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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201141

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201141

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2022, Mme A D B, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-13, L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 3 juin 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Grenier, représentant Mme B et celles de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 31 mai 2002 à Galette Chambon, déclare être entrée en France le 3 février 2009. Elle a été confiée aux services de l'aide sociale à l'enfance du Val de Marne à compter du 15 mai 2013. Le 29 novembre 2019, elle a saisi le préfet de la Haute-Marne d'une demande de titre de séjour en qualité d'enfant confiée au service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans sur le fondement du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par courrier du 23 décembre 2020, le préfet de la Haute-Marne l'a informée que l'instruction de sa demande était subordonnée à la production d'un passeport en cours de validité et l'a invitée, du fait de son déménagement à Dijon, à se rapprocher du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Côte-d'Or afin que l'instruction puisse se poursuivre. Après l'expiration de son récépissé de demande de titre de séjour le 17 mars 2021, Mme B a déposé, le 28 juillet 2021 une demande d'asile auprès de la préfecture de la Côte-d'Or, ainsi que, le 30 juillet suivant, une demande de titre de séjour. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de la Côte-d'Or sur sa demande de titre de séjour à l'expiration du délai de quatre mois en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit le 30 novembre 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision implicite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger né en France qui justifie par tout moyen y avoir résidé pendant au moins huit ans de façon continue et suivi, après l'âge de dix ans, une scolarité d'au moins cinq ans dans un établissement scolaire français, se voit délivrer, s'il en fait la demande entre l'âge de seize ans et l'âge de vingt-et-un ans, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi que le fait valoir à bon droit le préfet de la Côte-d'Or en défense, que Mme B est née à Haïti. Ainsi, la requérante, qui n'est pas née en France, ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : () 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles () L. 423-22 () / 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2° () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, née le 31 mai 2002, était âgée de plus de dix-neuf lorsqu'elle a déposé sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle ne rentrait plus dans les prévisions des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne pouvait se voir délivrer un tel titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Le préfet de la Côte-d'Or, qui verse aux débats le formulaire de demande de titre de séjour de Mme B, fait valoir que l'intéressée n'a jamais déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle s'est uniquement prévalue des dispositions de l'article L. 423-22 de ce code. La requérante ne produit, quant à elle, aucun élément de nature à justifier qu'elle aurait effectivement sollicité ce titre de séjour. Par suite, et dès lors que le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu d'examiner d'office si la requérante pouvait prétendre à un titre de séjour fondé sur l'article L. 423-23 précité, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant, faute pour Mme B de justifier du dépôt d'une telle demande.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 30 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2101141

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