mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DROUOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 juillet 2022, enregistrée le 22 juillet 2022 au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Dijon la requête de la société civile immobilière agricole (SCAI) du Domaine d'Ordon.
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, et un mémoire enregistré au greffe du tribunal le 6 avril 2023, la société civile agricole immobilière (SCAI) du Domaine d'Ordon, représentée par la SAS Drouot Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite du 1er juin 2022 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé contre la décision de prorogation du délai d'instruction de sa demande ainsi que la décision de prorogation du délai d'instruction ;
2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des éléments transmis et adressés à M. F par la direction départementale et des territoires de l'Yonne relative à la demande d'autorisation déposée par la SCAI du domaine d'Ordon ;
3°) d'enjoindre au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté de communiquer sans délai l'ensemble des éléments transmis et adressés à M. F par la direction départementale et des territoires de l'Yonne relative à la demande d'autorisation déposée par la SCAI du Domaine d'Ordon ;
4°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ; ce n'est pas la décision de prorogation de délai qui a été attaquée mais la décision implicite de rejet du recours gracieux ; la cour administrative d'appel de Nantes a jugé que la décision de prorogation du délai d'instruction présentait le caractère d'une décision faisant grief ;
- la décision de prorogation du délai d'instruction n'est pas motivée ou du moins insuffisamment ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que l'administration disposait de toutes les informations pour statuer ; M. F avait transmis toutes les informations dès août 2021 ;
- elle méconnaît le principe d'égalité entre administrés ;
- la décision de prorogation est tardive ; la demande devait être considérée complète le 20 octobre 2021 dès lors que le nouveau schéma directeur régional n'avait pas été régulièrement publié de sorte que la société n'avait pas à fournir une nouvelle version de l'annexe 4 ; le préfet ne pouvait prolonger le délai d'instruction que jusqu'au 20 février 2021 ;
- elle fait sommation au préfet de communiquer les éléments transmis par M. F pour s'assurer que l'instruction du dossier nécessitait la communication des pièces complémentaires ; le juge peut demander aux parties toutes pièces ou tous documents utiles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la région Bourgogne Franche-Comté conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet au fond de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable ; le Conseil d'Etat a considéré que la lettre par laquelle le préfet informe le demandeur que le délai d'instruction de sa demande d'autorisation d'exploiter des terres agricoles est porté de quatre à six mois revêt le caractère d'une mesure préparatoire et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à l'EARL des Malots qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 15 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2023 à 12 :00.
Par des lettres du 28 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à qu'il soit enjoint au préfet de région de communiquer sans délai l'ensemble des éléments transmis et adressés à M. F par la direction départementale et des territoires de l'Yonne relative à la demande d'autorisation déposée par la SCAI du Domaine d'Ordon, dès lors que ces conclusions constituent des conclusions à fin d'injonction à titre principal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,
- les observations de Me Monnier, représentant la SCAI du domaine d'Ordon et celles de Me Heusele représentant l'EARL des Malots.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile agricole et immobilière (SCAI) du Domaine d'Ordon, M. A H et Mme B H ont donné à bail rural à M. D F et son épouse une ferme sise à Saint-Loup d'Ordon et Saint-Martin d'Ordon (Yonne) comprenant des parcelles de terres d'une contenance totale de 115 hectares et 42 centiares pour une durée de onze ans à compter du 30 octobre 1992. Compte tenu de l'installation de M. C F et du départ à la retraite de son père, ces terres ont fait ensuite l'objet de deux baux de long terme au profit de M. C F, associé de l'EARL des Malots, à compter du 18 mars 2000 et du 1er novembre 2003. La SCAI du Domaine d'Ordon, devenue seule propriétaire des terres à la suite d'un apport du 10 septembre 2004, a donné congé aux fins de reprise par la société de 20 ha 63 a 30 ca de terres avec effet au 1er mars 2018, par un acte du 3 août 2016 qui a été contesté devant le tribunal paritaire des baux ruraux de Sens, puis devant la cour d'appel de Paris et enfin devant la Cour de cassation. Par un autre acte du 17 avril 2020, la SCAI du Domaine d'Ordon a donné congé aux fins de reprise du fonds loué aux termes du bail du 13 décembre 2003, avec effet au 1er novembre 2021, au profit de la société, en vue de l'exploitation par M. G E, associé minoritaire. Ce deuxième congé a été contesté devant le tribunal paritaire des baux ruraux de Sens. La SCAI du Domaine d'Ordon a déposé le 2 août 2021 une demande d'autorisation d'exploiter une partie des terres faisant objet des congés. Après différents échanges entre la SCAI du domaine d'Ordon et les services instructeurs en vue de compléter la demande, un accusé de réception de la demande a été adressé à la société le 26 octobre 2021. Par une lettre du 14 février 2022, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a prorogé le délai d'instruction de la demande d'autorisation d'exploiter dans l'attente d'éléments complémentaires permettant de statuer sur la situation du preneur en place. La SCAI du Domaine d'Ordon a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision de prorogation le 1er avril 2022. Par sa requête, la société demande au tribunal d'annuler la décision de prorogation du délai d'instruction ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux qu'elle a formé contre la décision de prorogation.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes du I de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation. / Il peut, par décision motivée, fixer ce délai à six mois à compter de cette date, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'une autre région. Il en avise alors les intéressés dans les meilleurs délais par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé ".
3. La lettre par laquelle le préfet informe le demandeur que le délai d'instruction de sa demande d'autorisation d'exploiter est porté de quatre à six mois en application de ces dispositions revêt le caractère d'une mesure préparatoire et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. La circonstance que le délai d'instruction ait été prolongé dans des conditions irrégulières peut toutefois être invoquée à l'appui d'un recours dirigé contre la décision rendue sur la demande d'autorisation d'exploitation, lorsque, du fait d'une évolution des circonstances de droit ou de fait intervenue pendant la prolongation, celle-ci a eu une incidence sur le sens de la décision.
4. Ainsi, la lettre du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté du 14 février 2022 prolongeant le délai d'instruction de la demande d'autorisation d'exploiter déposée par la SCAI du Domaine d'Ordon présente le caractère d'une mesure préparatoire ne faisant pas grief. La décision implicite rejetant le recours gracieux présenté par la SCAI du Domaine d'Ordon à l'encontre de cette mesure préparatoire ne lui fait pas davantage grief. Par suite, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner la production des pièces sollicitées par la requérante, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté est fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables. La fin de non-recevoir doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. En dehors des hypothèses prévues par les articles L. 911-1 à L. 911-4 du code de justice administrative dont ne relève pas la présente requête, il n'appartient au juge administratif ni d'adresser des injonctions à l'administration ni de faire lui-même œuvre d'administrateur en se substituant à celle-ci. Par ailleurs, le juge administratif ne peut être saisi que par la voie d'un recours dirigé contre une décision.
6. En tant que la SCAI du Domaine d'Ordon demande au tribunal d'enjoindre au préfet de lui communiquer l'ensemble des éléments transmis et adressés à M. F par la direction départementale et des territoires de l'Yonne relative à la demande d'autorisation déposée par la SCAI du domaine d'Ordon, elle ne demande l'annulation d'aucune décision que lui aurait opposée le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté. Elle ne demande pas plus l'exécution d'une mesure qui pourrait découler nécessairement de l'annulation de la décision qu'elle conteste par ailleurs. Par suite, ces conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal par la SCAI du Domaine d'Ordon sont irrecevables. Au surplus, à supposer même que ces conclusions puissent être regardées comme l'accessoire des conclusions à fin d'annulation, celles-ci doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans l'instance, au titre des frais exposés par la SCAI du Domaine d'Ordon et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCAI du Domaine d'Ordon est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile agricole immobilière du Domaine d'Ordon, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à l'exploitation agricole à responsabilité limitée des Malots.
Copie sera adressée au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026