vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DELALANDE Samuel |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 avril 2022, 3 avril 2024 et 11 juin 2024, l'association Les ami.es des Lentillères, représentée par Me Delalande, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le maire de Dijon l'a mise en demeure de cesser immédiatement des travaux entrepris sur le terrain situé 40 rue Amiral A à Dijon ;
2°) d'enjoindre à la commune de Dijon de produire, dans le cadre de l'instance, le procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme dressé le 4 février 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Dijon la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les mémoires en défense de la commune de Dijon sont irrecevables ;
- sa requête est maintenue ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucune participation aux travaux litigieux ne peut lui être attribuée ;
- la communication du procès-verbal est indispensable pour permettre au tribunal de constater qu'aucune infraction autorisant le maire à prescrire l'interruption des travaux n'a été commise ; l'illégalité de ce procès-verbal, invoquée par la voie de l'exception, entrainera l'annulation de l'arrêté en litige.
Par des mémoires enregistrés les 7 février 2023 et 23 avril 2024, la commune de Dijon, représentée par Me Guillini, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de donner acte à l'association Les ami.es des Lentillères de son désistement ;
2°) de rejeter la requête ;
3°) de mettre à la charge de l'association requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'objet du recours n'ayant pas disparu, l'association requérante doit être regardée comme se désistant de sa requête ;
- la communication du procès-verbal d'infraction ne peut s'opérer qu'au bénéfice du contrevenant ou de son avocat, par l'intermédiaire de l'autorité judiciaire ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
La procédure a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré un courrier du 15 mai 2024 le mettant en demeure sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me Douvreleur pour la commune de Dijon.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de l'établissement d'un procès-verbal de constat d'infraction en date du 4 février 2022, le maire de Dijon, agissant au nom de l'Etat, a, par un arrêté du
23 février 2022 portant ordre d'interruption des travaux, mis en demeure l'association Les ami.es des Lentillères de cesser immédiatement les travaux entrepris sur un terrain situé
40 rue Amiral A à Dijon. Par la présente requête, l'association en demande l'annulation.
Sur la recevabilité des écritures produites par la commune de Dijon :
2. L'arrêté en litige a été pris par le maire de Dijon au nom et pour le compte de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, que le tribunal lui a communiqué le recours de l'association Les ami.es des Lentillères, la commune de Dijon est recevable, contrairement à ce que soutient l'association requérante, à produire des observations. En revanche en sa seule qualité d'observateur, elle n'est pas partie à l'instance. En conséquence, ses conclusions tendant à ce que le tribunal constate le désistement, rejette la requête et mette à la charge de l'association 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () ". Aux termes de l'article
L. 480-2 de ce code : " () / Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () / Dans le cas de constructions sans permis de construire (), le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d'un procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l'interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas.
5. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, qui vise les articles L. 480-1 et L. 480-2 cités au point 3, que les travaux en cause ont pour objet la construction d'un bâtiment d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés, sur un terrain appartenant à la société publique locale d'aménagement de l'agglomération dijonnaise, qui, bien que soumis à permis de construire, n'ont pas fait l'objet d'une telle autorisation d'urbanisme. Il suit de là que le maire de Dijon a entendu interrompre les travaux litigieux sur le fondement des dispositions précitées du dixième alinéa de l'article L. 480-2 relatives aux constructions sans permis de construire. Si l'association requérante soutient que l'arrêté contesté méconnaîtrait les articles L. 211-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en ce que la procédure contradictoire préalable n'a pas été mise en œuvre, ce moyen est inopérant dès lors que le maire était en situation de compétence liée pour prendre un arrêté interruptif de travaux en application des dispositions du dixième alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application () est puni d'une amende () / Les peines prévues à l'alinéa précédent peuvent être prononcées contre les utilisateurs du sol, les bénéficiaires des travaux, les architectes, les entrepreneurs ou autres personnes responsables de l'exécution desdits travaux () ".
7. En l'espèce, si l'association Les ami.es des Lentillères fait valoir qu' " elle ne participe pas directement ou indirectement matériellement à des activités illégales, notamment la construction illégale ", il ressort des pièces du dossier, sans être contesté par l'association requérante, d'une part, qu'elle occupe illégalement le terrain d'assiette de la construction litigieuse depuis " plusieurs années ", et, d'autre part, que cette construction est identifiée sur le site internet associatif comme la " maison commune " dont l'association apparaît bénéficiaire dans le cadre de ses activités. Dans ces conditions, le maire de Dijon a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre l'arrêté interruptif de travaux contesté. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 du code de procédure pénale : " Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l'enquête et de l'instruction est secrète. / Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines prévues à l'article 434-7-2 du code pénal () ". Le procès-verbal de constatation d'une infraction aux règles d'urbanisme, qui est un préalable à l'intervention de l'arrêté du maire, a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires dans le cadre de la procédure pénale.
9. En l'espèce, l'association requérante soutient que le procès-verbal de constatation de l'infraction dressé le 4 février 2022, qui fonde l'arrêté litigieux, doit être produit à l'instance afin d'en apprécier la régularité. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité de l'établissement du procès-verbal d'infraction, mais seulement de s'assurer que ce dernier constate une infraction autorisant le maire à prescrire l'interruption des travaux. A cet égard, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire, que celui-ci a été édicté après qu'a été constatée une infraction par procès-verbal, en application des dispositions des articles L. 480-1 et
L. 480-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions la production de ce procès-verbal n'apparaît pas utile à la résolution du litige.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Les ami.es des Lentillères n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent ainsi être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Lorsqu'il intervient sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. Dès lors, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie, le versement de la somme que demande l'association Les ami.es des Lentillères au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Les ami.es des Lentillères est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dijon sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les ami.es des Lentillères et au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or et à la commune de Dijon.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
V. BLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2201066
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026