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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200940

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200940

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, la société Alexandre Basson Immobilier, représentée par la SCP Chaton-Grillon-Brocard-Gire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le maire de Dijon a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'une résidence étudiante avec démolition du bâtiment existant ;

2°) d'enjoindre au maire de Dijon de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dijon le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son projet est conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dès lors que le terrain d'assiette est situé à l'angle de deux voies et qu'en conséquence, il bénéficie d'une double bande de constructibilité ;

- la construction projetée s'insère correctement dans son environnement et ne méconnaît pas l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, ce dernier ne classant pas le bâtiment existant en tant que patrimoine d'intérêt local ;

- aucune des dispositions de ce règlement n'impose la surélévation des rez-de-chaussée et l'aménagement de celui-ci en dessous de la cote altimétrique du fond de trottoir n'entraînera pas une atteinte à la qualité des sites et des paysages, ni aux conditions d'habitabilité des logements ;

- les eaux pluviales seront infiltrées grâce à des puisards sous le dallage du bâtiment, de sorte qu'il n'est pas établi que la construction rendrait difficile la gestion des eaux de ruissellements ;

- les arbres prévus par le projet seront plantés de manière à ne pas nuire à leur croissance et aux conditions d'habitabilité des balcons et des jardins.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, la commune de Dijon, représentée par Me Férignac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Alexandre Basson Immobilier la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de ce que le projet bénéficie d'une double bande de constructibilité et doit en conséquence s'implanter avec un retrait au moins égal à la moitié de sa hauteur par rapport aux limites séparatives latérales est fondé ;

- il peut être procédé à une substitution de ce motif erroné en relevant que le projet ne respecte pas pour autant la règle prévue à l'article 5 applicable dans la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme, laquelle impose l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques dans une bande d'implantation comprise entre 2 et 6 mètres à compter de l'alignement ou de la limite des voies ;

- aucun des autres moyens invoqués n'est fondé.

Par courrier du 8 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 27 octobre 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Me Gire, représentant la société Alexandre Basson Immobilier et celles de Me Monin, représentant la commune de Dijon.

Considérant ce qui suit :

1. La société Alexandre Basson Immobilier a demandé, le 6 octobre 2021, un permis de construire en vue de la construction d'une résidence étudiante avec démolition du bâtiment existant sur une parcelle cadastrée BW 179, située dans l'angle de la rue de Mirande et de la rue Henri Joly à Dijon. Par un arrêté du 26 novembre 2021, le maire de Dijon a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. La société Alexandre Basson Immobilier demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 26 novembre 2021 :

2. En premier lieu, aux termes du règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal - habitat déplacements de Dijon Métropole, un coefficient d'espaces de pleine terre de 0,3 est applicable au terrain d'assiette du projet. En vertu du lexique du règlement du plan local d'urbanisme, l'espace de pleine terre correspond à un " espace non bâti, perméable et végétalisé en lien direct avec les strates naturelles du sol. Les ouvrages d'infrastructures profonds (réseaux, canalisations) et les conduits d'infiltration des eaux pluviales de rétention ne sont pas de nature à disqualifier un espace en pleine terre ". Aux termes de l'article 4 relatif aux espaces verts et applicable à la zone urbaine du règlement littéral : " () Il est exigé la plantation d'un arbre pour 100 m² de pleine terre. () ". Le lexique du plan local d'urbanisme définit l'arbre de haute tige comme " toute espèce ayant plus de 7 m de haut à l'état adulte. Ces arbres seront à planter dans un volume de terre végétale suffisant pour permettre leur bon développement, soit au minimum L=2,5 m x l=2,5 m x P=1,5 m ".

3. Il ressort de la notice architecturale jointe au dossier de permis de construire que la superficie des espaces de pleine terre prévue par le projet est de 163,92 mètres carrés, soit plus de 30% de la surface du terrain d'assiette, qui s'élève à 540 mètres carrés. Afin d'assurer le respect de la règle imposant la plantation d'un arbre pour 100 mètres carrés de pleine terre, le pétitionnaire doit prévoir, en l'espèce, la plantation d'un arbre au minimum. Selon le plan de masse joint au projet architectural, la société Alexandre Basson Immobilier prévoit de planter cinq saules marsaults pleureurs (salix capres pendula), dont trois à une distance d'environ 50 centimètres du surplomb des balcons du premier étage de l'immeuble, situés à environ 2,70 mètres du sol. Contrairement à ce qu'a estimé le maire de Dijon, il n'est pas établi que l'essence d'arbre choisie, qui atteint une hauteur très modeste à l'âge adulte, ne pourrait se développer correctement et être, le cas échéant, taillée avant d'atteindre les balcons en surplomb. Au surplus, il est constant que deux arbres ne seront pas situés à l'aplomb des balcons. Si la commune fait valoir en défense que l'arbre situé au Nord de la construction ne sera pas planté dans un volume de terre suffisant pour permettre son bon développement, soit au minimum 2,5 mètres de longueur, 2,5 mètres de largeur et 1,5 mètres de profondeur, il est constant qu'une telle règle, posée par le lexique du plan local d'urbanisme, ne s'applique qu'aux arbres de " haute tige ", ce qui n'est pas le cas de l'essence salix capres pendula, qui n'atteint pas 7 mètres de haut à l'état adulte. Par suite, la société Alexandre Basson Immobilier est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de Dijon a estimé que son projet ne respectait pas la règle qui oblige le pétitionnaire à planter un arbre pour 100 mètres carrés de pleine terre.

4. En deuxième lieu, selon le règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal, le terrain d'assiette du projet est identifié au sein des " tissus urbains périphériques ". L'article 5 du règlement littéral relatif à l'implantation des constructions dans la zone urbaine prévoit, dans sa version applicable : " () Dispositions générales / Implantation par rapport aux limites séparatives / La règle d'implantation par rapport aux limites séparatives s'applique de manière différenciée en fonction : / - des limites séparatives latérales ou de fond ; / - de la bande de constructibilité principale, d'une profondeur de 21 m, mesurée perpendiculairement à partir des voies et espaces publics / - de la hauteur de la construction en cas de retrait, mesurée depuis le niveau de l'espace public ou du terrain naturel, selon les mêmes modalités qu'à l'article 6. / La règle ne s'applique pas : () - () aux accès en rez-de-chaussée () ainsi qu'à toute saillie de 1,50 m au plus par rapport au mur de façade ; / () Dans les tissus urbains périphériques / () Dans la bande de constructibilité principale, les constructions pourront s'implanter : / - en retrait des limites latérales, avec un recul au moins égal à la moitié de la hauteur, sans être inférieur à 3 m ; / - sur les limites séparatives latérales. / () Au-delà de la bande de constructibilité principale et dans tous les cas par rapport aux limites de fond, les constructions devront observer un recul au moins égal à leur hauteur, sans être inférieur à 3 m. () ". Selon le lexique du règlement du plan : " il est défini une bande de constructibilité, dite principale, d'une profondeur de 21 m mesurée depuis l'alignement. / Au-delà des 21 m, est définie une bande de constructibilité dite secondaire ". Ce lexique définit également les " limites séparatives latérales " comme étant les " limites entre le terrain d'assiette de la construction, constitué d'une ou plusieurs unités foncières et le ou les terrains contigus. Elles peuvent être distinguées en deux types : / - les limites latérales qui donnent sur emprises publiques ou les voies au sens du code de la voirie routière, / - les limites de fond de parcelle qui se situent généralement à l'opposé des limites de l'espace public. / En sont exclues les limites de l'unité foncière par rapport aux voies et emprises publiques ". Enfin, sont considérés comme des " ouvrages en saillie " par le règlement littéral les " oriels (fenêtre en encorbellement), balcons, auvents, corniches, garde-corps, rambardes, escaliers extérieurs, cheminées, canalisations extérieur ".

5. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Dijon a estimé que la construction, d'une hauteur de 6,99 mètres, est partiellement implantée au-delà de la bande de constructibilité principale, mesurée perpendiculairement à partir de l'alignement de la rue de Mirande, et qu'en conséquence, le retrait de 3,81 mètres par rapport à la limite latérale Est du terrain, inférieure à la moitié de la hauteur de la construction, méconnaît les règles d'implantation précitées.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe à l'angle de deux voies publiques, la rue de Mirande et la rue Henri Joly. Dans le cas d'une construction édifiée à l'angle de deux rues et en l'absence de règle spéciale contenue dans le plan local d'urbanisme intercommunal, la bande de constructibilité principale d'une profondeur de 21 mètres depuis l'alignement prévue par ces dispositions peut être déterminée à partir de l'alignement de l'une ou l'autre voie. Or, le plan de masse du projet fait apparaître qu'au regard de l'alignement de la rue Henri Joly, le projet s'implante dans la bande de constructibilité principale. Il s'ensuit que les règles de prospect prévues pour les constructions édifiées au-delà de la bande de constructibilité principale ne s'appliquent pas à l'immeuble que projette de construire la société Alexandre Basson Immobilier, ce qu'admet d'ailleurs expressément la commune de Dijon dans son mémoire en défense. La construction devait dès lors observer, par rapport à la limite séparative latérale Est, un recul au moins égal à la moitié de sa hauteur sans être inférieur à 3 mètres, soit, en l'espèce, 3,50 mètres au minimum. Par suite, la société Alexandre Basson Immobilier est fondée à soutenir que le maire de Dijon a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en lui opposant le motif précité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : " L'esprit de la règle / L'article 7 "Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère" regroupe les dispositions relatives à l'aspect des constructions et au traitement de leurs abords. Elles visent : / - à veiller à l'intégration des constructions nouvelles dans leur cadre bâti et paysager environnant, notamment en termes d'impact visuel depuis les rues et espaces publics ; / - à permettre la créativité et l'innovation architecturales, y compris pour les travaux d'extension ou de surélévation des constructions existantes, au travers d'un dialogue entre architecture traditionnelle et contemporaine ; / - à assurer des interfaces qualitatives entre espaces publics et privés, au regard du traitement des rez-de-chaussée, des clôtures et espaces libres de constructions ; / - à participer à l'amélioration du cadre et de la qualité de vie par un renforcement de la présence végétale, la prise en compte du confort thermique et des dispositifs favorables à la biodiversité. / - au maintien des caractéristiques spécifiques ou patrimoniales des tissus urbains, en complément des dispositions graphiques du règlement (patrimoine d'intérêt local) et des autres documents de préservation et de valorisation du patrimoine. / Dispositions générales / Les expressions architecturales doivent en particulier résulter de la mise en œuvre de la démarche de développement durable et de qualité environnementale concernant l'aspect extérieur des constructions et l'aménagement des abords / Les constructions nouvelles () doivent par leur situation, leur dimension ou leur aspect extérieur participer à la préservation et à la mise en valeur du cadre bâti environnant et des paysages naturels et urbains locaux, sans exclure l'architecture contemporaine. / Les exhaussements ou affouillements de terrain qui nuisent à la qualité des sites et des paysages sont interdits. () Traitement des façades / Insertion et visibilité depuis l'espace public / L'ensemble des façades visibles depuis l'espace public devra bénéficier d'un traitement de qualité équivalente. / Les retraits ou saillies par rapport au plan de la façade pourront être refusés s'ils portent atteinte à la qualité du cadre bâti environnant. / Les façades aveugles visibles depuis l'espace public devront faire l'objet d'un traitement particulier afin de limiter les effets de barrière. Leur végétalisation est encouragée. / Teinte, matériaux, revêtement / L'emploi à nu de matériaux destinés à être recouverts, tels que les carreaux de plâtre, les parpaings ou les briques creuses, est interdit. Cette disposition s'applique également aux clôtures. / L'emploi de plusieurs matériaux et de plusieurs teintes doit s'inscrire en cohérence avec la composition et l'écriture architecturale du projet (modénature, rythme de la façade, jeu des volumes et des ouvertures). / Les teintes employées font l'objet de prescriptions spécifiques au sein de certains ensembles urbains afin de préserver leur caractéristique patrimoniale et leur harmonie. Ces ensembles urbains et les teintes utilisables figurent en annexe des cahiers communaux relatifs au patrimoine d'intérêt local. / Ouvertures / Les baies et percements doivent participer à la qualité de la composition de la façade, de l'aspect extérieur de la construction ainsi qu'à son confort intérieur. / En cas d'occultation des baies par des volets roulants, les coffrets seront dissimulés à la vue depuis l'espace public par une pose à l'intérieur de la construction, la mise en place d'un lambrequin dans le plan de façade ou de tout autre dispositif adapté. / Traitement des toitures / Les toitures doivent être considérées comme " la cinquième façade " du bâtiment et traitées avec soin. Elles doivent présenter une certaine simplicité de volume et s'intégrer dans l'épannelage général du front de rue, sans exclure les jeux de volume liés à une architecture contemporaine. / Les ouvrages techniques propres à la construction doivent soit être dissimulés, soit constituer un élément de la composition architecturale. / Les baies de toiture doivent être intégrées à la composition architecturale d'ensemble. / La végétalisation des toitures terrasses est encouragée. La création de toitures terrasses pourra être refusée si leur aspect compromet la bonne intégration de la construction dans le cadre bâti environnant, notamment dans les tissus anciens et bourgs historiques des communes. / Traitement des rez-de-chaussée et soubassement / Les linéaires aveugles en rez-de-chaussée en limite de l'espace public sont à limiter et devront comporter des baies, ouvertures, éléments ajourés ou végétalisés ou faire l'objet d'un traitement particulier permettant l'animation de la façade, y compris en cas de réalisation de stationnements en rez-de-chaussée ou semi-enterrés. / Le traitement des ouvertures (halls d'entrée, portes et baies) doit participer à la valorisation des rez-de-chaussée. Les portes de garage et les rampes d'accès aux stationnements souterrains et aériens ne doivent pas nuire à la perception visuelle des rez-de-chaussée depuis l'espace public. / Dans le cas de terrains ou de voies en pente, les soubassements des constructions et les murs de soutènement doivent former un ensemble cohérent qui s'intègre ou dialogue avec le reste de la construction et s'insère dans le paysage environnant. () ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres ". Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de Dijon Métropole expose que des éléments bâtis ont été identifiés comme " patrimoine d'intérêt local " au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, tels que les " pavillons du début du XXe siècle ", qui, s'ils ne sont pas expressément localisés aux documents graphiques, doivent faire l'objet d'une attention particulière. A ce titre, le document " Patrimoine d'intérêt local / Pavillons "début du XXe siècle" et pavillons "Castors" " du règlement prévoit que : " Ces fiches s'appliquent à toutes les constructions qui relèvent de ces types, non localisées sur le plan de zonage car réparties de manière diffuse au sein de l'urbanisation. Elles permettront d'apprécier la qualité et la compatibilité des interventions projetées sur tout ou partie des constructions, sans toutefois empêcher leur démolition pour laisser place à un projet dont la qualité devra alors être démontrée par les pièces requises au moment de la demande d'autorisation, en particulier le volet paysager (vues avant/après) ". La fiche " Pavillons "du début de XXe siècle" " indique que " ces pavillons datés du début du XXème siècle () prennent des formes variées mais présentent des caractéristiques communes qui les distinguent des pavillons réalisés ultérieurement et leur donnent une identité propre. Leur concentration le long de certaines voies confère au paysage urbain de ces quartiers un attrait et une qualité particulière. Leur intérêt réside moins dans une architecture ou des éléments exceptionnels que dans la combinaison de plusieurs caractéristiques aboutissant à un type aisément reconnaissable, plutôt valorisant et représentatif d'une période de l'urbanisation communale (et intercommunale). Leur préservation contribue à éviter la trop grande banalisation du paysage urbain que produirait l'uniformisation des constructions ou au contraire, l'accroissement de leurs disparités. / Les principales caractéristiques architecturales constitutives de ce type de pavillon, qui méritent à ce titre une attention particulière en cas de travaux, sont : / - une implantation fréquente en pignon sur rue, mais parfois aussi sur le long pan ; / - un plan rectangulaire comprenant un seul niveau et des combles aménageables ; / - une toiture à deux pans assez pentus, avec ou sans croupe coiffant le pignon, admettant des ruptures de pente d'ampleur limitée ou des prolongement en appentis ; / - une couverture en tuiles mécaniques rouge-brun, plutôt rouges que brunes ; / - des façades enduites de teinte claire (blanc cassé) ; / - des baies verticales oblongues, plus rarement de proportions carrées (surtout en pignon ou au premier étage) et ordonnancées sur la façade ; / - des encadrements de baies marqués par un léger relief ; / - des menuiseries peintes en blanc ou grenat, n'excluant pas d'autres teintes (bleu, vert) ; / - ponctuellement, des ornements seyants avec le style des constructions : linteaux arqués et ornés de briques, marquise, verrière. / L'intérêt patrimonial de ces pavillons est à la fois : / - architectural, comme témoignage des constructions locales représentatives de cette période, identifiable à ce type ; / - socio-économique, en tant que forme historique d'accession sociale à la propriété ". Les dispositions particulières du règlement littéral du plan prévoient, s'agissant de la protection du patrimoine d'intérêt local : " Le patrimoine d'intérêt local identifié aux documents graphiques au titre de l'article L.151-19 du code de l'urbanisme est soumis aux règles suivantes : / - en application de l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme, la démolition totale ou partielle d'un bâtiment, ensemble de bâtiments doit faire l'objet d'une autorisation préalable. / () L'intérêt patrimonial global des éléments de patrimoine repérés aux documents graphiques se fonde sur le descriptif établi dans les cahiers communaux "Patrimoine d'intérêt local". / Ils comprennent également : / - des fiches relatives d'une part, aux pavillons caractéristiques du début du XXème siècle et d'autre part, aux pavillons "Castors" présents sur le territoire et non localisés aux documents graphiques, / - des prescriptions chromatiques complémentaires affectant le traitement des façades sur certains secteurs du territoire ".

9. En l'espèce, le maire de Dijon a estimé que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme précité aux motifs, d'une part, que la forme architecturale de la construction porte atteinte à l'identité du quartier, et, d'autre part, que l'aménagement du rez-de-chaussée en dessous du niveau de la cote de fond de trottoir nuit à la qualité des sites et des paysages, dès lors qu'il rompt l'ordonnance des constructions voisines et altère ainsi " la qualité du quartier ", les " conditions d'habitabilité des logements " ainsi que les " modalités de gestion des eaux de ruissellement de l'opération ".

10. Eu égard aux dispositions citées au point 7 du règlement du plan local d'urbanisme applicable, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

11. En l'espèce, la société Alexandre Basson Immobilier a pour projet d'édifier une résidence étudiante de vingt-deux logements répartis sur deux étages, pour une hauteur totale au faîtage d'environ quatorze mètres et une surface de plancher de 708 mètres carrés. S'il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme que le quartier est au nombre des secteurs répertoriés comme " lotissement ancien / quartier jardin ", lesquels sont " constitués de maisons de ville avec jardin dans les faubourgs et des anciens lotissements ouvriers () qui gardent une certaine unité avec un parcellaire cohérent, une trame viaire ordonnancée et des implantations homogènes ", le projet se situe à proximité immédiate, à l'Ouest, d'une zone de " tissu composite " selon l'expression de ce même rapport, qui la caractérise par " une mixité des typologies bâties () avec des constructions moins ordonnancées et des implantations aléatoires par rapport aux voies ". Les photographies versées aux débats, de même que les vues disponibles sur le site internet " google maps ", accessible tant aux juges qu'aux parties, font apparaître que le terrain est situé à l'extrémité nord d'une zone pavillonnaire sans unité architecturale affirmée et donne sur une portion de la rue de Mirande bordée majoritairement de petits immeubles collectifs de type R+2 à R+5. Ainsi, l'environnement urbain du projet est, comme le relève d'ailleurs expressément le maire de Dijon dans son arrêté, marqué par une grande disparité de styles architecturaux. La commune de Dijon fait néanmoins valoir que le projet aura pour effet de démolir un pavillon " daté du début du XXème siècle ", identifié comme " patrimoine d'intérêt local " sur le fondement de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, et que plusieurs autres pavillons du même type sont implantés dans ce secteur. Toutefois, s'il existe un pavillon du début du XXème siècle situé de l'autre côté de la rue en face du terrain d'assiette, la majorité des autres pavillons identifiés par la commune est disséminée dans des rues adjacentes éloignées du projet. En outre, il ressort des pièces du dossier que le pavillon à démolir était auparavant utilisé par un établissement bancaire qui en a déjà considérablement altéré l'aspect et que certains de ses éléments architecturaux caractéristiques sont repris ou rappelés par les éléments de la construction projetée, comme l'implantation en pignon sur rue, la toiture à deux pans avec une couverture en terre cuite rouge nuancé, les façades enduites ton pierre avec, sur certaines d'entre elles, une bande de pierre en parement ton champagne ainsi que des baies verticales oblongues ordonnancées sur la façade. Du reste, l'avis émis le 15 octobre 2021 par l'architecte des bâtiments de France, consulté sur le projet, ne comporte aucune observation particulière, que ce soit à propos du bâtiment à démolir ou de l'impact visuel de la construction envisagée sur les éléments patrimoniaux identifiés au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, compte tenu tant de sa localisation, de ses dimensions et de sa qualité architecturale, respectueuse de l'identité du bâti antérieur, l'immeuble projeté par la société Alexandre Basson Immobilier n'apparaît pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt du quartier, notamment en considération du patrimoine d'intérêt local " Pavillons du début du XXème siècle ".

12. En outre, il ressort des plans de façade que le rez-de-chaussée de la construction sera aménagé pour partie en dessous du niveau du trottoir de la rue de Mirande et de la rue Henri Joly. Toutefois, et dès lors que, ainsi qu'il a été dit, le secteur d'implantation est dépourvu d'unité, cette seule circonstance n'est pas suffisante pour établir que les affouillements prévus par le projet nuiraient au paysage urbain, dépourvu de qualité particulière, cela quand bien même, ainsi que l'a relevé le maire de Dijon, de nombreuses constructions dans l'environnement proche seraient construites sur vide sanitaire et disposeraient d'un rez-de-chaussée surélevé par rapport à la cote de fond de trottoir. S'il est prévu que plusieurs logements soient aménagés au rez-de-chaussée, ces derniers disposeront de grandes baies vitrées et, pour certains, d'un jardin privatif, de sorte que la société requérante est fondée à soutenir que ce choix architectural n'induit pas des " conditions d'habitabilité " dégradées, de telles considérations ne faisant, au surplus, nullement partie des règles d'urbanisme dont l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme précité, qui fonde seul ce motif de l'arrêté attaqué, impose le respect.

13. Enfin, si la commune de Dijon fait valoir qu'elle est soumise à un plan de prévention des risques d'inondation par ruissellement et par débordements de cours d'eau, adopté le 7 décembre 2015, lequel est librement accessible sur le site internet de Dijon Métropole, le terrain d'assiette n'est soumis à aucun aléa particulier à ce titre. En outre, il n'est pas établi que les trois puisards prévus sous le dallage du bâtiment projeté ne suffiront pas à assurer l'évacuation des eaux de pluie et exposeraient ainsi la construction à un risque particulier d'inondation. Dans ces conditions, à supposer que le maire de Dijon ait entendu, par l'incise laconique selon laquelle la création de rez-de-chaussée en dessous du niveau du trottoir nuit " aux modalités de gestion des eaux de ruissellement ", se fonder en réalité sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, aux termes desquelles : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ", un tel motif n'est pas de nature à justifier le refus de permis de construire opposé à la société Alexandre Basson Immobilier.

14. Il résulte de ce qui précède que tous les motifs opposés par le maire de Dijon pour refuser le permis de construire sollicité par la société Alexandre Basson Immobilier sont entachés d'illégalité.

En ce qui concerne la substitution de motif demandée par la commune :

15. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

16. Dans son mémoire en défense, dûment communiqué à la société requérante, la commune de Dijon demande au tribunal que soit substitué aux motifs initiaux de la décision attaquée celui tiré de la méconnaissance de la distance d'implantation prévue par l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

17. Aux termes de l'article 5 relatif à l'implantation des constructions dans la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dans sa rédaction alors en vigueur : " Dispositions générales / Implantation par rapport aux voies et espaces publics / La règle d'implantation s'applique par rapport : / - aux voies publiques et privées ouvertes à la circulation publique et aux emprises publiques, / - aux emplacements réservés pour création ou alignement de voirie. / La règle d'implantation par rapport aux voies et espaces publics ne s'applique pas () / - () aux accès en rez-de-chaussée () ainsi qu'à toute saillie de 1,50 m au plus par rapport au mur de façade. / () Lorsqu'une bande d'implantation est définie (tissus urbains centraux, tissus urbains périphériques), la règle s'applique sur au moins 50 % de la façade sur rue. () En dehors des tissus urbains aérés, lorsqu'un tènement est bordé par plusieurs voies et espaces publics, la bande d'implantation peut ne s'appliquer que sur l'un des linéaires de terrain sur rue. Le recul de 2 m dans les tissus urbains périphériques devra néanmoins être respecté. () Dans les tissus urbains périphériques / Les constructions devront s'implanter par rapport aux voies et emprises publiques dans une bande d'implantation comprise entre 2 à 6 m à compter de l'alignement ou de la limite des voies () ".

18. Il ressort du plan de masse que l'angle Nord-Ouest de la construction projetée est implanté à moins de 2 mètres de l'alignement de la rue de Mirande et de la rue Henri Joly, de sorte que le projet ne respecte pas la bande d'implantation définie par le plan local d'urbanisme, la règle devant être lue comme n'autorisant à y déroger sur 50 % du linéaire de façade sur rue qu'en vue d'une implantation au-delà de cette bande, et non, comme en l'espèce, en deçà. La société Alexandre Basson Immobilier ayant été mise à même de faire valoir ses observations sur ce nouveau motif et la substitution sollicitée n'ayant pas pour effet de la priver d'une garantie procédurale, il y a lieu d'y faire droit dès lors qu'il résulte de l'instruction que, s'il s'était fondé sur ce seul motif, légalement justifié, le maire de Dijon aurait nécessairement été conduit à prendre la même décision.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Alexandre Basson Immobilier n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Dijon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à la société Alexandre Basson Immobilier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Dijon.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Alexandre Basson Immobilier est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dijon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Alexandre Basson Immobilier et à la commune de Dijon.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200940

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