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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201749

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201749

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE CHAZEAUX OLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 18 octobre 2022, la société TDF représentée par Me Bon-Julien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Messey-sur-Grosne du 9 février 2022 d'opposition à déclaration préalable en vue de la construction d'un pylône d'antenne-relais et édification d'une clôture, ensemble la décision implicite du maire de Messey-sur-Grosne rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Messey-sur-Grosne de prendre un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Messey-sur-Grosne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le motif fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'elle a expressément donné son accord pour prendre intégralement à sa charge le coût lié à l'extension du réseau, et dès lors que les travaux en cause relèvent des catégories visées à l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme ; en outre, la commune n'a pas communiqué les informations requises au SYSDEL et ne l'a pas questionné au sujet du délai de réalisation des travaux ;

- le second motif, fondé sur le fait qu'un projet de construction de pylône a déjà été autorisé sur le territoire de la commune, n'est pas de nature à justifier l'opposition au projet ;

- il ne peut être fait droit aux demandes de substitution de motifs, dès lors que le maire n'a pas demandé de complément de dossier et qu'elle a régulièrement attesté être autorisée par le propriétaire du terrain à déposer un dossier de déclaration préalable, que les dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et télécommunications ne sont pas des dispositions d'urbanisme et qu'il n'appartient donc pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, qui est sans application dans le cadre de l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles le contenu du dossier de demande est défini par les dispositions de la partie réglementaire du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la commune de

Messey-sur-Grosne représentée par Me de Chazeaux, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société TDF la somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à demander une substitution de motifs, dès lors que la société TDF :

. a omis de transmettre un dossier d'information un mois avant le dépôt de la déclaration préalable de travaux, en contradiction avec les termes des articles L. 425-17 du code de l'urbanisme et L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques,

. ne justifie pas d'un mandat de l'opérateur mobile pour procéder à l'édification d'une infrastructure d'accueil sur le site envisagé, en violation des termes de l'article L. 34-9-1-1 du code des postes et communications électroniques,

. ne justifie pas avoir privilégié quelque solution de partage que ce soit avec le projet ATC France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 février 2022, le maire de Messey-sur-Grosne s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société TDF en vue de la construction d'un pylône d'antenne-relais et édification d'une clôture, sur un terrain situé au lieudit " Les Varennes de Chaux ". La société TDF en demande l'annulation, ensemble, la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme :

" Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés./ Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies () ".

3. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraint, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement. L'autorité compétente doit s'opposer à une déclaration préalable lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et que, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme : " Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels. Lorsque la réalisation des équipements publics exceptionnels n'est pas de la compétence de l'autorité qui délivre le permis de construire, celle-ci détermine le montant de la contribution correspondante, après accord de la collectivité publique à laquelle incombent ces équipements ou de son concessionnaire. () ".

5. Pour s'opposer à la déclaration de travaux déposée par la société TDF, le maire de Messey-sur-Grosne, après avoir rappelé la teneur de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, a relevé que la réalisation de travaux sur les réseaux de distribution d'électricité est nécessaire pour assurer la desserte du projet et a considéré que ni la collectivité ni le concessionnaire du réseau d'électricité ne s'étaient engagés pour réaliser l'extension du réseau d'électricité et n'étaient en mesure d'indiquer les délais dans lesquels ces travaux seraient réalisés.

6. Toutefois, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la commune aurait entrepris les diligences nécessaires auprès du Syndicat départemental énergie de Saône-et-Loire en vue de connaître le montant et les délais de réalisation des travaux d'extension nécessaires au projet, d'autre part, la société TDF s'est engagée, dans son dossier de déclaration préalable, à prendre à sa charge les coûts éventuels relatifs à l'extension du réseau électrique nécessaire à l'alimentation de son site. En outre, ce coût pouvait être mis à la charge de cette société sur le fondement de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme, dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu par la commune, le projet en litige n'est pas un simple pylône mais une antenne relais de téléphonie mobile, donc une installation relative aux communications électroniques.

7. Par suite, la société TDF est fondée à soutenir que le maire de Messey-sur-Grosne a commis une erreur de droit en lui opposant les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

8. En deuxième lieu, la décision en litige est également fondée sur le fait qu'une déclaration préalable pour la construction d'une antenne-relais a déjà été acceptée sur le territoire de la commune.

9. La commune se prévaut à cet égard en défense des dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques, selon lequel : " Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : () - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; ". Toutefois, il n'appartient pas à l'autorité d'urbanisme saisie d'une déclaration préalable d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation du projet mais seulement de se prononcer sur sa conformité aux règles d'urbanisme en vigueur. Ainsi, le motif tiré de ce qu'il existe déjà un projet d'installation d'un pylône par la société ATC France, qui bénéficie d'un arrêté de non opposition du 28 août 2020, n'était pas de nature à justifier l'opposition à la déclaration de la société TDF.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux motifs sur lesquels le maire de Messey-sur-Grosne s'est fondé pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux de la société requérante sont entachés d'illégalité.

En ce qui concerne la demande de substitution de motifs de la commune de Messey-sur-Grosne :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques : " () B. Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable, sauf accord du maire ou du président de l'intercommunalité sur un délai plus court. () ".

12. Les dispositions précitées de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ne sont pas applicables à l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles le contenu du dossier de demande est défini par les dispositions de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. L'accord de l'Agence nationale des fréquences n'est, par ailleurs, pas au nombre des pièces dont la production est requise au titre des dispositions des articles R. 431-35 et suivants du code de l'urbanisme, qui fixent de manière exhaustive le contenu d'un dossier de déclaration préalable de travaux.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 34-9-1-1 du code des postes et communications électroniques : " Tout acquéreur ou preneur d'un contrat de bail ou de réservation d'un terrain qui, sans être soumis lui-même à l'article L. 33-1, destine ce terrain à l'édification de poteaux, de pylônes ou de toute autre construction supportant des antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques aux fins de fournir au public un service de communications électroniques en informe par écrit le maire de la commune où se situe ce terrain ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. Il joint à cette information un document attestant d'un mandat de l'opérateur de téléphonie mobile ayant vocation à exploiter ces installations ". Aux termes de l'article L. 425-17 du code de l'urbanisme : " Les travaux destinés à l'aménagement de terrains, à l'édification de poteaux, de pylônes ou de toute autre construction supportant des antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques aux fins de fournir au public un service de communications électroniques ne peuvent être réalisés avant, s'il y a lieu, l'information mentionnée à l'article L. 34-9-1-1 du code des postes et des communications électroniques ".

14. Il résulte de ces dispositions, que si le défaut d'information du maire de la commune de la destination d'un terrain acquis, loué ou réservé en vue de l'édification de pylônes radioélectriques et de production d'un document justifiant d'un mandat de l'opérateur de téléphonie mobile ayant vocation à exploiter ces installations fait obstacle à ce que débutent les travaux, ils ne conditionnent pas la délivrance d'une autorisation ou l'absence d'opposition à une déclaration de travaux.

15. En troisième lieu, les dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques précité ne prévoyant aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs, la demande de substitution de motifs présentée par la commune tirée de leur méconnaissance ne peut pas être accueillie.

16. Par suite, la commune de Messey-sur-Grosne n'est pas fondée à solliciter la substitution de motifs tirés de la méconnaissance des articles L. 34-9-1, L. 34-9-1-1 et D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, aux motifs sur lesquels son maire a fondé l'arrêté contesté.

17. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen invoqué n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'acte attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Par suite, il doit être enjoint au maire de Messey-sur-Grosne, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société TDF, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la commune de Messey-sur-Grosne demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Messey-sur-Grosne le versement à la société TDF de la somme qu'elle demande en application de ces mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du maire de Messey-sur-Grosne du 9 février 2022 et sa décision implicite de rejet du recours gracieux de la société TDF sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Messey-sur-Grosne, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société TDF, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société TDF et à la commune de Messey-sur-Grosne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

M-E A

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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