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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201708

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201708

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDGK AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. B, qui contestait la délibération du conseil municipal de Tharoiseau attribuant le bail de chasse communal à la société présidée par M. C pour neuf ans. Le tribunal a jugé que la commune n’avait commis ni erreur manifeste d’appréciation ni erreur de droit, en se fondant sur des motifs d’intérêt général tels que la tranquillité publique et la gestion cohérente du territoire, conformément à l’article 542 du code civil. Il a estimé que la différence de traitement entre les candidats, justifiée par la résidence des chasseurs et l’absence de conflits passés, était légitime, et que le montant du loyer n’était pas un critère déterminant. La solution retenue confirme la légalité de la décision municipale, en application des principes de gestion des biens communaux et du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 10 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Barberousse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 7 février 2022 par laquelle le conseil municipal de Tharoiseau a attribué le bail de la chasse communale à la société de chasse présidée par M. A C pour une durée de neuf ans ainsi que la décision du 4 mai 2022 par laquelle le maire de Tharoiseau a rejeté le recours formé contre cette délibération ;

2°) d'enjoindre à la commune de Tharoiseau de résoudre de manière amiable le bail de chasse conclu le 17 avril 2022 avec la société de chasse présidée par M. C et, en cas d'échec, de saisir le tribunal judiciaire d'Auxerre d'une demande de résolution judiciaire dudit bail, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la commune de Tharoiseau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif est compétent comme l'a jugé le Tribunal des conflits dans un arrêt n° 3833 du 5 mars 2012 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est clairement établi au visa de l'article 542 du code civil que, s'il est loisible à l'autorité municipale de donner à bail le droit de chasse sur les biens communaux, elle ne saurait, sans méconnaître l'égale vocation de l'ensemble des habitants à bénéficier de ces biens, réserver l'usage du droit de chasse à une personne sans que les différences de traitement en résultant procèdent de différences de situation ou répondent à un but d'intérêt général ; l'offre retenue propose un loyer d'un montant quatre fois moindre que celui de son offre, sans qu'aucun avantage ne justifie ce choix ; la commune ne justifie nullement que la conclusion d'un bail de chasse avec lui aurait pu entraîner un risque pour la sécurité des chasseurs et des promeneurs ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; en réponse à sa demande d'explications, le maire a indiqué que les motivations des conseillers reposaient sur certains motifs qui sont totalement étrangers aux considérations de bonne gestion du domaine communal ; ils ont tenu compte de considérations d'ordre personnel plutôt que de l'intérêt général ;

- il entretient des relations affectives et amicales indéniables avec les habitants de la commune dans laquelle il a grandi ; il est propriétaire de deux maisons d'habitation sur le territoire de la commune ; il est inscrit sur les listes électorales de Tharoiseau.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 septembre 2022 et le 18 août 2023, M. A C doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les baux de chasse avaient une durée de neuf ans ;

- la décision est en parfait accord avec l'article 542 du code civil dès lors qu'elle fait bénéficier du droit de chasse sur les biens communaux des habitants de Tharoiseau, alors que M. B et les trois autres candidats ne résident pas dans la commune ;

- sa proposition financière n'était pas dérisoire puisqu'elle est supérieure aux prix des locations des bois des communes voisines ;

- il existe une plus-value pour la commune tenant à l'assurance que la location se fera sans problème comme par le passé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, la commune de Tharoiseau, représentée par la SCP DGK Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le prix proposé n'est nullement un critère déterminant dans l'attribution d'un bail de chasse et les communes peuvent librement passer outre ce critère ; les recettes tirées de la location ne sont pas importantes au regard des fonds de la commune ;

- la location du droit de chasse constitue davantage un moyen de réguler la faune sauvage et de préserver l'état de la forêt ; le choix a été justifié par la circonstance que les propriétés jouxtant le bois communal sont en grande partie propriété de la famille de M. C de sorte que l'attribution permet d'éviter tout conflit de territoire entre sociétés de chasse ; l'attribution est ainsi fondée sur la tranquillité publique ; en outre, depuis de nombreuses années la société de chasse de M. C a contribué à l'entretien et la connaissance du territoire, sans difficulté ;

- les locataires de M. B ont créé de nombreux conflits de voisinage de nature à porter atteinte à la sécurité publique ;

- aucune considération personnelle n'a prédominé dans le choix qui a été fait dans l'intérêt général.

Les parties ont été informées par une lettre du 24 octobre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 13 novembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2023 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,

- et les observations de Me Caille représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Tharoiseau est propriétaire de plusieurs parcelles d'environ seize hectares sur lesquelles elle a concédé depuis plusieurs années un droit de chasse à la société de chasse présidée par M. C. Compte tenu de l'échéance du bail en avril 2022, elle a fait connaître son intention d'attribuer un nouveau bail pour une durée de neuf ans. Par un courrier du 28 janvier 2022, M. B a indiqué au maire de Tharoiseau qu'il souhaitait bénéficier du droit de chasse, qu'il proposait un montant de 350 euros par an, qu'il avait l'intention de constituer une société de chasse avec trois autres personnes en cas d'attribution du bail et qu'ils s'engageaient à respecter l'entretien des lignes de bois. Par une délibération du 7 février 2022, le conseil municipal a décidé d'attribution la location du droit de chasse à la société de chasse présidée par M. C, qui était précédemment titulaire du droit de chasse, pour un montant de 83,65 euros par an. Un bail d'une durée de neuf ans a été signé entre la commune de Tharoiseau et la société de chasse de Tharoiseau le 17 avril 2022. Par un courrier du 4 mai 2022, le maire de Tharoiseau a rejeté le recours gracieux formé par M. B à l'encontre de cette délibération. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la délibération du 7 février 2022 ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 542 du code civil : " Les biens communaux sont ceux à la propriété ou au produit desquels les habitants d'une ou plusieurs communes ont un droit acquis ".

3. S'il est loisible à l'autorité municipale de donner à bail le droit de chasse sur ces biens, elle ne saurait, sans méconnaître l'égale vocation de l'ensemble des habitants de la commune à bénéficier de ces biens, réserver l'usage du droit de chasse à une personne physique ou morale déterminée sans que les différences de traitement en résultant, qui doivent être en rapport avec l'usage des biens communaux, procèdent de différences de situation ou répondent à un but d'intérêt général. Aucune disposition législative n'impose aux communes, lorsqu'elles louent le droit de chasser sur des parcelles de leur domaine privé, de retenir systématiquement l'offre la plus-disante. Il leur appartient, le cas échéant, de prendre en compte d'autres critères d'appréciation, touchant à l'intérêt général.

4. En l'espèce, la commune de Tharoiseau ne conteste pas la nature de biens communaux des terrains litigieux. Si la commune a retenu l'offre de la société de chasse présidée par M. C pour un montant annuel de 83,65 euros plutôt que celle de M. B qui proposait un montant annuel de 350 euros, cette différence de montant est limitée en valeur absolue et le prix proposé par la société de chasse retenue ne paraît pas anormalement bas. En outre, il n'est pas sérieusement contesté que M. B n'est pas, contrairement à M. C et aux membres de sa société de chasse, domicilié dans la commune de Tharoiseau, quand bien même il y possède des biens qu'il donne en location et y a des attaches anciennes. Il n'est donc pas un habitant ayant vocation à utiliser les biens communaux de Tharoiseau. Il ressort également des pièces du dossier que les membres du conseil municipal ont considéré que l'offre de la société de chasse de M. C présentait l'avantage de limiter les risques de conflit de territoires de chasse dès lors que les propriétés jouxtant les parcelles concernées par le droit de chasse, qui sont de dimensions limitées, appartenaient en grande partie à la famille de M. C. Les conseillers municipaux ont également tenu compte de la circonstance que la société de chasse de M. C, précédemment attributaire du droit de chasse, avait toujours respecté les obligations d'entretien, d'élagage et de fauchage prévues par le contrat. Pour ces seuls motifs, la commune pouvait, sans erreur manifeste d'appréciation et sans erreur de droit, attribuer le bail de chasse à la société de chasse de M. C.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 7 février 2022 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 mai 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette délibération et les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Tharoiseau, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de M. B au titre des frais exposés par la commune de Tharoiseau et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tharoiseau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la commune de Tharoiseau et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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