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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201829

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201829

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. A B représenté par Me Ben Hadj Younes demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

-le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachées les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 septembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousset, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 25 aout 2003, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiant ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision portant refus de titre de séjour énonce de manière suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui la fondent pour mettre M. B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire, qui a relevé que M. B ne disposait pas de moyens d'existence suffisants et auprès duquel l'intéressé ne faisait pas valoir de nécessité liée au déroulement de ses études, aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle.". Il résulte de ces dispositions qu'en principe, pour obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", l'étranger doit justifier être entré en France avec un visa de long séjour, établir la réalité des études ou des enseignements suivis en France et disposer de moyens d'existence suffisants. Ce n'est qu'en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger poursuit des études supérieures après une scolarité interrompue depuis l'âge de seize ans qu'il est dispensé de produire un visa de long séjour, à la condition toutefois d'être entré régulièrement sur le territoire français.

6. Pour refuser de délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant " à

M. B, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur la circonstance qu'il ne disposait pas de moyens d'existence suffisants et qu'il était dépourvu de visa long séjour. Or il n'est pas contesté que les seules ressources dont le requérant pouvait justifier se limitaient à une bourse nationale d'études d'un montant annuel de 936 euros. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit, alors même que M. B poursuivait la préparation du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) spécialité maçon, lui refuser pour le motif tiré de l'absence de moyens d'existence suffisants, le titre de séjour qu'il sollicitait en qualité d'étudiant. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

7. En dernier lieu, M. B soutient que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle dès lors qu'il vit en France depuis 2017, qu'il a quitté l'Albanie à l'âge de treize ans et qu'il témoigne de sa volonté d'intégration par le sérieux et la motivation dont il fait preuve dans ses études. Toutefois, la circonstance que le requérant réside sur le territoire depuis cinq ans est insuffisante pour établir qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés. Par ailleurs, M. B est célibataire et sans charge de famille. En outre, ses parents, qui sont en situation irrégulière en France, ont vocation à repartir en Albanie. Enfin il n'est pas établi ni même allégué qu'il ne pourrait pas poursuivre en Albanie une formation le destinant aux métiers du bâtiment. Dans ces conditions, et alors même qu'il justifie du sérieux de ses études, M. B, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevée par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas.() ".

10. M. B, dont la situation personnelle a été prise en compte par le préfet de Saône- et-Loire, n'établit ni qu'il aurait demandé à bénéficier d'un délai supérieur à trente jours ni que ce délai était incompatible avec le déroulement des épreuves du CAP qu'il préparait. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont illégales. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ben Hadj Younes et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

O. RoussetLa conseillère première assesseure,

M-E. Laurent

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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