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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201107

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201107

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantJOLET INGRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Jolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de procéder au réexamen de sa situation, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ; une demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué par les services compétents ;

- elle a dû fuir son pays d'origine parce qu'elle subissait de nombreuses violences de la part de son père.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que la demande d'asile est fondée sur des craintes personnelles étayées par des témoignages est inopérant ;

- il sollicite une substitution de base légale dès lors que l'arrêté vise par erreur le 5° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la situation de la requérante entre dans les prescriptions du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Pauline Hascoët a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante albanaise née le 14 avril 1987, a formé une demande d'asile le 6 novembre 2018 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 février 2019. Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 29 mai 2019. Mme B a sollicité le 2 juillet 2019 le réexamen de sa demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté cette demande le 10 juillet 2019 et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 octobre 2019. Mme B a alors été éloignée du territoire français puis y est revenue. Le 4 mars 2022, Mme B a de nouveau sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 4 mars 2022, le préfet a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 2° Lorsque le demandeur : / () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales". L'article L. 542-3 de ce code dispose que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".

3. Le préfet de la Côte-d'Or qui a fondé son arrêté sur les dispositions du 5° de l'article L. 743-2 et celles de l'article L. 743-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que ces dispositions ont été abrogées à compter du 1er mai 2021, sollicite une substitution de base légale.

4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante albanaise, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 février 2019, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 mars 2019. Mme B a ensuite présenté une première demande de réexamen de sa situation que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejetée par une décision du 10 juillet 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 1er septembre 2019. Mme B a sollicité un second réexamen de sa demande d'asile. Mme B relevait ainsi du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce fondement légal peut être substitué à celui du 5° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indiqué à tort par l'arrêté contesté dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions.

6. Il résulte des dispositions précitées au point 2 que le demandeur d'asile présentant une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ne peut prétendre à un droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle disposait du droit de se maintenir sur le territoire français au motif qu'elle avait sollicité un deuxième réexamen de sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si Mme B soutient en outre qu'elle encourt des risques en cas de retour en Albanie, les seuls éléments qu'elle produit ne sont pas suffisamment circonstanciés et probants pour établir l'existence d'un risque réel et actuel à l'égard de l'intéressée ou de ses enfants en cas de retour dans leur pays d'origine.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles à fin d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de la requérante au titre des frais exposés par le préfet et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère,

M. Hamza Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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