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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201944

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201944

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAGIER CHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, l'association Société de chasse privée " Le Grand Hallier ", représentée par son président, demande au tribunal :

1°) de procéder à la révision des deux décisions des 25 et 20 mai 2022, par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or a fixé le plan de chasse individuel annuel pour chacun des territoires 081.0.03 et 089.0.03, massif 03-02, pour la campagne cynégétique 2022/2023, en tant qu'elles concernent les sangliers ;

2°) de condamner la fédération départementale des chasseurs de la Côte-d'Or à lui rembourser la somme de 20 euros par bracelet de sanglier pour chacun des deux plans de chasse précités ;

3°) de condamner la fédération départementale des chasseurs de la Côte-d'Or à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Elle soutient que :

- la fédération méconnaît la population réelle des différentes espèces, alors qu'elle a, par le passé, contribué à la protection des cultures et que son territoire a fait l'objet de coupes blanches de plusieurs parcelles, à la suite des tempêtes de juin 2019 ;

- en lui imposant une tarification de 70 euros par bracelet pour les sangliers, alors que les sociétés de chasse voisines bénéficient d'un tarif inférieur, de 50 euros par bracelet, la fédération départementale des chasseurs la sanctionne injustement et lui fait subir un traitement discriminatoire ;

- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à 2 000 euros, en raison du traitement discriminatoire dont elle a fait l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est dépourvue de moyens sérieux ;

- les plans de chasse attribués n'ont pas été contestés suivant la procédure définie à l'article R. 425-9 du code de l'environnement ;

- l'association n'a contesté devant la fédération que le tarif des bracelets et non les plans de chasse par eux-mêmes, de sorte qu'aucun recours administratif préalable n'a été formé ;

- l'association n'a pas contesté devant la juridiction compétente la tarification adoptée par la fédération lors de son assemblée générale du 23 avril 2022 ;

- la révision d'un plan de chasse n'entre pas dans l'office du juge administratif ;

- la définition du prix des bracelets pour les sangliers n'entre pas dans l'office du juge administratif ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles sont fondées sur le code civil devant le juge administratif ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 10 novembre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 12 décembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le schéma départemental de gestion cynégétique de la Côte-d'Or 2021-2027 ;

- l'arrêté préfectoral du 16 février 2022 portant approbation partielle du schéma départemental de gestion cynégétique de la Côte-d'Or 2021-2027 ;

- l'arrêté préfectoral du 4 mai 2022 relatif à l'application du plan de chasse dans le département de la Côte-d'Or pour la campagne 2022-2023 ;

- l'arrêté préfectoral du 23 mai 2022 fixant les limites des prélèvements du plan de chasse grand gibier dans le département de la Côte-d'Or pour la campagne 2022-2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier ".

Considérant ce qui suit :

1. L'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier ", dont le président est M. B A, est titulaire de droits de chasse sur deux territoires numérotés 081.0.03 et 089.0.03, de superficies respectives de 495 et 96 hectares, situés sur le territoire des communes, respectivement de Talmay et Jancigny, et de Montmançon et Saint-Sauveur, dans le département de la Côte-d'Or. Par deux décisions initiales, en dates des 25 et 20 mai 2022, le président de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or a attribué à l'association requérante deux plans de chasse, s'agissant respectivement des sangliers et des chevreuils. Ces plans de chasse attribuent un nombre minimum de sangliers à prélever égal respectivement à 18 et à zéro et un nombre maximum respectivement égal à 30 et à 10 unités, sur chaque territoire de chasse, alors que l'association n'avait sollicité qu'un nombre de sangliers à prélever, respectivement de 25 et de 8. Le silence de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or a fait naître une décision implicite de rejet des recours en révision des plans de chasse attribués, en date du 30 mai 2022, tendant à la fixation d'un nombre inférieur de sangliers à prélever, et en conséquence à la fixation d'une participation financière inférieure, au titre de l'achat des bracelets correspondants. Par sa requête, l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " demande au tribunal de procéder à la révision des plans de chasse attribués, de condamner la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or à lui rembourser la somme de 20 euros par bracelet, par voie de conséquence, et à l'indemniser des préjudices subis, à concurrence d'une somme de 2 000 euros. Elle doit, ce faisant, eu égard à la portée de son argumentation, être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions des 25 et 20 mai 2022 d'attribution de plans de chasse individuels, en tant qu'elles fixent un nombre maximum de sangliers à prélever supérieur à respectivement 25 et 8 pour chaque territoire de chasse et à enjoindre à la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or de lui restituer la somme indûment acquittée au titre de l'achat des bracelets, par voie de conséquence de l'annulation prononcée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la portée des conclusions :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-6 du code de l'environnement : " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-7 du même code : " Toute personne détenant le droit de chasse sur un territoire et qui désire obtenir un plan de chasse individuel doit en faire la demande. Toutefois, lorsque le contrat de location ou de mise à disposition gratuite du droit de chasse le prévoit expressément, la demande est faite par le propriétaire ou son mandataire. ". Aux termes de l'article R. 425-9 de ce code : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet. ".

3. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ". L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Dès lors, il y a lieu de regarder les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées, non contre les décisions initiales des 25 et 20 mai 2022 du président de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or, mais contre les décisions implicites de rejet des demandes de révision présentées le 30 mai 2022 par l'association requérante.

En ce qui concerne les moyens soulevés :

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions du président de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or sont fondées sur les circonstances selon lesquelles les communes sur le territoire desquelles sont situés les territoires de chasse en litige, appartiennent à l'un des " points noirs " définis pour le sanglier, en raison de l'importance des dégâts causés et de leur évolution, et cette association a prélevé respectivement 27 et 9 sangliers sur les deux territoires en cause lors de la campagne cynégétique précédente.

5. En premier lieu, pour contester les décisions en litige, l'association requérante soutient que la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or aurait une mauvaise connaissance de la population réelle des différentes espèces sur les territoires de chasse locaux, qu'elle-même a contribué par le passé à la protection des cultures et que son territoire de chasse a fait l'objet de " coupes blanches " de plusieurs parcelles à la suite des tempêtes de juin 2019. Ces diverses circonstances alléguées sont dépourvues de toutes précisions permettant au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier le bien-fondé. En outre, la circonstance selon laquelle la fédération aurait " une mauvaise connaissance des territoires de chasse " n'est nullement établie, de sorte que cette seule allégation ne saurait suffire à remettre en cause le bien-fondé des motifs des décisions attaquées, et notamment des données numériques relatives aux dégâts causés par les sangliers sur les territoires de chasse en litige, et aux prélèvements effectués les années passées, apportées par la fédération en défense. Enfin, la circonstance selon laquelle certaines parcelles auraient fait l'objet de coupes n'est pas établie et est inopérante, dès lors qu'à la supposer avérée, elle n'a pas fait obstacle au prélèvement l'année précédente d'un nombre d'animaux supérieur à la demande de l'association pour la campagne 2022/2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des quatrième et cinquième alinéas de l'article L. 426-5 du code de l'environnement : " La fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge les dépenses liées à l'indemnisation et à la prévention des dégâts de grand gibier. Elle en répartit le montant entre ses adhérents ou certaines catégories d'adhérents. Elle exige une participation des territoires de chasse ; elle peut en complément exiger notamment une participation personnelle des chasseurs de grand gibier, y compris de sanglier, une participation pour chaque dispositif de marquage ou une combinaison de ces différents types de participation. Ces participations peuvent être modulées en fonction des espèces de gibier, du sexe, des catégories d'âge, des territoires de chasse ou unités de gestion. / Tout adhérent chasseur ayant validé un permis de chasser national est dispensé de s'acquitter de la participation personnelle instaurée par la fédération dans laquelle il valide son permis. ". Aux termes des deux premiers alinéas du III de l'article R. 425-10 du même code : " Les dispositifs de marquage sont délivrés par la fédération départementale des chasseurs au bénéficiaire du plan de chasse en nombre égal à celui du nombre maximum d'animaux à tirer qui lui a été accordé. / La délivrance des dispositifs de marquage est subordonnée au versement à la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs par le bénéficiaire du plan de chasse, de la contribution mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 426-5 et des participations prévues au quatrième alinéa du même article. ".

7. Aux termes de la résolution n° 4, adoptée au cours de l'assemblée générale du 23 avril 2022 de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or, la contribution à laquelle est subordonnée la délivrance des dispositifs de marquage pour le sanglier est fixée à 70 euros pour le tiers des bracelets attribués aux plans de chasse qui ont les plus fortes densités d'attributions de sangliers, à 50 euros pour le tiers des bracelets attribués aux plans de chasse ayant des densités d'attributions de sangliers intermédiaires et à 30 euros pour le tiers des bracelets attribués aux plans de chasse ayant les plus faibles densités d'attributions de sangliers.

8. L'association requérante se borne à alléguer, sans au demeurant l'établir, que la contribution demandée à plusieurs sociétés de chasse voisines serait de seulement 50 euros par sanglier tandis qu'il lui est demandé 70 euros par sanglier. Elle ne soutient ni que ces tarifs ne correspondraient pas à ceux fixés par la résolution précitée de l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or ni que la décision résultant de cette résolution serait illégale. Dès lors, le moyen soulevé est inopérant à l'égard des seules décisions fixant les attributions de ses plans de chasse individuels.

9. Il résulte de ce qui précède que l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions implicites de rejet de ses demandes de révision des décisions des 25 et 20 mai 2022, par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or lui a attribué des plans de chasse individuels, en tant que ces décisions fixent un nombre maximum de sangliers à prélever supérieur à respectivement 25 et 8 pour chaque territoire de chasse. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, dès lors, être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Comme cela a été dit précédemment, l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " n'établit pas le traitement discriminatoire dont elle soutient avoir fait l'objet. Elle n'établit pas davantage le préjudice moral dont elle se prévaut. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or, ni sur la recevabilité de la requête, que la requête de l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " doit être rejetée.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Société privée de chasse " Le Grand Hallier " et à la fédération départementale des chasseurs de Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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