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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201651

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201651

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, M. A B, représenté par

Me Ndong Ndong, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 8 février 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 20 avril 2022 rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer un titre de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet de Saône-et-Loire était absent ou empêché le jour de la signature de l'acte attaqué et que l'administration ne justifie pas que le signataire de cette décision bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;

- la décision litigieuse ne vise pas la délégation de signature qui a été consentie à son signataire et est ainsi entachée d'un vice de forme ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation dès lors qu'il n'a pas fait référence à sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 424-12 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui délivrant pas un titre de séjour au plus tard le 20 décembre 2021 ;

- en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté dès lors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer le requérant de son fils ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 16 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, est entré en France le 1er juin 2016 et a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 18 septembre 2020. Par une décision du 8 février 2022, le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " protection subsidiaire ". M. B a exercé, contre cette décision, un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 20 avril 2022.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon. Dès lors, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la légalité de la décision du 8 février 2022 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour :

3. D'une part aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. D'autre part aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. En l'espèce, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. B une carte de résident portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 7 février 2019 pour des faits de violences, usage illicite de stupéfiants, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D et qu'il était défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de violence.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement en assistance éducative rendu le 31 janvier 2022 par le tribunal pour enfants D, que M. B est père d'un enfant né le 22 septembre 2019 qui a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance le 11 août 2020 en raison d'un conflit parental. Ce jugement relève que, alors que la mère de l'enfant est incarcérée depuis le début de l'année 2021 " dans le cadre d'une procédure criminelle ", les relations entre M. B, investi dans son rôle de père, évoluent positivement et que l'intéressé a engagé des démarches pour stabiliser sa situation, dispose d'un logement et accueille son fils en journée le week-end. Ce jugement indique également que M. B doit poursuivre dans cette dynamique et lui accorde un droit de visite une fois par semaine ainsi qu'un droit de visite et d'hébergement, une fois par mois a minima. Il ressort également de l'attestation établie par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Saône-et-Loire, certes postérieure à la décision attaquée mais qui rend compte d'une situation contemporaine de celle-ci, que M. B honore toutes les visites organisées par le service entre lui et son fils. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu des relations que le requérant a développées avec son enfant âgé de moins de trois ans à la date de la décision attaquée et de la situation dans laquelle se trouvait la mère de l'enfant à cette date, le préfet de Saône-et-Loire a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 février 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et de la décision du 22 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de fait et de droit y fasse obstacle, que le préfet de Saône-et-Loire délivre à M. B un titre de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme demandée en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 8 février 2022 du préfet de Saône-et-Loire refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour ainsi que la décision du 22 avril 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Saône-et-Loire de délivrer à M. B un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Zupan, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

N. ZEUDMI SAHRAOUI

Le président,

D. ZUPAN La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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