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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201867

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201867

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEWDEN JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Lewden, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision du 18 mai 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 7 avril 2022 par le président de la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville et, d'autre part, cette décision du 7 avril 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision du 7 avril 2022 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision du 7 avril 2022 est entachée d'un vice de procédure, d'une part, en raison de la composition de la commission de discipline en violation des articles R. 57-7-7 et suivants du code de procédure pénale et du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, dans la mesure où la commission de discipline aurait dû entendre l'ensemble des personnes mises en cause de sorte qu'elle a violé les droits de la défense et le droit au procès équitable ;

- le directeur interrégional n'a pas répondu à l'ensemble de ses moyens ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait ;

- la décision du 7 avril 2022 est entachée d'un " détournement de pouvoir " dès lors que la sanction immédiate et dépourvue de recours suspensif méconnait son droit à un recours effectif en violation de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par décision du 21 octobre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 13 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 avril 2022 à laquelle s'est substituée la décision du 18 mai 2022 prise sur recours administratif obligatoire.

Le 15 mars 2023, M. A a présenté ses observations à ce courrier du 13 mars 2023 en indiquant que ses conclusions dirigées contre la décision du 18 mai 2022 demeurent recevables et que les moyens qu'il a invoqués doivent être regardés comme dirigés contre cette décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,

- et les observations de Me Lewden, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 7 avril 2022, le président de la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville a infligé à M. A, détenu depuis le 22 juillet 2021, une sanction de huit jours de cellule disciplinaire. Par une décision du 18 mai 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours préalable formé par l'intéressé à l'encontre de cette sanction. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 7 avril 2022 :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-32, alors en vigueur, du code de procédure pénale, reprises à l'article R. 234-43 du code pénitentiaire : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

3. Il résulte de ces dispositions que le recours hiérarchique qu'elles instituent présente un caractère obligatoire, ayant pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. En conséquence, un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision expresse ou implicite du directeur interrégional des services pénitentiaires. Dans ces conditions, les conclusions par lesquelles M. A demande l'annulation de la décision du 7 avril 2022, qui a disparu de l'ordonnancement juridique, ne sont pas recevables et doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 18 mai 2022 :

S'agissant des moyens de légalité externe :

4. Si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur ce recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

5. En premier lieu, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon du 18 mai 2022 s'étant substituée à la décision initiale prise en commission de discipline le 7 avril 2022, le moyen tiré de l'incompétence du président de cette commission est inopérant. En tout état de cause, M. Lize, président de la commission de discipline, disposait d'une délégation de signature et de compétence régulièrement publiée par décision du 25 février 2022.

6. En deuxième lieu, le vice de forme invoqué par le requérant, tiré de l'absence de mention, dans la décision du 7 avril 2022, de l'identité des deux assesseurs du président de la commission de discipline, est étranger à la régularité de la procédure suivie devant la commission de discipline et est ainsi inopérant à l'égard de la décision du 18 mai 2022.

7. En troisième lieu, le requérant soutient que le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon n'a pas répondu à l'ensemble des arguments qu'il avait soulevés, dans son recours daté du 20 avril 2022 contre la décision du 7 avril 2022 et, en particulier, l'argument selon lequel le prononcé de la sanction " avec effet immédiat " et non suspensif méconnait le préambule et l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Cependant, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe général que l'administration dont, par ailleurs, la décision énonce avec une précision suffisante les considérations de faits et de droit qui la fondent, ait l'obligation de répondre de manière exhaustive à l'ensemble des griefs formulés dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire. Le moyen invoqué par M. A est donc inopérant.

8. En quatrième lieu, les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux détenus ne constituent pas des accusations en matière pénale au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles sont des mesures de sûreté et non des peines relevant d'incriminations pénales d'interprétation stricte. Si elles peuvent être regardées comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, M. A ne peut pas utilement se prévaloir des stipulations de cet article ni du droit au procès équitable protégé par elles.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-7 du code de procédure pénale, repris à l'article R. 234-3 du code pénitentiaire : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code, devenu R. 234-3 du code pénitentiaire : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent () ".

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du registre de la commission de discipline produit par le ministre, que la séance de la commission de discipline s'est tenue, le 7 avril 2022, en présence des deux assesseurs, l'un membre du personnel de surveillance de l'établissement, l'autre choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la commission de discipline était irrégulièrement composée.

11. En dernier lieu, aucun texte légal ou réglementaire n'impose l'audition de témoins ou l'organisation d'une confrontation avec la personne détenue qui fait l'objet de poursuites disciplinaires devant la commission. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les droits de la défense ont été méconnus devant la commission de discipline.

S'agissant des moyens de légalité interne :

12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service () ".

13. M. A a été sanctionné de huit jours de cellule disciplinaire au motif qu'il a été vu, le 1er mars 2022, en possession d'un téléphone portable qu'il s'est empressé de jeter sur le bureau de la cellule lorsqu'il a aperçu le surveillant pénitentiaire. Lors de l'enquête administrative, ces faits ont été reconnus par l'intéressé qui s'est alors borné à alléguer avoir utilisé le téléphone sans en être le propriétaire. A supposer même ces assertions vraies, elles sont sans la moindre incidence dès lors que la simple détention de ce téléphone était constitutive de la faute qui lui est reprochée. Si le requérant a par la suite fait valoir que le surveillant l'aurait accusé à tort, il n'a produit aucun élément de nature à prouver la réalité de ses allégations. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. A, alors même que ce dernier les conteste, doivent être tenus pour établis eu égard au compte rendu circonstancié, dressé le jour-même par le surveillant concerné et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas ici rapportée. Le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit, par suite, être écarté.

14. En deuxième lieu, d'une part, la procédure au terme de laquelle l'autorité administrative compétente exerce son pouvoir disciplinaire n'entre pas dans le champ d'application de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. D'autre part, l'obligation faite à la personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline d'effectuer un recours administratif préalable auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires ne fait pas obstacle au recours par cette personne aux procédures de référé, en particulier à celle de référé-suspension et à celle de référé-liberté, dans le cadre de laquelle le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures et a le pouvoir de prendre toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale, notamment la suspension de l'exécution de la décision litigieuse ainsi qu'un pouvoir d'injonction à l'égard de l'administration, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. A à un recours effectif ne peut être accueilli.

15. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon du 18 mai 2022.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Lewden.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

K. CLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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