lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS VIGNET |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête enregistrée le 31 mai 2022 sous le n° 2201424 et des mémoires enregistrés les 1er août 2022, 30 septembre 2022, 11 mars 2023, 30 mai 2023, 12 novembre 2023 et 7 janvier 2024, ces quatre derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, la société Arganeau demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n°2022-060 du conseil de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois qui le 31 mars 2022 a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vincelottes ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet de l'Yonne en ce qu'il a autorisé la commune de Vincelottes à ouvrir à l'urbanisation un secteur de 3218 m² situé en zone agricole ;
3°) d'annuler le rapport d'enquête publique relative à l'élaboration du PLU de la commune de Vincelottes du 20 décembre 2021 ;
4°) subsidiairement, de surseoir à statuer jusqu'à la décision de la commune de Vincelottes quant à la procédure de délaissement initiée par la société Arganeau le 30 mai 2022 ;
5°) de mettre à la charge solidaire de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et de la commune de Vincelottes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'enquête publique n'a pas fait l'objet d'une publicité suffisante ;
- elle n'a pas été informée de la procédure de révision du PLU prescrite le 30 avril 2003 lors de la délivrance d'un certificat d'urbanisme en 2016 et a ainsi été privée de la phase de concertation préalable ;
- le classement du terrain lui appartenant en zone Nh est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et est en contradiction avec les objectifs du PLU, ainsi que de détournement de pouvoir ;
- la décision du préfet autorisant l'ouverture à l'urbanisation d'une zone agricole au Sud de la commune est injustifiée et entachée de détournement de pouvoir en ce qu'elle vise à rendre constructible ce secteur en contrepartie du classement en zone non constructible de son terrain.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 3 mars 2023, la communauté d'agglomération de l'Auxerrois, représentée par son président, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Arganeau la somme de
2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir et n'a pas produit son titre de propriété ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 21 décembre 2023, la commune de Vincelottes, représentée par Me Vignet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Arganeau la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La date de clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024 par décision du
6 décembre 2023.
Par courrier du 31 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une part de l'arrêté du préfet de l'Yonne du 22 décembre 2021 d'autre part, du rapport d'enquête publique, dès lors que cet arrêté et ce rapport présentent le caractère d'actes préparatoires insusceptibles de recours.
La société Arganeau a présenté des observations enregistrées le 2 février 2024.
II/ Par une requête enregistrée le 1er juin 2022 sous le n° 2201438 et des mémoires enregistrés les 1er août 2022, 30 septembre 2022, 14 décembre 2022, 11 mars 2023, et 30 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société Arganeau demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n°2022-060 du conseil de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois qui le 31 mars 2022 a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vincelottes ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet de l'Yonne en ce qu'il a autorisé la commune de Vincelottes à ouvrir à l'urbanisation un secteur de 3 218 m² situé en zone agricole ;
3°) d'annuler le rapport d'enquête publique relative à l'élaboration du PLU de la commune de Vincelottes du 20 décembre 2021 ;
4°) subsidiairement, de surseoir à statuer jusqu'à la décision de la commune de Vincelottes quant à la procédure de délaissement initiée par la société Arganeau le 30 mai 2022 ;
5°) de mettre à la charge solidaire de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et de la commune de Vincelottes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'enquête publique n'a pas fait l'objet d'une publicité suffisante ;
- elle n'a pas été informée de la procédure de révision du PLU prescrite le 30 avril 2003 lors de délivrance d'un certificat d'urbanisme en 2016 et a ainsi été privée de la phase de concertation préalable ;
- le classement du terrain lui appartenant en zone Nh est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et est en contradiction avec les objectifs du PLU, ainsi que de détournement de pouvoir ;
- la décision du préfet autorisant l'ouverture à l'urbanisation d'une zone agricole au Sud de la commune est injustifiée et entachée de détournement de pouvoir en ce qu'elle vise à rendre constructible ce secteur en contrepartie du classement en zone non constructible de son terrain.
Par des mémoires en défense enregistrés le 19 juillet 2022, 25 novembre 2022 et
27 décembre 2022, le préfet de l'Yonne demande au tribunal de déclarer la requête irrecevable et, à titre subsidiaire, de rejeter les conclusions et de faire application des dispositions de l'article L.741-2 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
-la société requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir ;
-les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
-il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative en supprimant les passages diffamatoires de la requête.
Par courrier du 31 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une part de l'arrêté du préfet de l'Yonne du 22 décembre 2021 d'autre part, du rapport d'enquête publique, dès lors que cet arrêté et ce rapport présentent le caractère d'actes préparatoires insusceptibles de recours.
La société Arganeau a présenté des observations enregistrées le 2 février 2024.
III/ Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023 sous le numéro 2301976 et un mémoire enregistré 12 septembre 2023, la société Arganeau demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 16 janvier et 11 mai 2023 par lesquelles le maire de Vincelottes a refusé de donner suite à sa demande de délaissement du 30 mai 2022 pour le terrain situé 21 route de Bailly ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vincelottes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;
- le classement du terrain en zone N en violation de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme relève d'une fraude ;
- la décision est entachée d'erreur de fait quant à l'existence d'une servitude ;
- la commune était dans l'obligation, en application de l'article L. 152-2 du code l'urbanisme, d'acquérir ou de faire acquérir son terrain.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre 2023 et 31 octobre 2023, la commune de Vincelottes, représentée par Me Vignet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Arganeau la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-la requête est irrecevable, en l'absence de titre de propriété produit par la requérante ;
-à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de M. B, représentant la SAS Arganeau et de Me Deiller représentant la commune de Vincelottes.
Considérant ce qui suit :
1. La Sas Arganeau, qui utilise le nom commercial HPVI, est propriétaire des parcelles A 275, A 276 et A 441, situées à la sortie Nord du village de Vincelottes. Ces parcelles, jusque-là classées en zone UD, ont été classées en zone Nh par le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vincelottes adopté le 31 mars 2022 par le conseil de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois. Par deux requêtes identiques enregistrées sous les n°s °2201424 et 2201438, la Sas Arganeau demande l'annulation de la délibération de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois du 31 mars 2022 approuvant le PLU de la commune de Vincelottes, du rapport d'enquête publique relative à l'élaboration du PLU de la commune de Vincelottes du 20 décembre 2021 et de l'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet de l'Yonne autorisant la commune de Vincelottes à ouvrir à l'urbanisation un secteur de 3 218 m² situé en zone agricole. La société requérante a par ailleurs saisi la commune de Vincelottes le 30 mai 2022 d'une mise en demeure de procéder à l'acquisition de ses parcelles en application de l'article L. 152-2 du code de l'urbanisme. Le maire de Vincelottes a rejeté cette demande de délaissement par décision du
16 janvier 2023, contre laquelle la société a formé un recours gracieux, qui a été rejeté le
11 mai 2023. Par une requête enregistrée sous le n° 2301976, la société Arganeau demande l'annulation des décisions des 16 janvier et 11 mai 2023 du maire de Vincelottes refusant de faire droit à sa demande de délaissement.
2. Il y a lieu de joindre ces trois requêtes, qui présentent à juger des questions communes, pour qu'il y soit statué par un jugement unique.
Sur la recevabilité
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 142-4 du code de l'urbanisme : " Dans les communes où un schéma de cohérence territoriale n'est pas applicable : 1° Les zones à urbaniser délimitées après le 1er juillet 2002 ainsi que les zones naturelles, agricoles ou forestières d'un plan local d'urbanisme ou d'un document en tenant lieu ne peuvent être ouvertes à l'urbanisation à l'occasion de l'élaboration ou d'une procédure d'évolution d'un document d'urbanisme ; () ". Et aux termes de l'article L. 142-5 du même code : " Il peut être dérogé à l'article L. 142-4 avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L.112-1-1 du code rural et de la pêche maritime et, le cas échéant, de l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 () ".
4. L'accord du préfet donné en application de ces dispositions, quand bien même il est donné sous la forme d'un arrêté assorti des voies et délais de recours, constitue un acte préparatoire à la délibération approuvant le PLU, et ne fait donc pas grief.
5. En deuxième lieu, le rapport d'enquête publique constitue un acte préparatoire à la délibération approuvant le PLU, et ne fait donc pas grief.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes n°2201424 et n°2201438 sont irrecevables en tant qu'elles demandent l'annulation d'une part de l'arrêté du
22 décembre 2021 du préfet de l'Yonne autorisant la commune de Vincelottes à ouvrir à l'urbanisation un secteur de 3218 m² situé en zone agricole, d'autre part du rapport d'enquête publique relative à l'élaboration du PLU de la commune de Vincelottes du 20 décembre 2021. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois du 31 mars 2022 approuvant le PLU de la commune de Vincelottes :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-11 du code de l'environnement : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. () II. - L'avis mentionné au I est publié sur le site internet de l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête. ()III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. () ".
8. En l'espèce, l'enquête publique a eu lieu du 2 novembre au 2 décembre 2021. Des avis ont été publiés dans l'Yonne Républicaine les 12 octobre 2021 et 5 novembre 2021, l'Indépendant de l'Yonne le 15 octobre 2021 et Terres de Bourgogne le 12 novembre 2021. L'avis d'enquête publique a en outre été affiché au siège de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et à la mairie de Vincelottes, sur les panneaux administratifs de la commune, et l'enquête a été annoncée par la publication de l'avis au public sur le site Internet de la communauté d'agglomération. Enfin, une affichette reprenant les informations essentielles de l'avis d'enquête a été distribuée dans toutes les boîtes à lettre des habitants de la commune le vendredi 22 octobre 2021. Si la SAS Arganeau se plaint que les propriétaires de simples terrains, dénués de boîte aux lettres, n'ont pas reçu l'affichette, aucune disposition ne faisait obligation d'informer individuellement tous les propriétaires de la commune. De même, si en raison d'un problème technique qui n'a pas permis la publication d'un deuxième avis dans l'Indépendant de l'Yonne dans les huit jours suivant le début de l'enquête, les modalités de publication de l'avis dans la presse n'ont pas été strictement conformes à celles prévues par les dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement, il ne ressort pas pour autant des pièces du dossier que les modalités retenues pour la publication de l'avis d'enquête publique n'auraient pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou auraient été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.
9. Le moyen tiré des insuffisances de publicité de l'enquête publique doit par suite être écarté.
10. En deuxième lieu, la Sas Arganeau se plaint d'une absence de concertation préalable, faute de mention, dans le certificat d'urbanisme qui lui a été délivré en 2016, de la procédure de révision du plan d'occupation des sols prescrite le 30 avril 2003. Si, aux termes de l'article
L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer.", cette obligation résulte de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, et aucune disposition du code de l'urbanisme applicable à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, le 17 octobre 2016, ne faisait obligation de mentionner lors de la délivrance d'un tel certificat si le document d'urbanisme était en cours d'évolution. En tout état de cause, l'absence d'information dont se plaint la société requérante ne peut être regardée comme ayant affecté la phase de concertation préalable à l'élaboration du PLU et n'est pas de nature à affecter la légalité de ce plan.
11. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
12. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles dont est propriétaire la Sas Arganeau ont été classées en zone Nh, de même que les autres parcelles, y compris celles qui étaient déjà construites, situées dans une bande de terrain débutant à la parcelle 458, au Nord de la commune, entre l'Yonne et un espace boisé. Ces parcelles sont concernées par une ZNIEFF de type 2, " Vallée et coteaux de l'Yonne " identifiée comme un secteur présentant un intérêt sur le plan écologique et régional pour ses habitats alluviaux, et les espèces de faune et de flore qui en dépendent. Ces parcelles sont en outre classées en trame verte du schéma régional de cohérence écologique (SRCE) de Bourgogne. L'objectif n° 30 du projet d'aménagement et de développement durable (PADD), relatif à la préservation ou remise en état des continuités écologiques, souligne l'importance de " préserver les continuités écologiques recensées sur le territoire de la commune, y compris en milieu urbain, afin notamment de permettre aux animaux de pouvoir accéder au bord de l'Yonne ".
13. Par suite, ces différents éléments d'appréciation justifiaient que les parcelles en cause, bien que classées jusque-là en zone UD, à proximité d'autres parcelles construites et desservies par les réseaux, soient classées par le nouveau document d'urbanisme en zone N, quand bien même elles ne présenteraient pas de risque d'inondation, de ruissellement ou pour la sécurité de la circulation. Ce classement n'apparait pas dès lors entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
14. D'autre part, les parcelles ouvertes à l'urbanisation sur autorisation du préfet accordée par l'arrêté du 22 décembre 2021 ne sont pour leur part pas répertoriées comme présentant des enjeux écologiques particuliers et ne sont pas concernées par des risques de ruissellement ou d'inondation. Elles se situent, pour l'une, classée en zone IAUa, à proximité immédiate du centre du village, pour l'autre, classée en zone 1AUb, en périphérie du centre du bourg, lequel n'offre que peu de possibilités d'urbanisation immédiate, ce qui justifie la dérogation contestée et le classement qui en découle.
15. Enfin, s'il est vrai que la zone 1AUb n'est pas, contrairement aux parcelles de la
Sas Arganeau, comprise dans la zone figurant entre crochets et définie comme ouverte en priorité à l'urbanisation par la carte illustrant l'objectif n° 2 " Urbaniser en priorité les espaces libres du bourg avant extension de l'urbanisation " du PADD, cette considération ne faisait pas obstacle à ce que les limites de l'enveloppe urbaine soient redéfinies pour en limiter l'extension au Nord afin de préserver les rives de l'Yonne, et pour prévoir des zones à urbaniser à terme, en complément des possibilités d'urbanisation immédiate existant au sein du centre du bourg.
16. Il résulte de ce qui précède que le classement des parcelles en cause, qu'il s'agisse des parcelles appartenant à la Sas Arganeau ou des parcelles ouvertes à l'urbanisation classées en zone 1AUa ou 1AUb, n'apparait ni en contradiction avec les objectifs du PADD, ni entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
17. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Arganeau dirigées contre la délibération du conseil de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois du 31 mars 2022 approuvant le PLU de la commune de Vincelottes doivent être rejetées.
Sur l'application des dispositions de l'article L.741-2 du code de justice administrative :
19. Si les allégations de la société requérante à l'égard d'une responsable de la direction départementale du territoire de la préfecture de l'Yonne apparaissent dénuées de tout fondement, il n'y a pas lieu pour autant de faire application des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les écritures de la Sas Arganeau sur ce point, pour déplaisantes qu'elles soient, n'allant pas au-delà de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des 16 janvier et 11 mai 2023 du maire de Vincelottes refusant de faire droit à la demande de délaissement du 30 mai 2022 :
20. Aux termes de l'article L. 152-2 du code de l'urbanisme : " Le propriétaire d'un terrain bâti ou non bâti réservé par un plan local d'urbanisme en application de l'article L. 151-41 peut, dès que ce plan est opposable aux tiers, et même si une décision de sursis à statuer qui lui a été opposée est en cours de validité, exiger de la collectivité ou du service public au bénéfice duquel le terrain a été réservé qu'il soit procédé à son acquisition dans les conditions et délais mentionnés aux articles L. 230-1 et suivants. Lorsqu'une servitude mentionnée à l'article L. 151-41 est instituée, les propriétaires des terrains concernés peuvent mettre en demeure la commune de procéder à l'acquisition de leur terrain, dans les conditions et délais prévus aux articles L. 230-1 et suivants. ". Et aux termes de l'article L. 151-41 du même code : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : () 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; () ".
21. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le PLU ne délimite sur les parcelles dont elle est propriétaire aucun emplacement réservé au sens de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme quand bien même leur classement en zone Nh est prononcé, notamment, dans l'objectif affiché par le PADD de permettre le passage de grands animaux. Ce classement ne peut ainsi être regardé comme instituant un emplacement réservé en application de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, alors même qu'il serait fondé sur des motifs qui auraient pu justifier la création d'un tel emplacement, et ne génère donc aucun droit de délaissement.
22. Par suite, les décisions des 16 janvier et 11 mai 2023 du maire de Vincelottes refusant de faire droit à la demande de délaissement de la société requérante n'entrent dans aucune catégorie de décision devant faire l'objet d'une motivation. Ces décisions ne sont pas davantage entachées d'erreur de fait pour avoir considéré qu'il n'existait aucune servitude de droit public sur le terrain, ni de violation de l'article L. 152-2 du code de l'urbanisme pour avoir refusé de mettre en œuvre le droit de délaissement.
23. En dernier lieu, la réalisation de l'objectif de préserver le passage de grands animaux, n'obligeait pas les autorités compétentes, au lieu de procéder au classement des terrains en zone Nh du PLU de la commune, à créer des emplacements réservés conformément aux dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de la " fraude " pour avoir opté pour le classement en zone N plutôt que pour la création d'un emplacement réservé doit dès lors être écarté.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions des
16 janvier et 11 mai 2023 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et de la commune de Vincelottes, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement des sommes que réclame la Sas Arganeau au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la Sas Arganeau les sommes que demandent la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et la commune de Vincelottes au titre des mêmes dispositions dans les instances n°2201424 et n°2201438 ; il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la Sas Arganeau une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Vincelottes au titre des frais qu'elle a exposés dans l'instance n°2301976.
DÉCIDE :
Article 1er : Les requêtes n°2201424, n°2201438 et n°2301976 de la Sas Arganeau sont rejetées.
Article 2 : La Sas Arganeau versera une somme de 1 500 à la commune de Vincelottes dans l'instance n°2301976 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Sas Arganeau, à la communauté d'agglomération de l'Auxerrois, à la commune de Vincelottes, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
M-E A
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
2 N° 2201438 N° 2301976
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026