jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AVOXA NANTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2022, le 19 décembre 2022 et le 19 décembre 2023, Mme B A, représentée par la SCP Thouvenin, Coudray et Grevy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté a rejeté ses demandes présentées le 11 février 2022 et le 18 mars 2022, via son assureur, tendant respectivement à ce qu'elle soit autorisée à récupérer les heures supplémentaires qu'elle a effectuées en 2021 et à ce que ses conditions de travail soient aménagées par l'octroi de plus de jours de télétravail ;
2°) d'annuler la décision contenue dans le courrier électronique du 1er mars 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles sont intervenues sans consultation de la commission paritaire locale ;
- la décision refusant la récupération d'heures supplémentaires est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation dès lors que le statut des agents des chambres des métiers et de l'artisanat prévoit que les heures supplémentaires donnent lieu à équivalence en temps de travail effectif et, en principe, à repos compensateur, à défaut, à paiement ;
- elle a effectué cent soixante-quatre heures supplémentaires en 2021 selon la comptabilisation entrée dans le logiciel Chronos utilisé au sein de l'établissement ;
- la circonstance que l'autorité n'a pas formellement indiqué qu'elle autorisait la réalisation d'heures supplémentaires n'est d'aucun effet ; au regard des informations qui étaient constamment transmises portant sur les réalisations, l'accomplissement de la prestation de travail et les heures consacrées au travail, l'autorité avait assurément des éléments suffisants pour décider de la validation des heures supplémentaires ;
- la décision refusant l'octroi de jours de télétravail supplémentaires est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'employeur est tenu de respecter les préconisations du médecin du travail et qu'il n'existe aucune exigence liée à l'intérêt du service de nature à faire obstacle à ce qu'il soit fait droit à se demande ; l'article 2 de l'annexe XXII du statut du personnel prévoit qu'une autorisation de télétravail peut être attribuée à un agent en raison des nécessités de service ou pour convenances personnelles et l'article 3 de cette annexe ajoute qu'une dérogation est possible à la demande des agents dont l'état de santé le justifie ; elle a la qualité de travailleur handicapé ; elle a été affectée dans un bureau sans fenêtre et sans système d'aération.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Bourgogne-Franche-Comté, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 22 novembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 21 décembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2024 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'artisanat ;
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 modifiée ;
- le statut du personnel administratif des chambres de métiers et de l'artisanat approuvé par l'arrêté du 19 juillet 1971 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- les conclusions de M. Hamza Cherief, rapporteur public,
- et les observations de Me Ferard, substituant Me Bernot, représentant la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est un agent titulaire de la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté en charge de la mission " prestation d'accompagnement vers l'alternance " (PAVA) et de la mission médiation. Par un courrier du 11 février 2022, elle a sollicité auprès du président de la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté la récupération d'heures supplémentaires de travail en raison d'un surcroît d'activité. Par un courrier électronique du 21 février 2022, elle a sollicité le bénéfice de plus de deux jours de télétravail hebdomadaire en raison de son état de santé. Par un courrier électronique du 1er mars 2022, la directrice des ressources humaines a refusé d'accorder à Mme A, d'une part, plus de deux jours de télétravail par semaine et, d'autre part, la récupération d'heures supplémentaires effectuées en 2021 concernant la mission PAVA. Elle a néanmoins indiqué que la récupération d'heures supplémentaires concernant la mission médiation allait être étudiée. Par un courrier du 18 mars 2022, la protection juridique de Mme A a adressé un courrier à la chambre demandant la récupération de cent soixante-quatre heures supplémentaires effectuées en 2021 et la mise en œuvre de la préconisation de télétravail émise par le médecin de prévention. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 1er mars 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de la demande présentée par son assureur.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
2. Le moyen tiré de ce que les décisions sont illégales dès lors qu'elles sont intervenues sans qu'ait été préalablement consultée la commission paritaire locale n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, ni les dispositions de l'article 54 du statut du personnel ni celles de l'annexe XXII au statut ne prévoient d'obligation de consultation de la commission paritaire locale concernant les demandes des agents en matière de télétravail et de récupération d'heures supplémentaires. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de récupération des heures supplémentaires :
3. Aux termes du IV de l'annexe X du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat : " Sont des heures supplémentaires les heures travaillées en dépassement de la durée hebdomadaire fixée. / Les heures supplémentaires ne peuvent être qu'exceptionnelles. / Les heures supplémentaires donnent lieu à équivalence en temps de travail effectif come indiqué ci-après. () A défaut de pouvoir être compensées en temps ou en cas de demande expresse de l'agent, elles donnent lieu à une majoration de traitement () ". Aux termes de l'article 5 " heures supplémentaires " du protocole d'accord sur l'aménagement et la réduction du temps de travail, applicable à compter du 1er janvier 2021 : " Les heures supplémentaires ne peuvent être qu'exceptionnelles et préalablement autorisées par le directeur ou le responsable de service ".
4. Mme A a produit des copies d'écran du logiciel de comptabilisation des temps de travail (Chronos) utilisé au sein de la chambre des métiers et de l'artisanat faisant état à la fin de l'année 2021 de cent soixante-quatre heures supplémentaires, effectuées tout au long de l'année. La chambre des métiers et de l'artisanat ne conteste pas sérieusement la réalité de ces heures qui ont été relevées quotidiennement par son agent et communiquées à l'employeur, sans réaction de sa part pendant une année.
5. Mme A a elle-même indiqué sur sa fiche d'évaluation de l'année 2021, par un commentaire datant du 30 septembre 2021, qu'elle avait pris l'initiative en 2021, sans directive de sa hiérarchie, de gérer le lot PAVA 90 en plus du lot 25 qui lui était assigné et qu'elle n'a rendu compte de cette situation à sa hiérarchie qu'en mars par téléphone et en juillet 2021 lors de son entretien annuel. Elle indiquait alors également que cette surcharge de travail se traduisait par un solde de plus de cent heures sur le logiciel Chronos, arrêté en septembre. Il ressort ainsi des pièces du dossier que ces heures supplémentaires n'ont pas été initialement autorisées par ses supérieurs hiérarchiques.
6. Néanmoins à compter de juillet 2021, date de l'échange intervenu avec la supérieure hiérarchique dans le cadre de l'évaluation annuelle, la hiérarchie de Mme A ne pouvait ignorer qu'elle prenait en charge le lot 90 et que cela occasionnait d'importantes heures supplémentaires. La fiche d'évaluation indique ainsi : " B atteint et dépasse ses objectifs de réalisation. Seule référente PAVA dans la structure à agir sur deux départements (lot 25-90), c'est elle qui a le plus d'accompagnements () " ainsi que " Elle est autonome dans ses missions et a mis en place une bonne organisation même si son travail demande une adaptation de ses horaires. Elle a toujours eu l'habitude d'être cadre autonome et d'accomplir ses missions jusqu'au bout sans se freiner par des plages horaires () ". Il n'est pas contesté que chaque lot PAVA est habituellement attribué à un agent distinct et que le poste dédié au lot PAVA du département du Territoire de Belfort n'avait pas fait l'objet d'un recrutement. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'employeur aurait demandé à Mme A au cours de l'année 2021 de cesser de remplir les missions relevant de la mission PAVA pour le lot 90. Il ressort en outre des pièces du dossier que les référents PAVA sont amenés à remplir régulièrement des tableaux de suivi d'activité en indiquant le nombre d'heures qu'ils consacrent à cette activité, de sorte que l'employeur peut suivre le volume d'heures tant dans le logiciel Chronos que via ces tableaux de suivi. Dans ces conditions, compte tenu des termes du compte rendu de l'entretien annuel d'évaluation, la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté doit être regardée comme ayant tacitement autorisé Mme A à effectuer des heures supplémentaires à compter du mois d'août 2021. Selon les relevés horaires produits, le nombre d'heures effectuées entre août 2021 et décembre 2021 est de 90. Par suite, la décision du 1er mars 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait en ce qu'elle refuse le paiement des heures supplémentaires au motif que ces heures n'auraient pas été demandées et que les supérieurs hiérarchiques n'auraient pas été alertés concernant la problématique de dépassement des heures. Elle doit ainsi être annulée pour ce motif en tant qu'elle refuse la récupération de quatre-vingt-dix heures supplémentaires. La décision implicite de rejet du recours gracieux formé pour le compte de Mme A par son assureur doit également être annulée par voie de conséquence.
En ce qui concerne le refus d'autorisation de télétravail au-delà de deux jours hebdomadaires :
7. Aux termes de l'article 1er de l'annexe XXII du statut, relative aux dispositions relatives au télétravail, : " Le télétravail désigne toute forme d'organisation du travail dans laquelle les fonctions qui auraient pu être exercées par un agent dans les locaux de son établissement sont réalisées hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les technologies de l'information et de la communication () ". Selon l'article 2 de cette annexe : " L'autorisation de télétravail prévoit l'attribution de jours de télétravail fixes au cours de la semaine ou du mois. En raison des nécessités de service ou pour convenances personnelles à la demande de l'agent, et en accord avec le responsable, que soit à la demande de l'agent télétravailleur ou de son responsable, ces jours fixes peuvent être décalés à un autre jour de la même semaine ou du mois ". Aux termes de l'article 2-1 de cette annexe : " La quotité des fonctions pouvant être exercées sous la forme du télétravail ne peut être supérieure à deux jours par semaine. Le temps de présence sur le lieu d'affectation de l'agent ne peut être inférieur à trois jours par semaine. / Les seuils définis au premier alinéa s'apprécient sur une base mensuelle dans la limite maximale de quatre jours consécutifs en télétravail () ". Aux termes de l'article 3 de cette annexe : " A la demande des agents dont l'état de santé le justifie et après avis du médecin de prévention ou du médecin du travail, il peut être dérogé pour six mois maximum aux conditions fixées par l'article 2. Cette dérogation est renouvelable une fois après avis du médecin de prévention ou du médecin du travail. / Il peut être dérogé aux conditions fixées par l'article 2-1 lorsqu'une autorisation temporaire de télétravail a été demandée et accordée en raison d'une situation exceptionnelle perturbant l'accès au service ou le travail sur le site. Dans ce cas-là, l'établissement peut autoriser l'utilisation de l'équipement informatique personnel de l'agent ".
8. Par une décision du 4 avril 2022, la requérante a obtenu le bénéfice de deux jours de télétravail par semaine (jeudi et vendredi). A supposer que les dispositions précitées doivent être interprétées comme prévoyant à cet article 3 deux hypothèses distinctes dans lesquelles il peut être dérogé à la quotité maximale prévue par l'article 2-1 de l'annexe XXII du statut, notamment à la demande des agents dont l'état de santé le justifie, après avis du médecin de prévention ou du médecin du travail, pour six mois maximum, Mme A, en se bornant à faire valoir qu'elle bénéficie du statut de travailleur handicapé et que le médecin de prévention a indiqué le 17 février 2022 qu'au vu de son état de santé et du contexte sanitaire, le télétravail était à privilégier au maximum des possibilité du poste, sans donner aucun élément précis concernant les difficultés liées à l'exécution des tâches au sein des locaux de son établissement plutôt qu'à son domicile pour sa santé, et alors que l'employeur fait valoir avoir effectué des démarches pour attribuer à Mme A un nouveau bureau individuel après échange avec le médecin du travail, n'établit pas que son état de santé nécessitait l'octroi de plus de deux jours de télétravail par semaine. En outre, alors que le médecin a évoqué un télétravail à privilégier en fonction des possibilités du poste, il n'est pas sérieusement contesté que le poste d'accompagnement et de médiation occupé par Mme A suppose l'organisation d'un certain nombre de rendez-vous avec des personnes extérieures à l'établissement et par ailleurs des réunions internes ainsi que la participation à des groupes de travail. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté. La décision attaquée du 1er mars 2022 n'étant pas fondée sur l'impossibilité d'accorder des jours supplémentaires de télétravail pour raison médicale en dehors de l'hypothèse d'une situation exceptionnelle perturbant l'accès au service ou le travail sur le site, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus d'octroi de plus de deux jours de télétravail doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la chambre des métiers et de l'artisanat et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er mars 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé pour le compte de Mme A contre cette décision sont annulées en tant qu'elles refusent la récupération de quatre-vingt-dix heures supplémentaires de travail.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre des métiers et de l'artisanat de Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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