mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP CHATON GRILLON BROCARD GIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2022 et un mémoire enregistré le 3 décembre 2022, M. C F demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la maire de Losne du 28 mars 2022 refusant de donner suite à sa demande d'expulsion sous astreinte du domaine public ;
2°) d'engager l'action publique par la réalisation des procès-verbaux afférents ;
3°) d'ordonner l'expulsion du domaine public sous astreinte et la remise en état des lieux ;
4°) d'ordonner le déplacement de la barrière et de la clôture électrifiée dans les emprises du terrain privé concerné ;
5°) de condamner la commune de Losne à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le fossé communal fait partie des dépendances du domaine public et Mme B l'occupe sans droit ni titre et sans avoir été assujettie au paiement d'une redevance ;
- l'état des lieux et le contrôle a posteriori des travaux à charge des services communaux n'ont pas été réalisés et les procès-verbaux afférents n'ont pas été dressés ;
- Mme B n'a pas obtenu d'autorisation et, si tel avait été le cas, cette autorisation porterait atteinte à ses droits, les travaux ayant généré un défaut de servitude d'écoulement des eaux ;
- Mme B bénéfice déjà d'un accès par busage à sa parcelle ;
- la décision attaquée n'a pas fait l'objet d'une notification des voies et délais de recours ;
- le tribunal n'a pas statué au fond sur la précédente affaire ; son jugement ne peut donc lui être opposé ;
- le busage crée des dommages sur sa propriété ce qui lui donne intérêt pour agir ;
- la décision n'est pas motivée en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la commune de Losne, représentée par la SCP Chaton-Grillon-Brocard-Gire, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. F la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, M. F ne justifiant pas de son intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à Mme E B qui n'a pas produit d'observations.
Par courrier du 23 mai 2024, les parties ont été informées que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur les conclusions tendant d'une part à l'établissement de procès-verbaux et à l'engagement de poursuites contre Mme B, d'autre part à ce qu'elle ordonne l'expulsion du domaine public routier, la remise en état des lieux ainsi que le déplacement de la barrière et de la clôture électrifiée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a saisi le 22 avril 2020 la commune de Losne d'un courrier relatif à l'accès au fossé communal bordant sa propriété à la suite de travaux entrepris sur la parcelle voisine par Mme B, consistant en un busage du fossé, la pose d'une barrière et d'une clôture électrique barrant l'accès à ce fossé. Par lettre du 27 août 2020, la maire de Losne lui a répondu que l'autorisation de pose d'une clôture électrique avait été accordée par le conseil municipal précédent et que l'entretien du fossé communal était à la charge de la commune. Par jugement N° 2002781 du 28 octobre 2021, le tribunal a rejeté les conclusions de M. F tendant à l'engagement de poursuites en matière de conservation de la voirie routière comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, ainsi que ses conclusions en annulation de la décision du 27 août 2020 comme irrecevables. A la suite de ce jugement, M. F a formé le 7 mars 2022 une demande adressée à la maire de Losne tendant à ce que, usant de ses pouvoirs de police, elle fasse procéder à l'expulsion sous astreinte du domaine public suite à l'occupation injustifiée et sans titre par Mme B du fossé communal. Par courrier du 28 mars 2022, la maire a rejeté cette demande au motif qu'un jugement rejetant cette demande était déjà intervenu. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler cette décision et d'adresser à Mme B diverses injonctions visant à la libération du domaine public irrégulièrement occupé.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 116-1 du code de la voirie routière : " La répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire sous réserve des questions préjudicielles relevant de la compétence de la juridiction administrative ". Ces dispositions sont reprises par le code général de la propriété des personnes publiques, dont l'article L. 2331-2 dispose ainsi : " I. Sont portés devant la juridiction judiciaire les litiges relatifs à la répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier, conformément à l'article L. 116-1 du code de la voirie routière ".
3. En l'espèce, le fossé sur lequel a été installé le busage en litige est situé sur une parcelle portant le n° 060, appartenant à la commune ; ce fossé suit la voie communale, dont l'appartenance au domaine public routier n'est pas contestée, et permet d'éviter le déversement des eaux sur la voie publique ; ce fossé constitue ainsi une dépendance nécessaire à la protection du domaine public routier. Si cette parcelle forme un décroché à la limite de la propriété de M. F, à partir de laquelle le fossé ne suit plus le tracé de la route pour s'enfoncer entre des propriétés privées, il n'en demeure pas moins qu'à l'endroit où se situe le busage en litige, la parcelle jouxte toujours la voie publique. Par suite, le fossé constitue une dépendance du domaine public routier.
4. Il résulte des dispositions des articles L. 116-1 et R. 116-2 du code de la voirie routière que la répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que le tribunal ordonne l'expulsion du domaine public routier, la remise en état des lieux ainsi que le déplacement de la barrière et de la clôture électrifiée, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Sur la recevabilité de la requête :
5. Contrairement à ce que soutient la commune de Losne, il ressort des pièces du dossiers et notamment des photographies versées à l'instance que la barrière installée par Mme B, qui surplombe le fossé, prend directement appui sur le mur de la propriété du requérant. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la commune tirée du défaut d'intérêt à agir de M. F doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation :
6. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire d'une commune a refusé d'engager des poursuites contre un contrevenant afin de faire cesser l'occupation irrégulière d'une voie publique communale, de se prononcer sur l'appartenance au domaine public de la dépendance faisant l'objet de cette occupation. En outre, si la répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire, le refus d'une autorité administrative d'engager des poursuites est une décision administrative susceptible d'être déférée devant le juge de l'excès de pouvoir.
7. M. F est fondé à soutenir que, pour rejeter sa demande tendant à ce qu'il soit mis fin à l'occupation injustifiée et sans titre par Mme B du fossé communal, la commune de Losne ne pouvait se borner à renvoyer au précédent jugement du tribunal du 28 octobre 2021, qui ne se prononce pas sur le bien fondé d'une telle demande. La commune qui indique en défense qu'elle avait autorisé Mme B à procéder aux aménagements en litige, doit toutefois être regardée comme sollicitant une substitution de motifs. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Les autorités chargées de la police et de la conservation du domaine public routier sont tenues, par application des principes régissant la domanialité publique, de veiller à l'utilisation normale de la voirie routière et d'exercer à cet effet les pouvoirs qu'elles tiennent de la législation en vigueur, y compris celui de saisir le juge compétent pour statuer sur la répression des atteintes portées à ce domaine, pour faire cesser les occupations sans titre et enlever les obstacles créés de manière illicite qui s'opposent à l'exercice par le public de son droit à l'usage du domaine ; l'obligation ainsi faite à ces autorités trouve sa limite dans les autres intérêts généraux dont elles ont la charge et, notamment, dans les nécessités de l'ordre public.
9. En l'espèce, l'autorisation de buser un fossé versée à l'instance concerne des travaux réalisés en 2014 à un autre emplacement que celui en litige. La commune produit, par ailleurs, une attestation de M. A, adjoint au maire en fonction de 2014 à 2019, qui indique avoir participé " courant 2018 " à une visite en présence de Mme B et de M. F, au cours de laquelle il a été constaté la conformité des travaux de busage. Pour autant, cette pièce peu circonstanciée et contestée par M. F qui soutient n'avoir jamais participé à cette visite, ne peut permettre d'établir que les travaux et l'occupation du domaine public en litige ont été autorisés par la commune dans les conditions et selon les modalités impératives fixées par son règlement de voirie. Si cette attestation mentionne en outre qu'une autorisation d'installer une barrière a été donnée à Mme B lors de cette visite, il n'en demeure pas moins que la commune n'établit pas avoir autorisé les travaux de busage en litige.
10. Il ressort de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. F est fondé à soutenir que la décision de la maire de Losne du 28 mars 2022 est illégale et doit par suite être annulée.
Sur les conclusions en injonction :
11. Pour faire cesser une atteinte portée au domaine public routier communal du fait de l'implantation d'un ouvrage par des personnes privées, l'autorité compétente peut mettre en demeure les propriétaires de détruire l'ouvrage litigieux et doit, à défaut d'exécution de leur part, dresser un procès-verbal de contravention de voirie afin de permettre l'intervention de la juridiction judiciaire, seule compétente pour sanctionner les empiétements sur le domaine public routier. Elle peut aussi accorder aux intéressés une autorisation de voirie pour régulariser l'ouvrage irrégulier.
12. Par suite, l'exécution du présent jugement implique seulement que la maire de Losne fasse usage de ses pouvoirs de police en vue de mettre un terme à l'atteinte irrégulière portée au domaine public routier de la commune, soit en accordant une permission de voirie à Mme B, soit en la mettant en demeure de détruire les ouvrages en litige, avant l'éventuel enclenchement des poursuites judiciaires en cas d'inexécution.
13. Il y a lieu par conséquent d'enjoindre à la maire de Losne de prendre une nouvelle décision en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. F, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la commune de Losne d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Losne la somme que demande M. F au titre des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : Les conclusions de M. F tendant à ce que le tribunal ordonne l'expulsion du domaine public routier, la remise en état des lieux ainsi que le déplacement de la barrière et de la clôture électrifiée sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : la décision de la maire de Losne du 28 mars 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la maire de Losne dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision soit d'accorder une permission de voirie à Mme B, soit de mettre Mme B en demeure de détruire les ouvrages en litige.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F et les conclusions de la commune de Losne tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à la commune de Losne et à Mme E B.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
M-E. D
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Sivignon
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026