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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201774

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201774

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme B A née C, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Yonne lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision refusant de lui accorder un titre de séjour est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision d'éloignement est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions refusant de lui accorder un titre de séjour et d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, rapporteur ;

- et les observations de Me Ioannidou représentant le préfet de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A née C, ressortissante marocaine née le 6 février 1985, est entrée sur le territoire français le 7 novembre 2019 avec son époux et ses trois enfants mineurs, munie d'un visa de court séjour de dix jours. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Yonne lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'accorder à la requérante l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

3. Par arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Yonne a accordé une délégation de signature à Mme Dominique Yani, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. La requérante, née en 1985 et dont il n'est pas contesté qu'elle a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, est entrée en France récemment avec son époux, dont la régularité du séjour n'est ni justifiée ni même alléguée, et ses trois enfants mineurs nés en 2005, 2010 et 2012, et un quatrième enfant est né en France de leur union le 6 août 2020. Son mari est à la recherche d'un emploi, et la requérante ne justifie pas de liens anciens, stables et d'une intensité particulière sur le territoire français, le couple étant hébergé dans un centre de la Croix-Rouge française à Sens, et la requérante produisant une attestation selon laquelle elle ne peut être admise dans une formation linguistique, dès lors que le récépissé de sa demande de titre de séjour ne l'autorise pas à travailler. Elle fait valoir que ses trois plus grands enfants sont scolarisés en France, sans justifier ni même alléguer que leur scolarité ne pourrait se poursuivre au Maroc, et elle se prévaut de la présence en France de son père, ressortissant français, et de ses quatre demi-frères et sœurs, issus de l'union de son père avec sa seconde épouse, qui résident à Lyon. Son père atteste, sans cependant en justifier, que sa fille n'a plus de relations avec sa mère qui réside au Maroc, et une demi-sœur atteste que leurs relations sont proches en dépit de la distance qui les sépare. Ces seules productions ne permettent pas, en tout état de cause, de considérer que le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant que la requérante ne démontrait pas qu'elle entretenait avec les membres de sa famille installés en France, et résidant tous à Lyon, des relations certaines et continues et, au regard de l'ensemble de ces circonstances, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la violation des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, soulevés à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, doivent être écartés.

5. Dès lors que la requérante n'établit pas l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'éloignement qui a été prise à son encontre.

6. Dès lors que la requérante, qui ne saurait utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'établit pas l'illégalité de la décision d'éloignement qui a été prise à son encontre, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A née C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A née C est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A née C, au préfet de l'Yonne et à Me Céline Brey.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président - rapporteur,

Ph. NICOLETL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

I. HUGEZ

La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,lc

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