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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201543

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201543

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2022, M. A B, représentée par la SCP Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 15 juin 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale et l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à a charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- les décisions attaquées son insuffisamment motivées ;

- la décision du 4 février 2022 est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fait application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il n'avait pas sollicité l'application de cet article ;

- en lui opposant la situation de l'emploi le préfet a commis une seconde erreur de droit ;

- il remplit les conditions prévues par la circulaire du 28 novembre 2012 pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- son admission exceptionnelle au séjour est justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Clemang représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, est entré en France en juillet 2017. Par un arrêté du 29 juillet 2020 le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 6 janvier 2022. Cette demande a été rejetée par une décision du 4 février 2022. Par une décision du 15 avril 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté le recours gracieux présenté par l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête:

2. Aux termes des stipulations du paragraphe 42 de l'accord du 23 septembre 2006 susvisé, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail. / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ".

3. Ces stipulations renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. / () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

5. M. B soutient que le préfet de Saône-et-Loire n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande de titre de séjour dès lors qu'il n'a pas mentionné l'ancienneté du contrat de travail à durée indéterminée dont il est titulaire depuis le 9 novembre 2020 et le courrier par lequel son employeur a fait part de ses difficultés de recrutement. Dans la décision attaquée du 4 février 2022, le préfet, qui devait apprécier si la qualification, l'expérience, les diplômes de l'intéressé ainsi que les caractéristiques de son emploi pouvaient constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour, s'est borné à indiquer " il n'apparait pas que votre admission au séjour réponde à des considérations humanitaires ou se justifie par des motifs exceptionnels en application de l'article L. 435-1 précédemment visé, et vous n'établissez pas non plus être dépourvu de liens familiaux dans votre pays d'origine puisque vos trois enfants y vivent ". Par sa décision du 15 juin 2022, le préfet s'est également borné à indiquer " vous ne justifiez d'aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire de nature à vous admettre au séjour : vous êtes entré en France récemment, en 2017, et il n'apparait pas que le centre de vos attaches familiales se situe en France puisque vos trois enfants résident dans votre pays d'origine et qu'aucun membre de votre famille ne réside sur le territoire " sans porter aucune appréciation sur les éléments produits par le requérant à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et relatif à sa situation professionnelle. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 février 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et de la décision du 15 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet de Saône-et-Loire procède au réexamen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 4 février 2022 et 15 avril 2022 du préfet de Saône-et-Loire sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. B dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. C

Le président,

Ph. NICOLET Le greffier,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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