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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201785

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201785

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 juillet, 20 août et 3 septembre 2022, M. A D B, représenté par Me Bah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Yonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé sous astreinte d'une somme qu'il appartiendra au tribunal de fixer ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 10 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Safatian, représentant le préfet de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant togolais né le 5 novembre 1980, est entré en France le 17 janvier 2019. Le 1er février 2019, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 17 septembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 1er octobre 2021. Le 15 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de l'Yonne lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être reconduit. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme Dominique Yani, secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de ce département du 4 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs. Cette délégation de signature, qui porte sur l'ensemble des actes relevant de la compétence de l'autorité préfectorale à l'exception de deux catégories de mesures sans rapport avec le séjour et l'éloignement des étrangers, définit ainsi suffisamment son étendue sans porter sur la totalité des pouvoirs de cette autorité. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, les moyens, invoqués dans la requête sommaire et tirés de ce que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'un vice de procédure, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, dès lors, être écartés.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu, préalablement à son édiction, de procéder à un examen particulier de la situation particulière du requérant. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 425-9 sur le fondement duquel le requérant a présenté sa demande de titre de séjour. En outre, elle mentionne, avec une précision suffisante, les éléments relatifs à sa situation administrative, personnelle et familiale, ainsi que les raisons du refus opposé à sa demande, et reprend sur ce point les termes de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la décision contestée, qui comporte les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Par ailleurs, l'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce.

8. En l'espèce, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 31 mars 2022, que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été diagnostiqué le 9 juin 2021 comme atteint d'un syndrome d'apnée du sommeil, dont le préfet de l'Yonne ne nie pas la réalité. Le requérant produit un certificat d'un médecin pneumologue attestant de la réalité de sa pathologie, qui présente une forme sévère et nécessite l'utilisation d'un appareillage destiné à favoriser son oxygénation nocturne, une ordonnance lui prescrivant un traitement dont il ne détaille ni la teneur ni la fréquence, ainsi que divers articles de sites Internet détaillant les causes de ce syndrome, le public concerné, la méconnaissance de cette pathologie au Togo et la circonstance que cette pathologie altèrerait la qualité de vie. Si le requérant produit également un certificat médical établi le 2 septembre 2022, postérieurement à la date de la décision attaquée, selon lequel à défaut de son appareil à pression positive, qui ne peut se trouver au Togo, il pourrait être victime de mort subite durant son sommeil, le rapport médical du 3 février 2022 produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration mentionne un pronostic de stabilisation de la pathologie du requérant et le certificat médical du 23 décembre 2021 établi par le médecin traitant du requérant indique un unique risque d'asthénie sérieuse. Dans ces conditions, par la production de l'ensemble de ces pièces, M. B n'apporte pas des éléments qui seraient susceptibles de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa situation. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à sa pathologie, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus de séjour prononcé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet s'est fondé, pour refuser le titre de séjour, sur la circonstance que le défaut de prise en charge de la pathologie de M. B ne pourrait pas avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. M. B, qui séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée, se prévaut du décès de ses parents afin de justifier qu'il ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine, toutefois, il affirme lui-même que ses deux enfants mineurs y résident. En outre, il se prévaut d'une attache sur le territoire français mais sans apporter davantage de précision. Par ailleurs, M. B n'allègue ni même ne soutient être intégré professionnellement ou socialement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé sur le territoire français, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination. En tout état de cause, il n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". L'article L. 613-1 du même code précise que dans un tel cas, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée de sorte que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination. En tout état de cause, il n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, principalement, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le préfet de l'Yonne au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, au préfet de l'Yonne et à Me Bah.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

P. C

L'assesseur le plus ancien,

N. Zeudmi Sahraoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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