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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201578

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201578

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ADAES AVOCATS (SARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2022 et 21 mars 2023,

M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la convention du 22 juillet 2021 ;

2°) à titre subsidiaire d'inviter la commune de Charny Orée de Puisaye à prendre des mesures de régularisation.

Il soutient que :

- la convention litigieuse a été modifiée postérieurement à la délibération adoptée par le conseil municipal le 22 juillet 2021 ;

- le compte rendu du conseil municipal du 22 juillet 2021 reprend clairement certains termes de la convention qui régit le périscolaire et notamment le tarif de 32 euros par heure ; la convention finale ne l'indique pas ;

- les conclusions présentées par la commune de Charny Orée de Puisaye sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, la commune de Charny Orée de Puisaye, représentée par son maire en exercice, ayant pour avocat le cabinet Adaes Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal dise que la poursuite de l'exécution de la convention est possible ou, à défaut, l'invite à prendre des mesures de régularisation dans le délai que le tribunal fixera et, enfin, à ce qu'il soit mis à la charge de

M. A une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête de M. A est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé ;

- M. A n'a aucun intérêt à agir, dès lors qu'il ne soutient pas, à l'appui de sa requête, les raisons pour lesquelles le vice allégué de la convention en litige porterait atteinte au budget de la commune ;

- les conclusions présentées par M. A ne sont pas fondées.

La requête a été communiquée à l'association " Enfance et Loisirs pour tous " qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de M. A et de Me de Mesnard représentant la commune de Charny Orée de Puisaye.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 22 juillet 2021, le conseil municipal de la commune de Charny Orée de Puisaye a autorisé la maire à conclure une convention de partenariat avec l'association " Enfance et Loisirs pour tous " relative à l'accueil périscolaire de l'école Villefranche, située sur le territoire de la commune. Par la présente requête, M. A demande au tribunal, à titre principal, d'annuler la convention de partenariat pour l'accueil périscolaire de Villefranche du 22 juillet 2021 et, à titre subsidiaire, d'inviter la commune de Charny Orée de Puisaye à prendre des mesures de régularisation.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Charny Orée de Puisaye :

2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Les requérants peuvent éventuellement assortir leur recours d'une demande tendant, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution du contrat. Ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d'un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal du conseil municipal qui s'est tenu le 22 juillet 2021, que M. A était présent en sa qualité de conseiller municipal lors du vote de la délibération ayant autorisé le maire à signer la convention de partenariat avec l'association " Enfance et Loisirs pour tous " relative à l'accueil périscolaire de l'école Villefranche. Toutefois, il est constant que, postérieurement à l'adoption de cette délibération, le maire de la commune de Charny Orée de Puisay a modifié la rédaction de la clause financière de la convention litigieuse et que le requérant n'a appris l'existence de la version modifiée de cette convention que le 3 juin 2022, à l'occasion de sa participation à une réunion de la commission enfant/jeunesse. Il ne résulte d'aucune des pièces du dossier que M. A aurait eu connaissance, plus de deux mois avant la saisine du tribunal administratif, intervenue le 15 juin 2022, du contenu de la clause modifiée de la convention, dont aucune des délibérations du conseil municipal examinées lors de la séance du 22 juillet 2021 n'impliquait nécessairement la conclusion. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Charny Orée de Puisay tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

4. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que, en sa qualité de conseiller municipal, M. A justifiait d'un intérêt à agir contre la convention de partenariat pour l'accueil périscolaire de l'école Villefranche du 22 juillet 2021. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Charny Orée de Puisay, tirée de l'absence d'intérêt à agir de M. A, doit être écartée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".

6. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Charny Orée de Puisay, la requête de M. A indique que la version de la convention de partenariat pour l'accueil périscolaire de l'école Villefranche, signée le 22 juillet 2021, ne correspond pas à la version qui a été soumise, le même jour, au conseil municipal et précise que cette convention a été conclue au terme d'une procédure irrégulière. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Charny Orée de Puisay, tirée du défaut de motivation de la requête de M. A, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 2122-21 du même code : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () / ; 6° De souscrire les marchés, de passer les baux des biens et les adjudications des travaux communaux dans les formes établies par les lois et règlements ; () ".

8. Il résulte de l'instruction que le projet de convention de partenariat relatif à l'accueil périscolaire de l'école Villefranche, soumis au conseil municipal de la commune de Charny Orée de Puisaye le 22 juillet 2021, comportait une clause financière stipulant que " les recettes de l'association Enfance et Loisirs pour tous sont constituées pour 78 % par la commune de Charny Orée de Puisaye, En application d'un coût forfaitaire horaire facturé par l'association Enfance et Loisirs pour tous à 32,00 euros à la commune de Charny Orée de Puisaye. Ce coût horaire est constitué des frais et charges relatifs à l'animation. Cet indice pourra être réévalué chaque année sur la base de la revalorisation de l'indice du coût de la vie ". Toutefois, il est constant que le contrat signé par le maire de la commune de Charny et les co-présidents de l'association " Enfance et loisirs pour tous " comportait une clause financière rédigée de manière différente, dès lors que l'article V de cette convention, relative au financement de la prestation et à la tarification applicable à la collectivité, est ainsi rédigé : " les recettes de l'association " Enfance et Loisirs pour tous " sont constituées pour 78 % par la commune de Charny Orée de Puisaye, En application d'un coût détaillé ventilé par poste de dépense et facturé par l'association Enfance et Loisirs pour tous à la commune de Charny Orée de Puisaye. Ce coût est constitué des frais et charges relatifs à l'animation ". La clause litigieuse votée par le conseil municipal s'imposait au maire de la commune chargé, en application de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales, d'exécuter les décisions du conseil municipal sous le contrôle de ce dernier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le conseil municipal de la commune ait donné son approbation aux stipulations introduites dans le contrat par le maire, lesquelles n'ont, par suite, pas fait l'objet d'un accord valable des parties.

En ce qui concerne les conséquences de l'illégalité de la clause en litige :

9. En premier lieu, compte tenu de son importance dans l'économie générale et l'équilibre financier du contrat de partenariat conclu avec la commune de Charny Orée de Puisaye, cette clause revêt un caractère indivisible et la nullité qui l'affecte, qui a pour effet d'interdire le maintien de l'économie générale de cette convention, s'étend à l'ensemble de celle-ci.

10. En deuxième lieu, saisi ainsi par un tiers de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.

11. Eu égard à la nature de l'irrégularité constatée, qui affecte les conditions dans lesquelles la personne publique a donné son consentement, et à la durée pendant laquelle le contrat a déjà été exécuté, il y a lieu d'annuler, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la convention de partenariat relative à l'accueil périscolaire de l'école Villefranche conclue le 22 juillet 2021 entre la commune de Charny Ornée de Puisaye et l'association " Enfance et Loisirs pour tous ", sauf si la commune de Charny Ornée de Puisaye procède, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, à la régularisation de ce contrat en adoptant une délibération autorisant régulièrement la signature de la convention comportant les dispositions modifiées de l'article V.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La convention du 22 juillet 2021 est annulée, sauf si la commune de Charny Ornée de Puisaye procède, au plus tard dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, à la régularisation de ce contrat en adoptant une délibération autorisant la signature de cette convention dans sa rédaction comportant la version modifiée, postérieurement à la délibération du 22 juillet 2021, de la clause n° V relative au " financement de la prestation et tarification applicable à la collectivité ".

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Charny Ornée de Puisaye sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Charny Ornée de Puisaye et à l'association " Enfance et loisirs pour tous ".

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

No 2201578

lc

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