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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201664

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201664

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationHUNAULT
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, Mme C A, représentée par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 du préfet de la Côte-d'Or en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

3°) de suspendre la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Des pièces ont été enregistrées le 29 août 2022 pour le préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 31 août 2022 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roussilhe, greffière :

- le rapport de Mme Hunault, magistrate désignée,

- et les observations de Mme D, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête et précisé, en outre, que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A sont devenues sans objet.

Mme A n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 15 juin 1974, est entrée irrégulièrement en France le 3 décembre 2021. Sa demande d'asile ayant été rejetée par l'OFPRA le 28 février 2022, puis par la CNDA, le 22 juillet suivant, le préfet de la Côte-d'Or a, par un arrêté du 3 juin 2022, refusé à l'intéressée le séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulations :

4. En premier lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

5. En l'espèce, Mme A a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile y compris s'agissant du pays de renvoi. Elle ne soutient pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux ou avoir été empêchée de présenter spontanément des observations avant que ne soient prises les décisions attaquées et en particulier la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, la requérante, qui, en tout état de cause, ne justifie ni même n'allègue, disposer d'éléments pertinents et qui, s'ils avaient pu être communiqués avant que ne soit prise la mesure d'éloignement, auraient influé sur le sens de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit à être entendu doit être écarté.

6. En second lieu, si la requérante fait grief au préfet d'avoir entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation " eu égard aux motifs invoqués pour motiver sa demande d'asile " et à sa " situation personnelle ", le moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que Mme A ait entendu se prévaloir des risques qu'elle allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine, invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, ils sont inopérants dès lors que cette décision n'a ni pour effet ni pour objet de fixer le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

9. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, qui peuvent être présentées sans le ministère d'avocat, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

10. Il résulte du fichier Télémofpra que le recours formé par Mme A contre la décision de l'OFPRA du 28 février 2022 a été rejeté par une ordonnance de la CNDA du 22 juillet 2022, qui lui a été notifiée le 22 août suivant. Par suite, le préfet est fondé à faire valoir que les conclusions présentées par la requérante tendant à obtenir la suspension de l'obligation de quitter le territoire français du 3 juin 2022 jusqu'à ce que la Cour statue sur son recours formé contre la décision de l'OFPRA sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser une quelconque somme au conseil de Mme A, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a obligé Mme A à quitter le territoire français.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younès. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

K. B

La greffière,

A. RoussilheLa République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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