jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201635 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 juin 2022, 7 juillet 2022, 10 octobre 2022 et 11 juillet 2024, M. C B et Mme F B, représentés par la
SCP Themis Avocats et Associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 17 mars 2023 par laquelle le maire de Viévy ne s'est pas opposé, au nom de l'Etat, à la déclaration préalable déposée par
M. G D le 17 février 2023, en vue de la construction d'une piscine hors-sol et d'une pergola sur la parcelle cadastrée AE 22 lui appartenant ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable,
- le dossier de déclaration préalable de travaux est incomplet au regard des prescriptions des articles R. 431-10, R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les règles de distance prévues par l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023, M. G D, représenté par Me Kovac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la commune de Viévy, qui a produit des mémoires enregistrés les 5 septembre 2022 et 14 juin 2024 par lesquels elle conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
23 juillet 2024.
Un mémoire a été enregistré le 16 août 2024 pour M. et Mme B, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme H,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
-les observations de Me Weber, représentant M. et Mme B et A E, représentant la commune de Viévy.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires d'une maison d'habitation située sur une parcelle cadastrée AE 143 dans le hameau de Thoreille sur le territoire de la commune de Viévy. Leur voisin immédiat, M. D, a déposé le 21 juillet 2021 une déclaration préalable pour la régularisation de travaux consistant en l'installation d'une piscine hors-sol d'une surface de 22,36 mètres carrés et d'une pergola d'une surface de 18 mètres carrés sur la parcelle cadastrée AE 22. Une décision implicite de non-opposition à cette déclaration préalable est née le 21 août 2021 du silence gardé par le maire de Viévy. Le 17 février 2023, M. D a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur les mêmes travaux. Une décision implicite de non-opposition à cette déclaration préalable est née le 17 mars 2023. Sur demande de M. D, le maire de Viévy a par un arrêté du 4 mai 2023, devenu définitif, retiré la décision implicite de non-opposition du 21 août 2021. Par la présente requête,
M. et Mme B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision implicite née le 17 mars 2023 par laquelle le maire de Viévy, au nom de l'Etat, ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. D.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable précise : / () / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-36 de ce code : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ".
3. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition à déclaration préalable que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Il ressort des pièces du dossier que si le plan cadastral comprend l'ensemble de l'unité foncière du déclarant, la référence cadastrale du terrain d'assiette du projet est explicitement mentionnée sur le formulaire cerfa de la déclaration préalable en litige et le plan de situation fait apparaître le terrain assiette du projet ainsi que l'emplacement exact des installations sur ce terrain. Par ailleurs, si le dossier ne comprend pas le plan coté dans les trois dimensions et le document graphique mentionnés aux articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme, les photographies des piscine et pergola existantes, dès lors qu'il s'agit d'une régularisation de travaux déjà réalisés, montrent l'insertion des installations en cause par rapport aux constructions avoisinantes et la voie publique, ainsi que le gabarit, l'aspect extérieur et l'implantation de ces installations. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'autorité administrative a ainsi été en mesure de porter, en connaissance de cause, son appréciation sur les installations litigieuses. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de déclaration préalable doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".
6. Il ressort de ces dispositions que les règles d'implantation en limites séparatives ne visent que les bâtiments. En l'espèce, si la piscine non couverte et la pergola constituée de poteaux soutenant des poutres espacées entre elles sont des constructions, elles ne constituent pas des bâtiments au sens de l'article R. 111-17 précité du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que les constructions en litige ne relèvent pas du champ d'application de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme est inopérant.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des () ouvrages à édifier (), sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme, doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
9. Si les requérants soutiennent que la " piscine gigantesque " construite " au cœur d'un paisible petit village " porte atteinte au caractère rural et naturel des lieux avoisinants, ces allégations ne sont pas assorties des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par M. D, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable née le
17 mars 2023.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. D, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme B les sommes demandées par M. D et par la commune de Viévy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de M. D et de la commune de Viévy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme F B, à M. G D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or et à la commune de Viévy.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
La rapporteure,
V. HLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2201635
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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