jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, Mme E B, représentée par la SELARL Lexavik, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'exécution de la mesure d'éloignement l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 12 juillet 2022, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Ces conclusions sont dépourvues d'objet dès lors que l'arrêté attaqué n'édicte aucune mesure en ce sens.
Par un mémoire, enregistré le 26 juillet 2022, Mme B indique renoncer à ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique,
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Safatian représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 5 janvier 1969, est entrée en France le 3 juin 2017. Par un arrêté du 17 novembre 2017, le préfet du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français. Elle a ensuite fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement par le préfet du Tarn le 10 mars 2020. Le 17 mars 2022, Mme B a saisi le préfet de l'Yonne d'une demande de titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Par un arrêté du 28 mars 2022 dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme C A, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Yonne, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Mme B soutient qu'elle dispose d'attaches familiales en France puisque sa fille, sa sœur et son frère sont de nationalité française, qu'elle a quitté son pays d'origine en 2017 et réside depuis lors en France et qu'elle a conclu un pacte civil de solidarité avec son compagnon de nationalité française. Toutefois, à la date des décisions attaquées, le séjour de Mme B sur le territoire français présentait un caractère récent. Si elle justifie avoir conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français, le 22 janvier 2021, celui-ci était également récent à la date des décisions attaquées, et les pièces versées au dossier, constituées d'une facture de Canal +, d'un courrier émanant de l'administration fiscale, d'un courrier émanant de la caisse primaire d'assurance maladie et d'une attestation de son compagnon, ne sont pas suffisantes pour démontrer la réalité de cette relation antérieurement à ce PACS. La seule présence en France de sa fille, de sa sœur et de son frère n'est pas suffisante pour établir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait désormais en France alors qu'elle n'établit ni même n'allègue être isolée en Côte d'Ivoire où elle a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. Par ailleurs, si la requérante soutient que son compagnon souffre d'une pathologie et que sa présence à ses côtés est nécessaire, elle ne verse aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dès lors, les moyens tirés de ce que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français auraient été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
7. En second lieu, Mme B soutient que l'exécution de la mesure d'éloignement l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, la requérante ne donne aucune précision quant à la nature des risques qu'elle encourt en Côte d'Ivoire.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 du préfet de l'Yonne. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions présentées par la requérante au titre de l'astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de l'Yonne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
N. D
Le président,
Ph. NICOLETLa greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
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