LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201662

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201662

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP BOIVIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022 et des mémoires enregistrés le 26 mai 2023,

14 décembre 2023 et 5 février 2024 l'association " Les Terres du Serein ", l'association du château de Monthelon, l'association " Montréal en Bourgogne patrimoine et environnement", l'association " Montréal en lumière ", Mme E O, M. K S et Mme D H, M. G Q, Mme I J, M. B L, Mme M L, épouse N, Mme R F, épouse C, la société Anim'Passion Nature, et la société "Au Quinze ", représentés par Me Monamy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a accordé à la société Eqiom Granulats une autorisation environnementale portant sur l'exploitation d'une carrière, l'utilisation d'une unité de concassage/criblage d'une puissance de 650 kw et le stockage de granulats et de déchets inertes sur un terrain situé au lieudit " Les Chaumes de Courois " à Montréal.

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société Eqiom Granulats une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la signataire de la décision disposait d'une délégation régulière. ;

- il n'est pas établi que le préfet de l'Yonne aurait saisi pour avis le directeur général de l'agence régionale de santé, ce qui entache la décision d'un vice de procédure ;

- la délibération du 17 février 2021 par laquelle le conseil municipal de Santigny a émis au cours de l'enquête publique un avis favorable au projet a eu lieu dans des conditions irrégulières ;

- aucune participation du public, avec la possibilité pour celui-ci d'exercer une réelle influence sur le projet, n'a été organisée en temps utile, en méconnaissance des dispositions des paragraphes 2, 3 et 4 de l'article 6 de la convention d'Aarhus ;

- l'étude d'impact est entachée de plusieurs inexactitudes, omissions ou insuffisances ayant vicié la procédure, s'agissant de la sensibilité paysagère et de la compatibilité avec le schéma départemental des carrières de l'Yonne, de la haute sensibilité écologique du site, et enfin des impacts du projet sur l'aquifère et la gestion des poussières ;

- la commission départementale de la nature des paysages et des sites a été consultée dans des conditions irrégulières ;

- la demande d'autorisation environnementale est lacunaire dans sa présentation des capacités financières du pétitionnaire ;

- le préfet de l'Yonne a méconnu les articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement, eu égard aux dangers et inconvénients du projet pour la sécurité publique, ainsi qu'à ses impacts sur le patrimoine environnant et le cadre de vie.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022, et le 29 novembre 2023 le préfet de l'Yonne demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que :

- l'association du château de Monthelon, l'association " Montréal en lumière ", les requérants personnes physiques et les sociétés requérantes ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2022, le 24 novembre 2023, le

16 janvier 2024 et le 19 février 2024, la société Eqiom Granulats représentée par la SCP Boivin et associés, demande au tribunal de rejeter la requête, ou, à titre subsidiaire, de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés par l'article L. 181-18 du code de l'environnement, ou, à titre encore plus subsidiaire, de ses pouvoirs de juge de plein contentieux en autorisant lui-même, à titre provisoire, et le cas échéant sous réserve de prescriptions complémentaires qu'il fixerait et pour un délai qu'il déterminerait, l'exploitation des activités autorisées sur le fondement de l'arrêté attaqué dans l'attente de la délivrance d'une nouvelle autorisation par le préfet de l'Yonne et de mettre à la charge des requérants une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les requérants ne justifient pas de la qualité leur donnant intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 mai 2024 les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 181-18 du code de l'environnement et de sursoir à statuer sur les conclusions dirigées contre l'autorisation environnementale attaquée, dans l'attente de la régularisation des illégalités tenant à l'absence de consultation du directeur général de l'agence régionale de santé, l'absence de procédure de participation du public, en méconnaissance des dispositions des paragraphes 2, 3 et 4 de l'article 6 de la convention d'Aarhus et à l'insuffisante justification des capacités financières du pétitionnaire et ont été invitées à présenter leurs observations sur ce point.

Des observations, présentées pour le préfet de l'Yonne, ont été enregistrées le 7 mai 2024.

Des observations, présentées pour la société Eqiom Granulats, ont été enregistrées le

8 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'Aarhus du 25 juin 1998 sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 22 septembre1994 relatif aux exploitations de carrières ;

- l'arrêté du 26 novembre 2012 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations de broyage, concassage, criblage, etc., relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2515 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux conditions d'admission des déchets inertes dans les installations relevant des rubriques 2515, 2516, 2517 et dans les installations de stockage de déchets inertes relevant de la rubrique 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ; .

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme J,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Monamy, représentant l'association " Les Terres du Serein ", et autres, de Me Delterme, représentant la société Eqiom Granulats.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 juin 2019, la société Calexy a déposé une demande d'autorisation environnementale en vue de reprendre l'exploitation d'une carrière de roche calcaire, située au lieu-dit " Les Chaumes de Courois " à Montréal (89), inactive depuis une dizaine d'années. Ce dossier, rejeté comme irrecevable, a été repris en 2020 par la société Eqiom Granulats. Le dossier a été complété le 31 janvier 2020, puis soumis à enquête publique du 7 janvier au 6 février 2021. Par arrêté du 24 février 2022, le préfet de l'Yonne a accordé à la société Eqiom Granulats une autorisation environnementale portant sur l'exploitation d'une carrière, l'utilisation d'une unité de concassage/criblage d'une puissance de 650 kw et le stockage de granulats et de déchets inertes, sur la parcelle A 238, d'une emprise de l'ordre de 100 000 mètres carrés dont 56 000 m2 de zone d'extraction, et pour une production maximale de 150 000 tonnes par an. L'association " Les terres du Serein " et autres en demandent l'annulation.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 181-50 du code de l'environnement : " Les décisions mentionnées aux articles L. 181-12 à L. 181-15-1 peuvent être déférées à la juridiction administrative: () 2° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3, dans un délai de quatre mois à compter de : a) L'affichage en mairie dans les conditions prévues au 2o de l'article R. 181-44; b) La publication de la décision sur le site internet de la préfecture prévue au 4o du même article. Le délai court à compter de la dernière formalité accomplie. Si l'affichage constitue cette dernière formalité, le délai court à compter du premier jour d'affichage de la décision. () "

3. A supposer que le délai de recours contre la décision en litige parte de sa publication sur le site internet de la préfecture de l'Yonne, le 24 février 2022, la requête a été enregistrée au greffe du tribunal le lundi 27 juin 2022, premier jour franc suivant le délai de quatre mois à compter de cette publication. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit par suite être écartée.

4. En second lieu, l'association " Les Terres du Serein " a, aux termes de l'article 2 de ses statuts, " pour objet dans la Vallée du Serein et au-delà, d'identifier, protéger et mettre en valeur les atouts du territoire dans une perspective de développement soutenable. Elle s'intéresse : - à la protection de l'environnement et de la biodiversité ; - à l'aménagement équilibré du territoire naturel, agricole et urbain et de son économie ; - à l'impact sur les populations de toutes formes de pollution et de nuisance ; - au respect des règlementations dans le domaine de l'environnement, de l'énergie, de la gestion des déchets et du cadre de vie ; - à la reconnaissance du patrimoine historique, artistique et culturel ; () L'association exerce ses activités au moyen notamment d'actions devant toutes les juridictions, administrations et organisations compétentes ", ce qui lui confère intérêt pour agir contre l'autorisation environnementale en litige.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt pour agir des autres requérants, la requête est recevable en tant qu'elle est présentée par l'association " Les Terres du Serein ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'autorisation :

6. Par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme P A, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Yonne, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives à l'environnement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'autorisation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la procédure consultative :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 181-18 du code de l'environnement : " Lorsque le projet est soumis à évaluation environnementale, le préfet consulte le directeur général de l'agence régionale de santé de la ou des régions sur le territoire desquelles ce projet est susceptible, compte tenu de son impact sur l'environnement, d'avoir des incidences notables sur la santé publique. (). Lorsqu'ils sont saisis en application des dispositions du présent article, le ou les directeurs généraux d'agence régionale de santé concernés disposent d'un délai de quarante-cinq jours à compter de la réception du dossier pour se prononcer. "

8. Le préfet produit la fiche de suivi du dossier, qui montrerait que l'agence régionale de santé aurait été saisie, et, que par conséquent, en l'absence d'avis explicite, un avis serait réputé émis. Toutefois, le document produit, qui est une fiche manuscrite, sur laquelle ne figure aucune date précise de saisine de l'agence régionale de santé, ne peut permettre de considérer qu'un tel avis implicite serait intervenu. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, une telle consultation était requise en application des dispositions précitées s'agissant d'un projet de remise en exploitation d'une carrière, soumis à évaluation environnementale, et, au surplus, susceptible de générer des émissions de bruits et de poussières ayant des incidences sur la santé publique.

9. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en raison de l'absence de consultation du directeur général de l'agence régionale de santé est par suite fondé.

10. En second lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. S'il n'est pas contesté que la délibération du 17 février 2021 par laquelle le conseil municipal de Santigny a émis au cours de l'enquête publique un avis favorable au projet a été adoptée au scrutin secret en dehors des deux cas prévus par les dispositions l'article

L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales, et à supposer que les conseillers municipaux n'aient pas été destinataires d'une note de synthèse ou n'aient pas été convoqués au moins cinq jours avant le conseil municipal, il ne résulte pas de l'instruction que les illégalités qui affecteraient ainsi cet avis auraient exercé une influence sur la décision d'autorisation du préfet litigieuse, ni qu'elles auraient privé le public d'une garantie, compte tenu, notamment, des nombreuses pièces et avis figurant par ailleurs dans le dossier d'enquête publique.

En ce qui concerne l'information, la participation du public au processus décisionnel :

11. Aux termes de l'article 6 de la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement : " 1. Chaque Partie : a) Applique les dispositions du présent article lorsqu'il s'agit de décider d'autoriser ou non des activités proposées du type de celles énumérées à l'annexe I ; b) Applique aussi les dispositions du présent article, conformément à son droit interne, lorsqu'il s'agit de prendre une décision au sujet d'activités proposées non énumérées à l'annexe I qui peuvent avoir un effet important sur l'environnement. Les Parties déterminent dans chaque cas si l'activité proposée tombe sous le coup de ces dispositions ; () 2. Lorsqu'un processus décisionnel touchant l'environnement est engagé, le public concerné est informé comme il convient, de manière efficace et en temps voulu, par un avis au public ou individuellement, selon le cas, au début du processus () / 3. Pour les différentes étapes de la procédure de participation du public, il est prévu des délais raisonnables laissant assez de temps pour informer le public conformément au paragraphe 2 ci-dessus et pour que le public se prépare et participe effectivement aux travaux tout au long du processus décisionnel en matière d'environnement. / 4. Chaque Partie prend des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c'est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence ".

12. L'annexe I de cette convention fixe à ses paragraphes 1 à 19 la liste des activités visées à l'article 1 a de l'article 6 de la convention, dont au paragraphe 16 l'activité " Carrières et exploitations minières à ciel ouvert lorsque la surface du site dépasse 25 hectares. ". Si cette annexe mentionne aussi à son paragraphe 20 " toute activité non visée aux paragraphes 1 à 19 ci-dessus pour laquelle la participation du public est prévue dans le cadre d'une procédure d'évaluation de l'impact sur l'environnement conformément à la législation nationale ", cette clause ne peut être regardée comme incluant les activités visées aux paragraphes 1 à 19 mais n'atteignant pas les seuils requis pour déclencher le processus d'information et de participation du public, soit, pour l'activité " Carrières " visée au paragraphe 16, une surface du site inférieure ou égale à 25 hectares. Le projet en litige, qui porte sur une surface de 10 hectares, ne relève pas ainsi d'une activité visée à l'annexe I de l'article 6 de la convention d'Aarhus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne l'étude d'impact :

13. En premier lieu, l'étude d'impact s'attache à analyser l'état des paysages et du patrimoine culturel de la zone d'influence du projet. Elle contient une description de l'impact sur le patrimoine historique et paysager, ainsi que des mesures permettant d'éviter, réduire ou compenser cet impact. Contrairement à ce qui est soutenu, cette étude ne se limite pas à la partie du village classée au titre des monuments historiques, mais porte sur l'ensemble du village et des environs. Elle indique que le projet est en zone sensible du plan départemental de gestion des carrières et n'est entachée sur ce point d'aucune erreur, la " zone à éviter " de ce schéma n'incluant pas la carrière, qui se situe dans l'unité paysagère n°14, répertoriée par le schéma départemental des carrières comme un secteur dans lequel " les carrières ne sont acceptables que dans la mesure où elles utilisent la morphologie du paysage pour se faire invisibles depuis l'extérieur ". Enfin, contrairement à ce qui est soutenu, l'étude paysagère ne minimise pas la sensibilité paysagère et patrimoniale du site, qui est qualifiée de forte.

14. En deuxième lieu, l'étude d'impact comporte des analyses particulièrement approfondies en ce qui concerne les atteintes susceptibles d'être portées à la biodiversité sur le site du projet, qui correspond à une zone d'ancienne carrière au milieu d'une zone boisée. Un recensement des espèces présentes a été mené, et a permis d'identifier sur le site même l'existence de nombreuses espèces protégées, notamment un Grand-duc et des grenouilles, ce qui a conduit à définir des mesures contraignantes pour assurer la protection de ces espèces. Les requérants se prévalent d'un arrêté du préfet de l'Yonne qui a refusé l'autorisation environnementale àun projet d'implantation d'éoliennes à Santigny, commune jouxtant la commune de Montréal, et limitrophe de la carrière, en raison de la présence d'un nid de Cigogne noire sur la commune de Chatel-Gérard, à moins de 4 km de l'éolienne la plus proche ; pour autant, ce nid se situe à plus de 10 km de la carrière, et quand bien même cette carrière est susceptible d'être survolée par cette espèce, comme une grande partie des environs, il n'est pas établi que la Cigogne noire serait présente sur le site même, qui ne présente pour elle aucune condition favorable ni pour le nichage ni pour le " gagnage ". Et même à supposer que les Cigognes noires fréquentent épisodiquement les lieux, il n'est pas précisé en quoi l'activité de la carrière, qui ne peut sérieusement être comparée à celle d'un parc d'éoliennes, présenterait un danger pour cette espèce. Enfin, les requérants soutiennent que le site est à la jonction de trois zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et constitue ainsi un corridor écologique qui n'aurait pas été analysé ; toutefois, outre qu'en réalité aucune de ces ZNIEFF ne jouxte la parcelle, la plus proche étant à 750 mètres, les enjeux et impacts du site en termes de continuité écologique sont analysés aux points III.6.3.5. et V.4.3.4., de l'étude, dont le contenu est proportionné aux enjeux de cette zone.

15. En troisième lieu, les requérants soutiennent que l'étude d'impact n'a pas analysé le risque de perturbation sur "l'aquifère perché porté par la formation géologique", et expliquent à cet égard que les couches de calcaire à exploiter permettent aux eaux de pluies de s'infiltrer jusqu'à la couche sous-jacente argileuse qui retient les eaux, qui forment une nappe perchée et resurgissent en plusieurs points dans les environs sous forme de sources, le creusement de la carrière risquant dès lors de créer des résurgences au niveau des parois et de détourner les eaux de leur circuit actuel, donc d'assécher les sources. Toutefois, il ressort du plan d'extraction de la carrière qu'un tel risque n'est aucunement établi, le niveau le plus bas de la carrière après extraction étant à 270 mètres NGF, soit 10 mètres au-dessus de celui de la couche qui retient la nappe. L'étude d'impact comporte des développements poussés s'agissant de l'hydrogéologie, qui s'appuient sur une étude de traçage des eaux souterraines, portant sur les points de captage des eaux potables et les ruisseaux des environs. Elle conclut au fait que le site est en dehors de tout périmètre de protection de captage, que les eaux s'infiltrant sur la carrière de Montréal n'ont aucune relation avec les captages d'alimentation en eau potable du secteur, mais que le ruisseau de Marmeaux est toutefois exposé à d'éventuelles pollutions sur la carrière via le réseau souterrain. Elle présente enfin l'impact de la carrière sur les eaux, notamment sur la ressource, sur les conditions d'écoulement et d'infiltration et sur l'impact des fines calcaires. Si cette étude ne mentionne pas de manière exhaustive toutes les sources des environs, notamment celle du hameau du Bayeul, les allégations des requérants s'agissant du risque d'assèchement de ces sources, qui reposent sur des démonstrations purement théoriques, ne permettent pas de remettre sérieusement en cause les résultats de cette étude. Les impacts du changement climatique sur la ressource en eau font l'objet d'analyses au point IX de l'étude, qui rappelle les mesures prévues pour réduire les émissions de poussière et corrélativement le besoin en eau pour limiter ces émissions, et indique les évolutions possibles selon l'évolution du changement climatique.

16. En quatrième lieu, l'étude d'impact comporte des développements détaillés concernant les émissions de poussières, et mentionne notamment à ce titre les risques de blanchiment du paysage et l'atteinte au bon développement de la végétation, ce qui amène cette étude à détailler les mesures envisagées pour limiter les émissions de poussières, lors des opérations d'extraction et de traitement des matériaux, lors des manœuvres des engins sur les pistes et lors du transport hors du site. Elle décrit enfin le dispositif de suivi des retombées de poussières dans l'environnement à mettre en place.

17. En dernier lieu, l'étude d'impact comprend des développements relatifs aux différentes origines des vibrations, aux sensibilités du secteur, aux mesures de réduction envisagées et au suivi envisagé. Le domaine Saint-Jean, qui accueille chaque année plusieurs milliers d'enfants, fait partie des sites au regard desquels l'impact sonore et visuel a été mesuré et fait partie des points de suivi des émissions de poussières.

18. Il résulte de ce qui précède que l'étude d'impact n'apparait entachée d'aucune insuffisance, s'agissant des points soulevés par les requérants.

En ce qui concerne la consultation de la commission départementale de la nature des paysages et des sites :

19. Aux termes de l'article R. 341-25 du code de l'environnement : " Lorsque la commission ou l'une de ses formations spécialisées est appelée à émettre un avis sur une affaire individuelle, la personne intéressée est invitée à formuler ses observations. La commission délibère en son absence ".

20. Il ressort du compte-rendu de la commission départementale de la nature des paysages et des sites qui a examiné la demande, le 1er février 2022, que deux représentants de la société Eqiom Granulats étaient présents. Si ce compte-rendu ne mentionne pas qu'ils auraient quitté la salle lorsque la commission a délibéré, il en ressort en revanche que dix suffrages ont été exprimés, correspondant au nombre de membres présents de la commission. La société Eqiom produit en outre une attestation sur l'honneur de ses deux représentants qui certifient avoir quitté la salle avant le délibéré, et les requérants n'apportent pas la preuve que cette attestation serait un faux.

21. Le moyen tiré de l'irrégularité de la consultation de la commission départementale de la nature des paysages et des sites doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la justification des capacités financières du pétitionnaire ;

22. Aux termes de l'article L. 181-27 du code de l'environnement : " L'autorisation prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-6-1 lors de la cessation d'activité. ". Aux termes de l'article D. 181-15-2 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque l'autorisation environnementale concerne un projet relevant du 2° de l'article L. 181-1, le dossier de demande est complété dans les conditions suivantes. / I. - Le dossier est complété des pièces et éléments suivants : / () 3° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 181-27 dont le pétitionnaire dispose, ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'autorisation, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation ; (). ". Il résulte de ces dispositions que le dossier d'une demande d'autorisation déposée depuis le

1er mars 2017 ne doit plus comporter des indications précises et étayées sur les capacités financières exigées par les dispositions précitées de l'article L. 181-27 du code de l'environnement, mais seulement une présentation des modalités prévues pour établir ces capacités, si elles ne sont pas encore constituées.

23. Le dossier de demande, qui était au nombre des pièces du dossier d'enquête publique, comporte une partie II.4.3 - " Capacités financières ", qui indique que les sociétés du groupe Eqiom Granulats font partie du groupe Eqiom France, qui lui-même fait partie du groupe CRH depuis le rachat en 2015 des activités de Holcim France. Il rappelle l'évolution du chiffre d'affaires de la société Eqiom Granulats, du montant de ses capitaux propres et de ses dettes, de son taux de rentabilité et des ratios financiers de 2006 à 2018 ainsi qu'un rappel des cautions bancaires obtenues au titre de précédents projets, et conclut à la solidité financière d'Eqiom.

24. Si les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces indications auraient dû être étayées par la production des bilans comptables certifiés par un commissaire aux comptes, ni qu'elles portent sur des années trop anciennes, alors que la demande a été complétée en janvier 2020, juste après la fin de l'exercice comptable 2019, il est revanche exact que l'information délivrée par le pétitionnaire porte uniquement sur la situation financière de la société Eqiom Granulats et qu'aucun élément n'est apporté par cette société quant aux capacités financières qu'elle entend mettre en œuvre pour conduire le projet en litige. Ainsi en l'absence de toute précision quant au montant total de l'investissement nécessaire à la mise en place des installations et à l'exploitation de la carrière, il est impossible d'apprécier si la société Eqiom Granulats est en capacité d'autofinancer le projet. Et contrairement à ce qui est soutenu en défense l'indication du dossier de demande selon laquelle "ces ratios financiers, adossés à la forte solidité financière du groupe CRH qui finance les activités d'Eqiom permettent de garantir la tenue des engagements d'Eqiom Granulats sur le long terme. " ne permet pas de conclure "mécaniquement " que le financement du projet de réouverture de la carrière de Montréal par Eqiom sera assuré par des capitaux propres du groupe Eqiom. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que des compléments sur ce point auraient été transmis ultérieurement au préfet de l'Yonne.

25. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le dossier mis à la disposition du public ne comportait pas des indications suffisamment précises et étayées sur les capacités financières que la société exploitante entend mettre en œuvre, ce qui, eu égard à la nature du projet et, dans les circonstances de l'espèce, a eu pour effet de nuire à la complète information du public, quand bien même aucune observation n'a été émise à ce sujet. En outre, en l'absence d'éléments permettant de conclure que la société Eqiom Granulats justifiera nécessairement, à la date de la mise en service de la carrière, de capacités propres ou d'engagements juridiques de la société mère nécessaires à la conduite de son projet, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 181-27 du code de l'environnement est fondé.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement :

26. Aux termes de l'article L 181-3 du code de l'environnement : " I.-L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et

L. 511-1 du code de l'environnement () ". Et aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".

27. En premier lieu, s'agissant de l'atteinte à la sécurité publique, les requérants soutiennent que le projet induit une circulation d'engins présentant des risques pour la sécurité routière. Toutefois, la desserte de la carrière est assurée par un chemin, débouchant sur une route départementale dans de bonnes conditions de visibilité, et l'arrêté d'autorisation comporte, au point 2.4.4, des prescriptions en matière d'accès à la voirie, qui imposent un signalement sur la voirie publique des voies de desserte de la carrière, un empierrement ou une stabilisation sur une largeur suffisante pour éviter la détérioration de la voie empruntée, et un entretien en vue de maintenir une bonne visibilité. L'arrêté interdit en outre l'accès par le chemin agricole débouchant en face du château de Monthelon.

28. Si les requérants font état d'un carrefour accidentogène à quelque distance du site d'exploitation, ils n'établissent pas que le trafic supplémentaire généré directement par la carrière, soit en moyenne 16 camions par jour, représentant 32 trajets allers-retours, avec des pointes à 40 véhicules par jour, serait susceptible d'accroitre de manière significative les risques existants sur la route départementale, qui est une voie peu fréquentée, le trafic portant sur moins de 1 000 véhicules par jour.

29. En ce qui concerne le pont de Montréal, qui est un pont ancien, celui-ci ne fait pas l'objet de restriction de tonnage pour la circulation des véhicules, alors qu'il est déjà emprunté par les camions pour le transport de marchandises, et il n'est pas établi qu'il présenterait des points de fragilité. Quoi qu'il en soit, l'exploitant a décidé de limiter le nombre de camions passant par le pont et traversant le village de Montréal à quatre allers/retours par jour au maximum, soit 8 passages, et à assurer le suivi de ce trafic. Il n'apparait pas dès lors que ce trafic supplémentaire serait susceptible de fragiliser ce pont. S'agissant du village lui-même, ainsi que des autres villages susceptibles d'être traversés par les camions desservant la carrière, il n'est pas démontré que les mesures susceptibles d'être mises en œuvre au titre de la police de la circulation, notamment en vue de limiter la vitesse, seraient insuffisantes pour palier les risques induits par le trafic supplémentaire, qui, ainsi qu'il a été dit plus haut, demeurera modéré et concernera des voies déjà empruntées par des véhicules poids-lourds.

30. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la carrière en litige se trouve à l'écart des zones habitées, et que les visibilités depuis les zones d'habitation, et notamment depuis le site classé du village ancien de Montréal, sont très réduites, en raison de la présence d'un écran végétal qui ceinture le site et qui sera préservé. Les nuisances sonores, les émissions de poussières et les tirs de mine sont soumis au respect des prescriptions techniques fixées par les arrêtés du 22 septembre1994, du 26 novembre 2012, et du 12 décembre 2014 susvisés, renforcées par les prescriptions particulières de l'arrêté d'autorisation.

31. Ainsi, notamment, les prescriptions de l'article 3.5 relatif aux émissions et envols de poussières, prévoient notamment que l'installation de concassage/criblage est capotée au niveau des points d'émission de poussières, et équipée d'un apport d'eau en entrée de concasseur et d'un système d'aspersion de micro-gouttelettes pour l'humidification des matériaux après concassage, que les stockages de produits pulvérulents sont confinés, que les installations de manipulation, transvasement, transport de produits pulvérulents sont munies de dispositifs de capotage et d'aspiration permettant de réduire les envols de poussières, que les transports des matériaux de granulométrie inférieure ou égale à 5 mm sortant de l'installation sont assurés par bennes bâchées ou aspergées ou par tout autre dispositif équivalent. L'article 3.6, relatif à la surveillance de la qualité de l'air prescrit, pour sa part, un plan de surveillance des émissions de poussières et des campagnes de mesures régulières des retombées des poussières et impose que les niveaux de dépôts atmosphériques totaux en limite de propriété liés à la contribution de l'installation ne dépassent pas 200 mg/ m2/ j en moyenne annuelle pour chacun des emplacements suivis.

32. L'article 5-1, relatif à la limitation du niveau de bruit, fixe également à 70db les niveaux de bruit à ne pas dépasser en limite de propriété de l'établissement et impose des valeurs limite d'émergence liées à l'activité du site. Enfin, l'article 5.1.4, relatif aux vibrations, restreint le nombre de tirs de mine possibles à trois par mois, encadre les horaires de ces tirs, fixe une distance minimale de 350 mètres entre les tirs de mine et les habitations, et limite à 5mm/s la vitesse de vibration pouvant être enregistrée dans ces habitations.

33. Il ne résulte dès lors pas de l'instruction que les établissements les plus exposés, dont le château de Monthelon à 350 mètres, et la ferme pédagogique de Saint-Jean à moins de 1 000 mètres, subiront des nuisances incompatibles avec le maintien de leur activité. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les mesures prises pour contenir les nuisances liées au fonctionnement de la carrière et des installations de traitement des matériaux et de stockage de déchets inertes seraient insuffisantes pour garantir aux habitants des environs un maintien de leur cadre de vie, ni que ces nuisances seraient susceptibles d'affecter le développement économique, agricole ou touristique de la zone ou d'avoir des impacts sur le patrimoine bâti et historique.

34. S'agissant des risques pour les eaux superficielles et souterraines, ainsi qu'il a été dit au point 15., l'étude d'impact présente une analyse sérieuse de ces risques, qu'elle écarte en raison de la topologie des lieux, sauf pour le ruisseau de Marmeaux, susceptible d'être exposé à d'éventuelles pollutions sur la carrière via le réseau souterrain. Le risque apparait toutefois négligeable eu égard au principe même d'exploitation des installations " en dent creuse " impliquant que les eaux pluviales tombant sur le site restent piégées dans l'excavation sans possibilité d'écoulement vers l'extérieur, ainsi qu'à l'ensemble des précautions prises pour éviter tout risque d'infiltration dans les eaux souterraines d'eaux accidentellement polluées ou chargées de poussières. L'installation de stockage de déchets inertes ne génère pas, pour sa part, de risque de pollution dès lors que ces déchets sont vérifiés à l'entrée et ne se décomposent pas une fois entreposés. Par ailleurs, le fonctionnement des installations n'implique aucun prélèvement d'eau ni dans la ressource superficielle ni dans la ressource souterraine locale, les besoins en eau potable étant assurés par la mise à disposition du personnel de bouteilles d'eau ou de fontaines, et l'eau nécessaire à l'humidification provenant, en priorité, de la récupération d'eaux pluviales sur le site, via une cuve de 10 mètres cubes permettant de collecter 1 à 1,5 mois d'eaux de pluie, et, en complément, d'un apport en citerne.

35. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14. , la présence de la Cigogne noire sur le site même du projet de carrière n'est pas démontrée, et ne le sont pas davantage les risques que pourrait présenter l'installation en litige pour la protection de cette espèce. Le projet comporte par ailleurs des mesures particulièrement protectrices de la biodiversité reprises sous forme de prescriptions à l'article 2.8 de l'arrêté d'autorisation. Ainsi sont notamment prescrits le maintien du corridor boisé autour du site et de la zone humide existante en son sein, la réalisation d'une clôture à amphibiens pour empêcher les individus de divaguer sur le chantier, la gestion écologique de l'habitat de la rainette verte, la définition d'un phasage des travaux compatible avec les périodes de sensibilité de la faune de façon à éviter le risque de destruction et de dérangement des individus, le balisage du chantier afin de protéger les éléments sensibles et la sensibilisation du personnel, l'éloignement des oiseaux rupestres des parois rocheuses devant être exploitées ou la reprise de l'exploitation hors période de reproduction, la réalisation d'une aire pour rapaces dans une des falaises non exploitées. Une assistance technique et scientifique par un écologue pour la mise en œuvre des mesures est également prescrite.

36. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

Sur l'application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement :

37. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement dans sa version applicable au litige : "I.-Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés : 1° Qu'un vice n'affecte qu'une phase de l'instruction de la demande d'autorisation environnementale, ou une partie de cette autorisation, peut limiter à cette phase ou à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et demander à l'autorité administrative compétente de reprendre l'instruction à la phase ou sur la partie qui a été entachée d'irrégularité ; 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par une autorisation modificative peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si une telle autorisation modificative est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. II.-En cas d'annulation ou de sursis à statuer affectant une partie seulement de l'autorisation environnementale, le juge détermine s'il y a lieu de suspendre l'exécution des parties de l'autorisation non viciées. (). ". Lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, le juge est tenu de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient du 2° du I de l'article L. 181-18-du code de l'environnement si les vices qu'il retient apparaissent, au vu de l'instruction, régularisables. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée.

38. Les vices entachant l'autorisation environnementale en litige, relevés aux points 9 et 25 du présent jugement, sont susceptibles d'être régularisés, compte tenu de leur nature, par la délivrance d'une autorisation modificative, prise après consultation du directeur de l'agence régionale de santé et information du public sur les capacités financières de la pétitionnaire. Cette information devra comporter des indications précises et étayées sur les conditions de financement du projet. Sans qu'il soit besoin d'organiser une nouvelle enquête publique, l'éventuel avis de l'agence régionale de santé, et les éléments relatifs aux capacités financières devront être mis en ligne sur un site internet suffisamment accessible et ayant une notoriété suffisante, tel que le site de la préfecture de l'Yonne, de manière à ce qu'une information suffisante du public soit assurée et que celui-ci ait la possibilité, dans des cadres définis et pouvant accepter un nombre suffisant de caractères, de présenter ses observations et propositions.

39. Pour la mise en œuvre de cette régularisation, il y a lieu, en application du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, de surseoir à statuer pendant un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt sur les conclusions de la requête.

DÉCIDE :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de l'association " Les Terres du Serein " et autres jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois dans les conditions prévues aux points 38 et 39 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et conclusions des parties sur lesquels il n'a pas été statué par le présent arrêt, sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Les Terres du Serein ", au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Eqiom Granulats.

Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

M-E J

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°220166

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions