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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201904

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201904

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDURIF CAROLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, M. E B A, représenté par Me Durif, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 3 février 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle-Est portant refus de délivrance d'une carte professionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours préalable contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle-Est portant refus de délivrance d'une carte professionnelle ;

3°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande sous huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, son comportement n'étant pas incompatible avec l'exercice de ses fonctions d'agent privé de sécurité ;

- les faits au titre de l'année 2018 mentionnés au fichier des antécédents judiciaires ne doivent pas être pris en considération, dès lors qu'il est impliqué en tant que victime ;

- les faits du 31 juillet 2019 n'ont pas donné lieu à poursuite, l'affaire ayant été classée sans suite ;

- s'agissant des faits de 2017, il a été condamné à huit mois de prison avec sursis avec mise à l'épreuve durant deux ans et a toujours respecté le suivi et les obligations ; la condamnation, qui s'inscrit dans un conflit familial avec son épouse, n'a pas été inscrite au bulletin n°2 de son casier judiciaire ; ces faits sont anciens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le conseil national des activités privées de sécurité demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés sont infondés.

Par courrier du 11 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article

R. 611 7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la délibération du 3 février 2022, seule la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire, intervenue le 30 mai 2022, étant susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

M. D a présenté des observations, enregistrées le 18 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a saisi le 28 mars 2022 la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité d'un recours administratif préalable obligatoire contre la délibération du 3 février 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle Est par laquelle lui a été refusée la délivrance d'une carte professionnelle. Ce recours a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, il demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la délibération du 3 février 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle Est :

2. M. D demande l'annulation de la délibération du 3 février 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle-Est portant refus de délivrance d'une carte professionnelle et de la décision par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours préalable contre cette délibération. Seule cette deuxième décision prise sur recours administratif préalable obligatoire, intervenue le 30 mai 2022, étant susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, les conclusions dirigées contre la délibération du 3 février 2022 de la commission locale d'agrément et de contrôle-Est sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité :

3. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions () ". Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande portant sur la délivrance ou le renouvellement de la carte nationale professionnelle permettant l'exercice d'une activité privée de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B A a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Sens du 3 avril 2018 pour des faits de détention d'arme sans autorisation et par arrêt de la cour d'appel de Paris du 1er mars 2019, à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits de violences n'ayant pas entraîné d'incapacité totale de travail sur la personne de son épouse, commis de septembre 2017 au 13 décembre 2017, ainsi que pour avoir, de septembre 2017 au 13 décembre 2017, menacé de mort de manière réitérée son épouse.

5. Le requérant soutient que ces faits présentent un caractère ancien et s'expliquent par un climat de conflit familial, qu'il n'a pas fait l'objet de nouveau signalement défavorable, que la cour d'appel de Paris l'a relaxé des accusations de violences conjugales pour la période antérieure au

1er septembre 2017 et n'a pas inscrit sa condamnation au bulletin n°2 de son casier judiciaire, et enfin qu'il donne toute satisfaction dans l'exercice de sa profession d'agent de sécurité. Toutefois, ces faits, qui étaient encore récents à la date de la décision attaquée et présentent un degré de particulière gravité, révèlent un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité. La circonstance que le refus de délivrance de sa carte professionnelle cause à l'intéressé des difficultés personnelles n'est pas de nature à atténuer la gravité des faits qui lui sont reprochés.

6. Dans ces conditions, quand bien même les autres faits mentionnés dans la décision du

3 février 2022 seraient inexacts, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de faire droit à la demande de M. B A.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. B A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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