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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201903

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201903

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFITZJEAN O COBHTHAIGH ALEXIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022 sous le n° 2201903 et un mémoire enregistré le 1er août 2022, Mme H A et M. D B, représentés par Me Fitzjean Ó Cobhthaigh, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Nièvre a refusé de leur accorder l'autorisation d'instruire en famille leur fils C au titre de l'année 2022-2023, ensemble la décision par laquelle la commission académique de l'académie de Dijon prévue par l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation confirmera cette décision ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon de délivrer une autorisation d'instruire leur fils C en famille au titre de l'année scolaire 2022/2023, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros au titre de l'article

L. 761-l du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision de la commission a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle a délibéré dans des conditions ne respectant pas les règles de composition, de délibération et de quorum, fixées par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation ;

- elle ne comporte pas la mention des noms des membres de la commission ayant participé à la délibération ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation dès lors qu'elles exigent du demandeur la preuve de l'existence d'une situation propre à l'enfant et la caractérisation d'une impossibilité de le scolariser au sein d'un établissement ;

- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance du principe d'égalité entre les citoyens devant la loi et le service public dès lors que d'autres familles, se trouvant dans des situations identiques, ont obtenu de telles autorisations, et sont ainsi contraires notamment à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachées de discrimination ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont contraires à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par la convention relative aux droits de l'enfant et ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du premier protocole additionnel à cette convention et de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire s'est substituée à la décision attaquée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 janvier 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 27 janvier 2023.

II- Par une requête enregistrée le 1er août 2022 sous le n° 2202043, Mme H A et M. D B, représentés par Me Fitzjean Ó Cobhthaigh, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle la commission de l'académie de Dijon prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 13 juin 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Nièvre a refusé de leur accorder l'autorisation d'instruire en famille leur fils C au titre de l'année 2022-2023 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon de délivrer une autorisation d'instruire leur fils C en famille au titre de l'année scolaire 2022/2023, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation dès lors qu'elle exige du demandeur la preuve de l'existence d'une situation propre à l'enfant et la caractérisation d'une impossibilité de le scolariser au sein d'un établissement ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe d'égalité des citoyens devant la loi et le service public dès lors que d'autres familles, se trouvant dans des situations identiques, ont obtenu de telles autorisations, et est ainsi contraire notamment à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée de discrimination ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

-elle est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par la convention relative aux droits de l'enfant et a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du premier protocole additionnel à cette convention et de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 janvier 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021 du Conseil constitutionnel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. B ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire en famille leur fils C au motif tiré de l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif. Par une décision du 13 juin 2022, la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Nièvre a rejeté leur demande. Par un courrier du 30 juin 2022, les intéressés ont saisi la commission prévue à l'article L. 131-5 du code de l'éducation d'un recours administratif préalable obligatoire. Par une décision du 20 juillet 2022, cette commission a rejeté le recours dont elle était saisie. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un jugement unique, Mme A et M. B demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 13 juin 2022 :

2. L'institution par les dispositions précitées de l'article L. 131-5 du code de l'éducation d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser aux autorités compétentes pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours, soit par la commission, soit par le ministre, se substitue nécessairement à la décision initiale.

3. La décision du 20 juillet 2022, par laquelle la commission académique présidée par le recteur de l'académie de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par

Mme A et M. B et a ainsi confirmé le refus d'instruire leur fils C en famille à la rentrée scolaire 2022-2023, s'est substituée à la décision du 13 juin 2022. Par suite, les conclusions présentées contre cette dernière doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 20 juillet 2022.

En ce qui concerne la décision du 20 juillet 2022 :

4. En premier lieu, la décision du 20 juillet 2022 vise les textes sur lesquels elle se fonde et en particulier l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Elle est en outre suffisamment motivée en fait par l'indication de l'absence, d'une part, de situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif et d'autre part d'un projet d'instruction dans la famille comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie. ". Aux termes de l'article D. 131-11-11 du même code : " La commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. / Elle comprend en outre quatre membres : / 1° Un inspecteur de l'éducation nationale ; / 2° Un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional ; / 3° Un médecin de l'éducation nationale ; / 4° Un conseiller technique de service social. / Ces membres sont nommés pour deux ans par le recteur d'académie. / Des membres suppléants sont nommés dans les mêmes conditions que les membres titulaires. ". En application de l'article D. 131-11-12 dudit code : " La commission siège valablement lorsque la majorité de ses membres sont présents. La commission rend sa décision à la majorité des membres présents. En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la commission académique de recours prévue aux articles D. 131-11-10 et suivants du code de l'éducation qui s'est réunie le 20 juillet 2022 pour examiner le recours administratif préalable obligatoire présenté par Mme A et M. B était présidée par le recteur de l'académie de Dijon, et était composée de M. E, inspecteur de l'éducation nationale du 1er degré, membre titulaire, de M. I, inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional, membre suppléant, du docteur F, médecin de l'éducation nationale, membre suppléant et de Mme Audigier, conseillère technique de service social, membre titulaire. Ces membres, régulièrement désignés par un arrêté du recteur de l'académie de Dijon du 3 juin 2022, ont délibéré dans le respect des conditions de composition et de quorum prévues aux articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation. La circonstance que la décision, qui est signée du seul recteur de l'académie de Dijon, président de la commission, ne comporte pas les noms des membres de la commission d'académie s'étant prononcés sur la demande des requérants et n'indique pas que le quorum requis était atteint lors de la séance n'est pas de nature à entacher cette décision d'irrégularité. Pour le reste, les allégations des requérants, qu'elles soient relatives aux irrégularités rapportées par des " lanceurs d'alerte " ou à des déclarations d'un directeur académique des services de l'éducation nationale dans le Jura, ne sauraient constituer des éléments permettant de douter de la régularité de la procédure suivie devant la commission.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1°. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation. / L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation peut convoquer l'enfant, ses responsables et, le cas échéant, les personnes chargées d'instruire l'enfant à un entretien afin d'apprécier la situation de l'enfant et de sa famille et de vérifier leur capacité à assurer l'instruction en famille. / En application de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation sur une demande d'autorisation formulée en application du premier alinéa du présent article vaut décision d'acceptation. / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret. / Le président du conseil départemental et le maire de la commune de résidence de l'enfant sont informés de la délivrance de l'autorisation () ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

8. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision

n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire. Par suite, la décision contestée, qui oppose l'absence d'une situation propre à C motivant le projet éducatif et un projet d'instruction dans la famille ne comportant pas les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, n'est pas entachée d'erreur de droit.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " et aux termes du 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Enfin, aux termes de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction. L'Etat, dans l'exercice des fonctions qu'il assumera dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement, respectera le droit des parents d'assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques ".

10. Les requérants soutiennent qu'au cours de sa scolarité suivie jusqu'en 2018-2019, au sein d'un établissement public, C était un enfant rêveur et discret ce qui avait pour effet de le mettre à l'écart des autres enfants de l'école, que son mode d'apprentissage était différent de celui de la majorité des autres enfants, qu'il est entré, malgré ses efforts, dans le camp des " nuls ", que cette situation les a conduit à inscrire leur fils au sein d'une école associative à compter de l'année 2019-2020 et que cette école n'ouvrira pas à la rentrée prochaine ce qui les a conduit à opter, en concertation avec C, pour l'instruction en famille. Toutefois, pour démontrer l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, les requérants se bornent à produire une attestation établie par l'enseignante de C au titre de l'année 2021-2022 indiquant notamment que l'enfant manque de confiance en lui ce qui le freine dans ses apprentissages, qu'il est très sensible au regard des autres et qu'un projet d'instruction en famille lui paraît le plus adapté à sa situation. Cette seule attestation, en l'absence notamment d'indications plus précises permettant de démontrer de réelles difficultés d'apprentissage, n'est pas suffisante pour établir l'existence d'une situation propre à l'enfant permettant de considérer qu'une scolarité au sein d'un établissement scolaire serait de nature à nuire à la continuité de ses apprentissages et serait contraire à son intérêt supérieur. Si les requérants soutiennent que la famille a pour projet de s'installer aux Pays-Bas dans le courant de l'année prochaine et que C doit acquérir les bases en langue néerlandaise, le projet éducatif produit à l'appui de leur demande se borne à ce sujet à préciser que des cours en néerlandais seront dispensés par Mme A elle-même et par un oncle de C, professeur des écoles aux Pays-Bas. Enfin, ce projet se réfère aux " kits " de la méthode " le Monde de Mei et Noé ", et ne comporte pour le reste qu'une liste d'activités de loisirs et diverses thématiques relatives à la découverte de certains métiers, à la nature, la culture ou encore l'écologie, sans comporter aucune spécificité conçue pour répondre aux besoins d'apprentissage particuliers de C.

11. Par suite, la décision refusant d'autoriser l'instruction en famille de C n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle ne méconnaît ni l'intérêt supérieur de l'enfant au sens du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, ni le droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En prenant un refus d'autorisation d'instruction dans la famille, la commission de l'académie ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision contestée. Enfin, dès lors que C a la possibilité de bénéficier d'une instruction au sein d'un établissement scolaire, la décision contestée ne méconnaît, par elle-même, ni le droit à l'instruction, ni le droit des parents à l'instruction de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques, tels qu'ils sont garantis par les stipulations de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième et dernier lieu, si le principe d'égalité devant la loi ou devant le service public et le principe de non-discrimination reconnu par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale imposent, en règle générale, de traiter de la même façon des personnes qui se trouvent dans la même situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que les familles ayant présenté une demande d'instruction dans la famille sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation qui a été acceptée par d'autres académies auraient été dans une situation identique à celle des requérants. Par suite, les requérants ne peuvent pas utilement se prévaloir, pour contester le refus opposé à leur demande d'instruction dans la famille, de décisions prises par d'autres académies en réponse à des demandes ayant le même objet, présentées par d'autres familles.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A et M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme A et M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A et M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H A, M. D B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

M-E G

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

2, N° 2202043

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