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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201504

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201504

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationZUPAN David
Avocat requérantBUVAT NELLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. C F représenté par Me Buvat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 31 mai 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a indiqué qu'il n'est pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, a en conséquence abrogé son attestation de demande d'asile, lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- la décision lui refusant le droit de se maintenir en France méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un recours étant pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité pour la même raison ;

- cette mesure méconnaît en outre l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il en va de même de la décision désignant le pays de renvoi.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte d'Or, qui a produit des pièces sans présenter d'observations.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 23 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui a conclu au rejet de la requête, en soutenant que :

• M. F ne peut utilement invoquer pour son propre compte la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant à ce titre de l'état de santé de son épouse ;

• les autres moyens soulevés sont infondés.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Après un premier séjour en France au cours de l'année 2017, auquel avait mis fin l'exécution d'une mesure d'éloignement, M. F, né en 1996 et de nationalité albanaise, y est de nouveau entré, régulièrement, le 27 septembre 2021. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 mars 2022. Par l'arrêté attaqué, en date du 31 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or a indiqué qu'il n'est pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, a en conséquence abrogé son attestation de demande d'asile, lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. F ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B D, cheffe du bureau de l'immigration et de l'intégration, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 4 avril 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs, consultable en ligne. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision.

Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Selon l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".

5. M. F fait valoir qu'il a contesté, devant la Cour national du droit d'asile, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 mars 2022 lui refusant l'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande d'asile a été examinée selon la procédure accélérée, en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Albanie figurant au nombre des pays d'origine réputés sûrs. Ainsi, son droit au maintien sur le territoire français a pris fin au moment de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, soit le 4 avril 2022. Par suite, en indiquant que M. F n'était pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et en prescrivant son éloignement sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit.

6. Aux termes, en troisième lieu, de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. M. F ne peut utilement se prévaloir, pour contester sur le fondement de ces dispositions la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre, les troubles psychologiques et la grossesse de son épouse. S'il invoque également son propre état de santé, son argumentation demeure des plus laconiques et les documents médicaux versés aux débats, qui font état d'une agression physique subie en 2020 et de cicatrices au dos, au bras droit et au genou droit, ne permettent pas d'établir la nécessité d'une prise en charge médicale à défaut de laquelle l'intéressé serait exposé à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont l'intéressé ne pourrait effectivement bénéficier en Albanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. D'une part, la violation de ces stipulations conventionnelles est inutilement invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui, par elle-même, ne désigne pas le pays à destination duquel M. F pourra être renvoyé d'office.

10. D'autre part, si M. F fait valoir, cette fois de façon opérante, qu'il a été battu par des membres de la famille de son épouse, laquelle aurait également subi des sévices, notamment un viol, perpétrés par l'un de ses cousins ainsi que des actes de maltraitance de la part de son père, ces allégations ne sont corroborées par aucun élément probant, quand bien même les documents médicaux dont se prévaut le requérant attestent de blessures évoquant une agression physique. Au demeurant, il n'est pas davantage établi que, s'agissant de faits et menaces de cette nature, les autorités albanaises seraient dans l'incapacité d'assurer à M. F leur protection. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Enfin, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 31 mai 2022.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. F ou à son avocat, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. F.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Buvat et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

D. A

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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