l'officier de police judiciaire a émis un avis défavorable à la détention d'armes par l'intéressé, ce dernier a " menacé un voisin verbalement puis avec une arme de chasse, en tirant à deux reprises, sans qu'il puisse être déterminé de façon certaine que les projectiles aient atterris sur le logement de la victime ". Si ces faits ont été classés sans suite le 21 décembre 2021 après la mise en œuvre d'une médiation pénale, M. B se borne, dans le cadre de la présente instance, à affirmer qu'il n'y a eu " aucune violence ", sans s'expliquer sur le déroulé des faits tels que présentés dans le rapport administratif. Ainsi, il ne conteste pas sérieusement avoir tiré à deux reprises avec une arme de chasse lors d'une altercation de voisinage, de sorte que la matérialité des faits doit être regardée comme établie.

5. En troisième lieu, quand bien même les faits relatés ci-dessus s'inscriraient dans un ancien conflit de voisinage et n'ont pas donné lieu à poursuites pénales, la procédure ayant été classée sans suite après mise en œuvre d'une médiation pénale, ils demeurent récents à la date de la décision attaquée et révèlent un manque avéré de maîtrise de soi. Ainsi, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en estimant que le comportement de l'intéressé était incompatible avec la détention d'une arme.

6. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué indique que M. B détient " illégalement " cinq armes : deux fusils de chasse, calibre 16 mm de la marque Helice sans référence numérique, deux fusils de chasse de marque ignorée et de références respectives 13045 et J739, ainsi qu'une carabine de calibre 9 mn, de la marque Verney Caron sans référence numérique. Ces éléments sont corroborés par le rapport administratif du 6 septembre 2021 établi à la suite de la saisie des armes de M. B. Si le requérant fait valoir que cette énumération est erronée dès lors qu'il possède, notamment, une " carabine de jardin à verrou calibre 12 " de la marque Saint-Etienne, les deux attestations dont il se prévaut, rédigées par sa mère et sa conjointe, ne suffisent pas à remettre en cause les constatations du rapport administratif.

7. En dernier lieu, M. B soutient que les armes qu'il possédait pouvaient l'être sans formalité administrative. Toutefois, si l'arrêté attaqué relève en effet que l'intéressé détenait " illégalement " cinq armes, il ne ressort pas de la motivation en litige, ni même des écritures en défense que le préfet de la Nièvre ait entendu se fonder sur un tel motif. En tout état de cause, l'illégalité alléguée d'un tel motif surabondant est sans portée utile, dès lors que les faits exposés aux points 4 sont, par eux-mêmes, de nature à justifier la mesure litigieuse.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

10. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait saisi l'administration d'une demande préalable tendant à la réparation des préjudices qu'il allègue avoir subis. Ses conclusions indemnitaires sont dès lors irrecevables, ainsi que le fait valoir à bon droit le préfet de la Nièvre en défense, et doivent, par suite et en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Nièvre.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200932

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